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    M. Van Dussen, P. Soukup (ed.), Religious Controversy in Europe, 1378–1536 (Olivier Marin)

    Francia-Recensio 2014/4 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

    Michael Van Dussen, Pavel Soukup (ed.), Religious Controversy in Europe, 1378–1536. Textual Transmission and Networks of Readership, Turnhout (Brepols) 2013, VIII–350 p., 17 fig., 8 maps (Medieval Church Studies, 27), ISBN 978-2-503-54428-1, EUR 90,00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Olivier Marin, Paris

    Le propos de ce beau volume est d’étudier les renouvellements qu’a connus le genre de la controverse religieuse entre deux moments particulièrement fertiles en débats théologiques, le Grand Schisme et la Réformation. Précisons d’emblée que les articles réunis ici sont en majeure partie issus d’une journée d’études qui s’est tenue à Prague sous l’égide de Michael Van Dussen et de Pavel Soukup, dont les domaines de spécialité couvrent respectivement les relations intellectuelles anglo-tchèques et la prédication (anti-)hussite. Ainsi, s’expliquent certains partis pris thématiques et géographiques qui pourront surprendre le lecteur non prévenu: l’Europe centrale et septentrionale s’y taille la part du lion, aux dépens des pays méditerranéens; les controverses soulevées par les mouvements hérétiques internes à l’Église latine, qu’ils soient nouveaux (lollardisme, hussitisme) ou plus anciens (valdéisme), y occultent complètement celles dirigées ad extra contre les Juifs et les Grecs.

    Ces choix ne sont pas les seuls à donner cohérence à l’ensemble. D’un point de vue méthodologique, les deux maîtres d’œuvre ont préféré mettre l’accent sur la codicologie et sur les phénomènes de transmission textuelle qui y sont liés, plutôt que sur l’analyse des enjeux théologiques ou des formes littéraires à laquelle se prête également la littérature de controverse. Les douze contributeurs s’y sont pliés avec bonheur. R. N. Swanson ouvre le ban en élucidant, à l’aide de la théorie des réseaux et des » liens faibles « , les divers canaux par lesquels les universités s’échangèrent informations et idées durant le Schisme. Anne Hudson explore ensuite les vestiges manuscrits témoignant des tentatives faites à Prague pour constituer une collection la plus complète possible des œuvres de Wyclif. Fiona Somerset suit avec brio les réécritures successives d’un texte lollard sur les sept œuvres de miséricorde. Non moins passionnante est la contribution de Lucie Doležalová, qui s’intéresse à un genre assez analogue au précédent par son anonymat et sa plasticité: les vers sur les effets de l’eucharistie qui se lisent dans les recueils utraquistes. Daniel Hobbins revient ensuite sur l’analyse qu’il avait donnée dans son livre » Autorship and Publicity before Print « de la circulation manuscrite de l’œuvre de Jean Gerson et sur l’effet d’accélérateur que joua à cet égard le concile de Bâle. Avec l’enquête de Marina Benedetti sur les manuscrits vaudois, on s’aventure jusqu’en plein XVII e siècle, afin de comprendre comment les livres des communautés alpines ont alors migré en Suisse et en Angleterre.

    Les trois communications suivantes se présentent comme des études de cas consacrées chacune à un traité polémique particulier. Michael Van Dussen s’attache à un recueil épistolaire fictif qui fut vraisemblablement forgé au début des années 1380 à l’université de Prague, le » Tetragonus Aristotelis « . On connaît déjà bien le traité anti-vaudois » Cum dormirent homines « du Célestin Pierre Zwicker grâce aux travaux de Peter Biller; sa diffusion manuscrite retient ici l’attention de Georg Modestin. Quant à Pavlína Rychterová, elle montre, sur l’exemple de l’opuscule de Jean Hus » O svatokupectví « ( » Sur la simonie « ), comment l’exil du théologien hors de Prague l’a poussé à renoncer au latin pour expérimenter de nouvelles formes de communication. L’article de Pavel Soukup qui suit impressionne par l’ampleur de la matière qu’il brasse. L’objet en est l’application par les Hussites de l’insulte » mahométan « à leurs adversaires: une fois dressé l’état des lieux de la connaissance qu’avaient les savants bohémiens de l’islam autour de 1400, l’auteur dépiste le double mouvement par lequel la figure repoussoir de Mahomet a été instrumentalisée à l’occasion de ce conflit intra-ecclésial, tout en se transportant en dehors des murs de l’institution universitaire. La problématique de la vulgarisation est également au cœur de la contribution de Kantik Ghosh, qui analyse les contradictions insolubles auxquelles se sont heurtés les réformateurs catholiques anglais comme Reginald Pecock lorsqu’ils voulurent relever le défi de l’émancipation intellectuelle des laïcs. L’ouvrage se clôt par une évocation des controverses soulevées par l’humanisme à travers le destin douloureux d’Érasme, dont Marie Barral-Baron montre qu’il fut entraîné sans le vouloir dans l’engrenage polémique.

    Faute de conclusions générales, le lecteur en est réduit à tirer lui-même les leçons de ce recueil. Soulignons la créativité de la culture manuscrite qui en ressort. D’un point de vue quantitatif, le succès phénoménal rencontré par un Jean Gerson et d’autres auteurs confirme le long trend haussier qui a préparé et rendu possible, spécialement en terre germanique, la naissance de l’imprimerie. Qualitativement, il est frappant de voir comment le manuscrit se prêtait à un travail incessant de retouches et de recyclage. Le constat ne fait pas que brouiller la distinction simpliste entre producteur et consommateur, auteur et lecteur. Il explique aussi la porosité de la frontière entre orthodoxie et hérésie: comme le remarque Fiona Somerset, bien des textes émanant de la plume d’auteurs traditionnels ont été lollardisés (ou inversement), sans cesser pour autant d’être lus en milieu catholique. On peut de ce fait se demander si la catégorie de controverse est vraiment opératoire pour rendre compte de cet entre-deux, tant il résiste à l’assignation d’identités théologiques ou confessionnelles stables. Le moindre des mérites de ce livre n’est pas de faire voir ainsi la » diversité rebelle « du XV e siècle.

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    PSJ Metadata
    Olivier Marin
    M. Van Dussen, P. Soukup (ed.), Religious Controversy in Europe, 1378–1536 (Olivier Marin)
    CC-BY 3.0
    Spätes Mittelalter (1350-1500)
    Europa
    Kirchen- und Religionsgeschichte, Politikgeschichte, Sozial- und Kulturgeschichte
    14. Jh., 15. Jh., 16. Jh.
    4015701-5 4128337-5 4354651-1 4130394-5 4402771-0 4117192-5
    1378-1536
    Europa (4015701-5), Kontroverse (4128337-5), Religiöse Identität (4354651-1), Religiöse Literatur (4130394-5), Religiöser Konflikt (4402771-0), Textgeschichte (4117192-5)
    PDF document van-dussen_marin.doc.pdf — PDF document, 107 KB
    M. Van Dussen, P. Soukup (ed.), Religious Controversy in Europe, 1378–1536 (Olivier Marin)
    In: Francia-Recensio 2014/4 | Mittelalter - Moyen Âge (500-1500) | ISSN: 2425-3510
    URL: https://www.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2014-4/MA/van-dussen_marin
    Veröffentlicht am: 03.12.2014 12:30
    Zugriff vom: 18.10.2018 06:34
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