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    A. T. Hack, Von Christus zu Odin (Geneviève Bührer-Thierry)

    Francia-Recensio 2014/4 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

    Achim Thomas Hack, Von Christus zu Odin. Ein Karolinger bekehrt sich, Stuttgart (Franz Steiner Verlag) 2014, 76 S. (Jenaer Mediävistische Vorträge, 3), ISBN 978-3-515-10661-0, EUR 29,00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Geneviève Bührer-Thierry, Paris

    Dans la somme des publications consacrées cette année aux Carolingiens, le petit livre d’Achim Thomas Hack est particulier: plutôt que de célébrer la gloire de la dynastie et celle de Charlemagne, l’auteur s’attache à un Carolingien méconnu, Pépin II, malheureux roi d’Aquitaine car finalement jamais reconnu comme tel. Le point de départ de sa réflexion se situe dans un passage des » Annales de Saint-Bertin « daté de 864: Pippinus, Pippini filius, ex monacho laicus et apostata factus, se Nortmannis coniugit et ritum eorum servat. Voilà donc un membre de la famille royale carolingienne qui aurait abjuré le christianisme pour se tourner vers le paganisme des Normands, et A. Th. Hack mène l’enquête pour savoir jusqu’à quel point ce cas est exceptionnel et ce qu’il nous enseigne de la réaction des chrétiens devant de telles conversions.

    Après avoir rappelé le difficile parcours de Pépin II, fils de Pépin I er d’Aquitaine auquel son grand-père Louis le Pieux refusa catégoriquement toute forme d’héritage de la dignité royale de son père et qui lutta contre son oncle Charles le Chauve pendant plus de vingt ans, A. Th. Hack explore la tradition de l’apostasie qui se définit d’abord comme un reniement de la foi chrétienne et s’enracine dans la figure politique de l’empereur Julien l’Apostat (331/32–363). Il cherche ensuite d’autres exemples d’abandon du christianisme dans les sources du haut Moyen Âge: ainsi Bède le Vénérable dans son » Histoire ecclésiastique « raconte-t-il l’épisode du retour au paganisme de la population du Kent après le décès du roi Aethelbert († 616), en raison du refus de son fils Eadbald de recevoir le baptême. Dans un royaume très récemment converti au christianisme, il n’en fallait pas plus pour que le peuple, mal affermi dans la foi chrétienne ne retourne aux idoles » comme le chien à son vomissement « : Bède cite ici une formule de la seconde épitre de Pierre (2 Pierre 2, 22) qui reprend elle-même une citation des Proverbes (26, 11): » Comme le chien revient à son vomissement, le sot retourne à sa folie. « L’emploi de cette formule fait l’objet d’un intéressant développement en annexe (p. 53–61). On notera toutefois que ce n’est pas ici le roi lui-même qui se rend coupable d’apostasie, contrairement au second exemple tiré de Bède, qui concerne les successeurs apostats du roi Edwin de Northumbrie († 633). Pépin ne serait donc pas le seul exemple de roi abjurant le christianisme: mais l’auteur reconnaît la grande différence entre la royauté anglo-saxonne du VII e siècle, fraîchement christianisée, et la dynastie des Carolingiens fermement ancrée dans le sacré chrétien depuis sa fondation.

    À la recherche d’autres cas de conversion » à rebours « , A. Th. Hack fait ensuite référence au célèbre Bodo-Eléazar, diacre de la cour de Louis le Pieux passé au judaïsme en 838, et rappelle que ce n’est pas un cas unique: on connaît au moins deux ecclésiastiques qui ont parcouru le même chemin au XI e siècle, un clerc de la cour de l’empereur Henri II et l’archevêque André de Bari. Qu’il y ait eu d’autres conversions au judaïsme dans le courant du IX e siècle, dont nous ne savons rien, est bien possible en raison de la proximité intellectuelle remarquable des certains érudits juifs et chrétiens mais on observe qu’il s’agit là de conversions fondées sur des raisons théologiques, ce qui ne semble pas être le cas de Pépin II qui agit avant tout pour des motifs politiques.

    Enfin, l’auteur établit un parallèle entre l’histoire de Pépin et celle de Carloman, fils de Charles le Chauve que Réginon de Prüm considère comme apostat, non parce qu’il a renié sa foi, mais parce qu’en s’échappant du monastère où son père l’avait cloîtré, il a rompu son vœu. Or c’est bien la même chose qu’on reproche à Pépin qui a également été tonsuré sur l’ordre de Charles le Chauve en 852 et qui s’était enfui du monastère Saint-Médard de Soissons en 854. Ici, l’auteur estime que, si cette interprétation est en partie valable et explique la première partie de la phrase des » Annales Bertiniani « : ex monacho laicus et apostata factus , elle ne saurait rendre compte de la suite: se Nortmannis coniugit et ritum eorum servat .

    Or c’est l’hypothèse la plus probable si on prend en considération non seulement les » Annales de Saint-Bertin«, rédigées à cette époque par Hincmar de Reims, mais aussi la consultation donnée par ce même Hincmar au concile de Pîtres 1 qui dut statuer sur le sort de Pépin II: Pierre Bauduin 2 a montré en effet que l’argumentation de l’archevêque de Reims repose sur un ensemble de textes canoniques tirés de la Dionysio-Hadriana qui qualifie le crime d’apostasie a religione , c’est-à-dire l’abandon de la vie monastique et non pas l’apostasie a fide . Hincmar ne dit nulle part dans ce texte que Pépin a abandonné sa foi, mais qu’il s’est lié aux païens en partageant leur societas : il cite alors à l’appui de la réflexion canonique une lettre de Léon I er qui fait la distinction entre le fait de participer au banquet des païens – et donc de consommer de la viande des animaux sacrifiés – et l’adoration des idoles. Dans ces conditions, il faudrait comprendre et ritum eorum servat comme une participation à des cérémonies païennes, certes répréhensible du point de vue de la morale chrétienne, mais qui n’engage pas nécessairement la foi. Il est probable cependant que le fait de vivre parmi les païens était forcément entaché du soupçon d’apostasie: du point de vue des ecclésiastiques au moins, la collusion avec les Normands mettait en péril la foi de ceux qui s’y prêtaient comme le montrent d’autres exemples 3 .

    À la lecture de ce petit livre, on n’est pas convaincu que Pépin se soit réellement » converti « au culte d’Odin comme le suggère le titre: A. Th. Hack considère que le changement de religion appuyant une alliance politique n’est pas exceptionnel et cite, pour finir, le cas du roi Harald de Danemark recevant le baptême à la cour de Louis le Pieux. On pourrait en citer bien d’autres, mais toujours dans le même sens: le cas de Pépin serait en effet très exceptionnel si on pouvait démontrer qu’il a fait le chemin en sens inverse. En revanche, on tombera d’accord sur le fait que la christianisation est un phénomène de globalisation et que l’éradication des anciennes religions païennes ne s’est pas déroulée selon un processus linéaire. Le cas de Pépin II nous aide certainement à réfléchir sur ce sujet.

    1 Hincmar, MGH Epistolae Karolini Aevi VI, n o 170, p. 163–165.

    2 Pierre Bauduin, Le monde franc et les Vikings (VIII e– X e s.), Paris 2009, p. 328–338.

    3 Ibid., p. 381.

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    PSJ Metadata
    Geneviève Bührer-Thierry
    A. T. Hack, Von Christus zu Odin (Geneviève Bührer-Thierry)
    CC-BY 3.0
    Frühes Mittelalter (600-1050)
    Frankreich und Monaco
    Geschichte allgemein, Religion
    6. - 12. Jh.
    4018145-5 118792288 118769715 4005371-4 4127377-1 4033535-5 4075367-0
    600-900
    Frankreich (4018145-5), Pépin II., Aquitaine, Roi (118792288), Wodan (118769715), Bekehrung (4005371-4), Konversion Religion (4127377-1), Kult (4033535-5), Nichtchristliche Religion (4075367-0)
    PDF document hack_buehrer-thierry.doc.pdf — PDF document, 120 KB
    A. T. Hack, Von Christus zu Odin (Geneviève Bührer-Thierry)
    In: Francia-Recensio 2014/4 | Mittelalter - Moyen Âge (500-1500) | ISSN: 2425-3510
    URL: https://www.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2014-4/MA/hack_buehrer-thierry
    Veröffentlicht am: 03.12.2014 12:30
    Zugriff vom: 18.10.2018 07:46
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