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    L. v. Hicks, E. Brenner (ed.), Society and Culture in Medieval Rouen, 911–1300 (Véronique Gazeau)

    Francia-Recensio 2014/4 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

    Leonie V. Hicks, Elma Brenner (ed.), Society and Culture in Medieval Rouen, 911–1300, Turnhout (Brepols) 2013, XIV–400 p., 35 b/w ill., 25 b/w line art (Studies in Early Middle Ages, 39), ISBN 978-2-503-53665-1, EUR 100,00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Véronique Gazeau, Caen

    Ce sont deux élèves d’Elisabeth van Houts qui se sont chargées d’offrir aux chercheurs des mondes normands médiévaux et des spécialistes d’histoire urbaine ce volume issu de communications données à Leeds, mais aussi de commandes à des spécialistes de Rouen et/ou de la Normandie ducale et française. L’une a donné en 2007 un ouvrage sur les religieuses en Normandie, » Religious Life in Normandy: Space, Gender and Social Pressure, c.1050 1300«, l ’autre a consacré sa thèse à » Charity in Rouen in the 12 th and 13 th centuries « (with special reference to Mont-aux-Malades). L’ouvrage comble une lacune, même si des travaux antérieurs, sous la forme le plus souvent d’articles, ont partiellement traité de la »capitale« normande (David Bates, Bernard Gauthiez, Philippe Lardin, Jacques Le Maho, Jean-Louis Roch, Alain Sadourny, David Spear …). Certes il n’est pas l’œuvre d’un seul auteur, mais la multiplicité des angles d’approche le rend passionnant. À cet égard, dans sa préface, David Bates relève la gageure que représenterait la rédaction d’un tel ouvrage par un seul auteur. Bates accompagne ce constat d’un encouragement à se saisir de ce travail pour poursuivre les enquêtes sur Rouen.

    L’ouvrage est constitué de treize articles précédés d’une introduction dans laquelle les deux responsables ont voulu mettre l’accent sur l’historiographie d’une ville qui, capitale de la principauté normande depuis 911, était aussi la tête d’une vaste province ecclésiastique composée de sept diocèses. En trois parties, » Space and representation « , » Rouen as a Religious Centre « et » Social Networks « , muni de 23 figures, de 11 cartes et d’un index, le livre met d’abord l’accent sur la croissance de la cité. Pour Bernard Gauthiez, » The Urban Development of Rouen, 989 1345 « , Henri II exerça un patronage profitable à Rouen et fut particulièrement favorable à l’extension de la ville qui fut ceinte d’une nouvelle muraille englobant les faubourgs du nord et de l’est et atteignit une population de 25 à 30 000 habitants, une estimation fondée sur l’étude du monnéage. Si la prospérité est tangible au milieu du XIII e siècle, celle-ci provient du travail de la laine dans une cité qui sera touchée de plein fouet par la Peste noire. Fanny Madeline, » Rouen and its Place in the Building Policy of the Angevin Kings « , choisit une échelle différente, replaçant la cité dans un contexte européen et comparant Rouen à d’autres villes de l’empire angevin/plantagenêt (Londres, Poitiers et Eu) et estime que la ville n’a pas une taille exceptionnelle. Elle conteste le rôle d’Henri II dans la construction de l’enceinte, travaux archéologiques récents à l’appui, et accorde à Richard, »le plus normand des rois angevins« une place prépondérante qu’elle voit plus actif dans la vallée de la Seine qu’à Rouen qui ne mériterait pas ou plus le titre de capitale après 1204. Sous la plume d’Elisabeth van Houts, » Rouen as Another Rome in the Twelfth Century « , sont évoqués deux poèmes écrits l’un, »Rothoma nobilis« (l’auteur en donne une traduction en anglais, p. 119), pour Geoffroy d’Anjou en sa qualité de duc de Normandie, sans doute en 1148, l’autre beaucoup plus connu , le »Draco Normannicus« d’Étienne de Rouen. Elisabeth van Houts remet ces deux poèmes dans le contexte de la production littéraire et historiographique de la Normandie ducale. Pour l’auteur anonyme de »Rothoma nobilis«, Roue n doit être célébré comme une fondation romaine et son nom est en réalité Rome ( Ro [ tho ] ma, si mediam removes, et Roma vocaris ). Quant à Geoffroi, il est mis en parallèle avec Roger II de Sicile. L’auteur du second poème écrit peu de temps après 1167 une véritable laudatio de Rouen et des ducs de Normandie. Avec le dernier chapitre, » Through the City Streets: Movement and Space in Rouen as Seen by the Norman Chroniclers « , Leonie Hicks emmène le lecteur pour une promenade dans Rouen en trois occasions. La venue de Louis IV d’Outremer à Rouen après la mort de Guillaume Longue Épée en 942, alors que le duc Richard I er est très jeune, fut rapportée par Dudon de Saint-Quentin, Guillaume de Jumièges et Wace. La révolte de 1090 fit l’objet de récits d’Orderic Vital et de Robert de Torigni, celle de 1119 du seul Orderic Vital. Plusieurs processions à l’occasion d’entrées de reliques, de victoires ou d’arrivées de fiancés des ducs sont narrées par Dudon, Guillaume de Jumièges, Orderic ou Wace. Les habitants se déplacent et se rassemblent dans les moments de crise par exemple sur les ponts, près des palais, des portes et dans les églises de la ville.

    La deuxième partie rassemble les articles de deux chercheurs qui collaborent au projet d’édition des actes épiscopaux normands des XI e –XIII e siècles. Richard Allen, » Praesul praecipue, atque venerande : The Career of Robert, Archbishop of Rouen, 989–1037 «, propose une relecture du dossier du fils du duc Richard I er et de Gunnor, Robert, dont l’archiépiscopat dura presque 50 ans et qui fut aussi comte d’Évreux. Celui qui ne voulut pas se faire inhumer dans sa cathédrale et dont le nom ne figure pas sur l’obituaire de la cathédrale fut un prélat bien éduqué, un patron des arts, un amoureux de littérature et le promoteur des idéaux de réforme monastique, un architecte qui sut constituer le solide patrimoine du diocèse, notamment dans le Vexin normand et à Dieppe. Grégory Combalbert, » Archbishops and the City: Powers, Conflicts, and Jurisdiction in the Parishes of Rouen (Eleventh–Thirteenth Centuries) « , s’appuie sur les actes de la pratique et sur le pouillé du diocèse de Rouen établi entre 1236 et 1244 et complété entre 1236 et 1306 pour traquer la nature du pouvoir épiscopal sur les églises paroissiales de Rouen. Il distingue trois périodes: la première s’achève vers 1130 et voit les maisons bénédictines acquérir, par don ou usurpation, des droits au détriment des évêques. La seconde est celle où une majorité des paroisses urbaines et suburbaines sont soumises au jus episcopale quand plusieurs abbayes continuent d’être influentes. Enfin, dans la première moitié du XIII e siècle, la politique de Pierre de Collemezzo (1236–1244) eut raison des prétentions des bénédictins et de certains évêques de la province.

    La troisième partie regroupe les questions des réseaux sociaux. Kirsten Fenton multiplie les exemples de femmes de l’élite dans » Women, Property, and Power: Some Examples from Eleventh-Century Rouen Cartularies «, pour déduire de leur présence dans les transactions ou aux côtés de leurs époux leur pouvoir réel et leur part active dans la vitalité de la société rouennaise, quand bien même il demeure difficile de comprendre dans quel cadre légal s’est exercé leur pouvoir, le » Très ancien Coutumier « ayant été écrit postérieurement au XI e siècle. Manon Six examine les dynasties de bourgeois de Rouen, » The Burgesses of Rouen in the Late Twelfth and Early Thirteenth Centuries « , une question difficile pour le XI e siècle et le début du XII e siècle en l’absence de noms de famille. Les grandes fortunes viennent davantage du service du roi ou de la finance que du commerce ou de l’industrie. Entre 1090 et 1150, le patriciat rouennais connaît une certaine mobilité sociale, mais c’est à la fin du XII e siècle et au XIII e siècle que l’on peut repérer les lignages des du Donjon, des Le Changeur/Val Richer, des du Chastel, des Trentegerons et des Malpalu qui, tous, donnent au moins un maire à la cité. Daniel Power, dans » Rouen and the Aristocracy of Angevin Normandy «, s’interroge sur l’intérêt de l’aristocratie terrienne normande pour Rouen. Il ne fait plus de doute que le dédain traditionnellement considéré de cette aristocratie pour la ville n’est pas de mise, tant les exemples sont convaincants, et par ailleurs, l’aristocratie constitue pour les citoyens rouennais un modèle. Ainsi, l’aristocratie normande détient des intérêts à Rouen, tels les comtes de Meulan dans le commerce du vin sur la Seine ou le baron de moindre importance Jean de Hodeng (dép. Seine-Maritime, cant. Argueil) qui acquiert vers 1170 une terre d’une valeur de 13 livres, monnaie d’Anjou, dans la paroisse Saint-Gervais de Rouen. On peut encore constater que les sceaux de citoyens cherchent à imiter les sceaux de l’aristocratie. C’est au tour de Paul Webster, dans » King John and Rouen: Royal Itineration, Kingship, and The Norman Capital , c. 1199–c. 1204 «, de mettre à mal une légende selon laquelle le dernier duc de la principauté, Jean, fut un mauvais roi. Les guillemets sont incomplets et mis à un mauvais endroit. L’enquête sur les itinéraires montre que Jean résida beaucoup plus souvent à Rouen qu’ailleurs en Normandie entre 1199 et décembre 1203 et que son patronage s’exerça à la cathédrale qu’il dota pour sa reconstruction après l’incendie de 1200. Nombreux furent les bourgeois de la ville à son service. Trois maisons de lépreux, Le Mont-aux-Malades et La Salle-aux-Puelles situées à l’extérieur de la ville, et l’hôpital de la Madeleine proche de la cathédrale retiennent l’attention d’Elma Brenner, » The Care of the Sick and Needy in Twelfth and Thirteenth Century Rouen « , dans le cadre d’une étude du welfare system de Rouen qui prend en compte les besoins physiques tout autant que spirituels. Ducs, gouvernement municipal et rois de France mais aussi archevêques, maisons religieuses et individus concourent au secours des malades et, ce faisant, créent du lien social. Le dernier article des deux éditrices, » The Jews of Rouen in the Eleventh to the Thirteenth Centuries « , reprend le dossier de la présence des juifs à Rouen en mobilisant tous les travaux textuels et archéologiques. La communauté juive importante est difficilement chiffrable (autour de 2000 personnes?). La synagogue est munie d’une tour et les traces archéologiques d’un bâtiment situé sous l’escalier de droite de la cour d’honneur du Palais de justice de Rouen du XV e siècle sont vraisemblablement celles d’une maison, peut-être destinée à servir d’école. Le massacre des juifs de Rouen à l’automne 1096 rapporté par Guibert de Nogent se déroula avant ou pendant le départ des armées croisées et demeure le seul exemple français au nord de la Loire à cette époque. Les juifs participèrent à l’expansion de la ville au gré des politiques plus ou moins favorables des autorités municipales, religieuses et royales.

    Au total, l’ouvrage qui propose en fin de chaque chapitre une solide bibliographie, ouvre des pistes de recherche très stimulantes. On en proposera quelques-unes. Au fil des articles, est apparue une chronologie rouennaise qui forme la trame d’une histoire de Rouen qui reste à écrire. La question de savoir si Rouen était ou non une capitale est au cœur de plusieurs contributions, mais n’a pas donné lieu à une réponse tranchée. En revanche plus catégoriques sont les arguments en faveur d’une influence accrue à Rouen des deux derniers ducs de Normandie, Richard et Jean, longtemps considérés comme ayant déserté la principauté. Enfin, les élites rouennaises, qu’elles soient religieuses, communales, bourgeoises, aristocratiques ont donné lieu à des enquêtes de plusieurs auteurs: on a pu voir émerger des noms qui constituent une partie de la société rouennaise. Il a manqué le menu peuple, si difficile à extirper de sources qui ne lui prêtent guère attention. On félicitera nos deux collègues britanniques de nous donner ce livre remarquable.

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    PSJ Metadata
    Véronique Gazeau
    L. v. Hicks, E. Brenner (ed.), Society and Culture in Medieval Rouen, 911–1300 (Véronique Gazeau)
    CC-BY 3.0
    Frühes Mittelalter (600-1050), Hohes Mittelalter (1050-1350)
    Frankreich und Monaco
    Siedlungs-, Stadt- und Ortsgeschichte
    Mittelalter
    4050751-8 4020588-5 4030702-5 4056795-3
    911-1300
    Rouen (4050751-8), Gesellschaft (4020588-5), Kirche (4030702-5), Städtebau (4056795-3)
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    L. v. Hicks, E. Brenner (ed.), Society and Culture in Medieval Rouen, 911–1300 (Véronique Gazeau)
    In: Francia-Recensio 2014/4 | Mittelalter - Moyen Âge (500-1500) | ISSN: 2425-3510
    URL: https://www.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2014-4/MA/hicks_gazeau
    Veröffentlicht am: 03.12.2014 12:10
    Zugriff vom: 18.10.2018 06:34
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