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D. Green, The Hundred Years War (Boris Bove)

Francia-Recensio 2015/3 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

David Green, The Hundred Years War. A People’s History, New Haven, London (Yale University Press) 2014, XX–339 p., 23 b/w ill., ISBN 978-0-300-13451-3, GBP 25,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Boris Bove, Paris

Comme le précise son auteur en introduction, ce livre »is not a narrative history of the Hundred Years War, rather it explores the impact of the conflict on those groups and individuals who fought in a struggle that redefined the peoples of England and France, and the nations in which they lived«(p. 2). L’idée d’une histoire sociale comparée de la France et de l’Angleterre est excellente, et le plan, qui associe chaque groupe social à un événement marquant annonce une virtuosité rhétorique propre à séduire le lecteur: ainsi la chevalerie est-elle étudiée à l’occasion de Crécy (1346), la paysannerie à l’occasion de la Jacquerie (1358), le clergé au moment du schisme (1378). Mais l’ouvrage élargit son propos aux idées et pratiques du pouvoir à travers l’étude des discours pacifistes et des traités de paix (paix de 1396) et de la nature du ministère royal (folie du roi, 1407). Le propos glisse donc de la société aux idées politiques, mais ces chapitres étant les plus réussis, on ne s’en plaindra pas. Plus que la sociologie des combattants, c’est l’art de la guerre qui est évoqué à propos d’Azincourt (1415), mais c’est bien de l’attitude des populations face à l’occupation anglaise que traite le chapitre suivant (1423). L’épisode de Jeanne d’Arc est l’occasion d’un chapitre sur les femmes en guerre (1429), tandis que le cas des prisonniers de guerre est envisagé à propos du traité d’Arras (1435). Le livre s’achève sur un chapitre traitant des identités nationales à propos de la reconquête de la Normandie (1449).

La mise en œuvre de cet ambitieux programme manque malheureusement de rigueur et rate de ce fait son but. On est ainsi un peu surpris de lire dans le chapitre sur la »paysannerie«de longs développements sur la révolte cabochienne et le sort réservé aux citadins assiégés (p. 54–57, 62). On note aussi de nombreuses répétitions. Ainsi les changements dans les tactiques de bataille sont-ils abondamment évoqués dans les chapitres 1 et 2, survalorisant les rares batailles de la guerre de Cent Ans au détriment des innombrables escarmouches et sièges qui constituèrent la réalité de la guerre; de même, les déprédations contre les paysans sont évoquées aux chapitres 1, 2, 6 et 7. Ce manque de rigueur se devine aussi au choix de certaines dates pour les thèmes abordés: pourquoi retenir l’assassinat de Louis d’Orléans en 1407 pour évoquer la folie de Charles VI, qui est un problème politique majeur depuis 1392? De même, le lien entre le traité d’Arras et les prisonniers de guerre paraît artificiel.

Le problème vient du fait que l’auteur court deux lièvres, c’est-à-dire deux livres, à la fois: derrière un projet d’histoire sociale comparée de la France et de l’Angleterre durant la guerre de Cent Ans se cache une description de la guerre: les deux logiques sont mal articulées, et il est à craindre que personne ne s’y retrouve, ni le grand public cherchant un récit clair du conflit, ni le spécialiste qui espère un levier heuristique d’une histoire comparée. Le livre paraît, à bien des égards, avoir été écrit au fil de la plume, sans que l’érudition soit mise au service d’une argumentation charpentée – on notera au passage une bibliographie anglo-saxonne abondante (11 p.), mais qui s’arrête en 2000 pour l’historiographie française (un livre et deux articles pour Françoise Autrand, un livre pour Colette Beaune, un article pour Bertrand Schnerb, aucune des thèses récentes …), ce qui nuit évidemment au comparatisme. Le livre rassemble un matériel considérable, mais sans le passer au tamis d’un questionnaire serré et sans s’imposer les exigences d’une argumentation scientifique.

On reste ainsi confondu par certaines approximations de vocabulaire: comment peut-on à la fois soutenir qu’il y a une professionnalisation de l’armée et une militarisation de la société (»The militarisation of society meant that independant mercenary compagnies or Free Compagnies became a common feature on the military landscape«, p. 133)? Un élargissement du recrutement social non-noble et un affaissement de la puissance publique qui permet aux soldats démobilisés de faire la guerre pour eux-mêmes ne signifient pas que les civils s’arment! Les contradictions ne sont pas rares et souvent mal élucidées. Ainsi, dans le premier chapitre, l’auteur souligne que les changements tactiques valorisent les piétons au détriment des cavaliers ce qui explique les victoires anglaises, tout en s’étonnant que la cavalerie reste au cœur de la stratégie française au XVe siècle. Comme ces compagnies d’ordonnance forment l’essentiel de l’armée de la reconquête, il est cependant difficile de penser qu’elles étaient inefficaces tactiquement et que les victoires de Charles VII s’expliquent seulement par l’artillerie. Ne faudrait-il pas souligner que le principal problème stratégique pour le roi de France est la mobilité pour arrêter les contingents anglais, dont on ne sait où ils opéreront?

De même, l’auteur s’étonne qu’aucune voix ne se soit élevée pour condamner les chevauchées qui pillaient des populations civiles sans défense, attitude apparemment peu conforme au code de l’honneur chevaleresque. Il l’explique par l’intrusion des non-nobles dans les batailles qui fait reculer l’idéal chevaleresque et oblige les nobles à un certain pragmatisme, tout en constatant la force de l’idéal chevaleresque d’un bout à l’autre de la période. C’est croire que l’idéal du chevalier chrétien est au cœur de l’idéologie aristocratique, alors que c’est un modèle imposée par l’Église grégorienne et mal intériorisé par la noblesse, dont les valeurs sont avant tout laïques et guerrières, et reposent sur la prouesse. Le mépris de classe des seigneurs envers les paysans – à fortiori ceux de l’adversaire – paraît avoir été une valeur bien mieux partagée dans l’aristocratie que l’idéal universaliste du chevalier grégorien.

De même, la guerre de Cent Ans serait un âge d’or pour les femmes, moins contraintes dans leurs choix professionnels et familiaux par la dépopulation et la surmortalité masculine (p. 179), mais l’auteur corrige aussitôt: »the picture of a golden age for women may be a little too rosy«(p. 180) et achève son propos sur les viols considérés par les armées en campagne comme un butin comme un autre, voire un élément d’une politique de terreur. L’auteur ne conclut pas ce chapitre – pas plus que les autres –, mais, peut-être, pourrait-on considérer que les femmes profitent, comme tout le reste de la société, de la mobilité sociale provoquée par l’effondrement démographique, ce qui ne change rien aux rapports de domination que les hommes leur imposent. On pourrait du reste dire la même chose de la noblesse, profondément renouvelée par l’ascension individuelle, mais qui reste collectivement, politiquement et idéologiquement en position de domination sociale. On est d’ailleurs un peu surpris que la mobilité sociale ne soit jamais abordée pour elle-même, et encore moins chiffrée, dans l’ouvrage (c’est là que la lecture de la synthèse de Philippe Contamine1aurait été un point de départ utile pour une comparaison franco-anglaise). Quant à l’explication de l’épisode Jeanne d’Arc, elle paraît bien relever d’un contre-sens dans la mesure où l’auteur souligne son caractère exceptionnel et l’explique justement par la promotion des femmes provoquée par la guerre. Double proposition contradictoire que la lecture du livre de Colette Beaune sur Jeanne d’Arc (2009) invite à renverser: Jeanne d’Arc n’était pas un cas isolé mais, au contraire, représentatif d’un prophétisme qui s’incarnait volontiers au féminin justement parce que les femmes étaient en position mineure dans la société; son originalité n’est pas d’avoir été une paysanne annonçant que Dieu voulait la défaite des Anglais, mais bien d’avoir voulu participer à la guerre comme un chevalier.

On aurait rêvé d’une vraie analyse comparée des effets successifs de la victoire, puis de la défaite, sur les différentes catégories de la population anglaise et française, mais on ne trouvera pas cet ambitieux projet dans l’ouvrage, en dépit de la grande érudition de l’auteur.

1 Philippe Contamine, La noblesse au royaume de France. Essai de synthèse, Paris 1997.

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PSJ Metadata
Boris Bove
Deutsches Historisches Institut Paris
The Hundred Years War
A People’s History
fr
CC-BY-NC-ND 4.0
Spätes Mittelalter (1350-1500)
Europa nördlich und westlich der Italienischen Halbinsel / Alte Welt
Militär- und Kriegsgeschichte
14. Jh., 15. Jh.
1339 - 1453
Hundertjähriger Krieg (4160808-2)
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D. Green, The Hundred Years War (Boris Bove)
In: Francia-Recensio 2015/3 | Mittelalter – Moyen Âge (500–1500) | ISSN: 2425-3510
URL: https://www.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2015-3/ma/green_bove
Veröffentlicht am: 11.09.2015 16:45
Zugriff vom: 18.10.2018 07:03
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