Direkt zum Inhalt | Direkt zur Navigation

    C. Sieber-Lehmann, Papst und Kaiser als Zwillinge? (Benoît Grévin)

    Francia-Recensio 2017/2 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

    Claudius Sieber-Lehmann, Papst und Kaiser als Zwillinge? Ein anderer Blick auf die Universalgewalten im Investiturstreit, Köln, Weimar, Wien (Böhlau) 2015, 203 S., 14 s/w u. farb. Abb. (Papsttum im mittelalterlichen Europa, 4), ISBN 978-3-412-22450-9, EUR 35,00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Benoît Grévin, Paris

    L’essai de Claudius Sieber-Lehmann »Papst und Kaiser als Zwillinge? Ein anderer Blick auf die Universalgewalten im Inverstiturstreit«(titre que l’on pourrait gloser en français »Le pape et l’empereur, jumeaux? Un autre regard sur les autorités à prétention universelle dans la querelle des Investitures«) est un livre extrêmement original, à certains égards déroutant, mais aussi très stimulant. Dans cet essai relativement court (un peu moins de 150 pages, si l’on ôte les annexes et un cahier d’illustrations central), Claudius Sieber-Lehmann emprunte les voies d’une anthropologie historique alternative pour revisiter la querelle des Investitures et plus généralement le processus de séparation des deux sphères religieuses et laïques dans l’Occident des XIe–XVe siècles, en explorant la métaphore de la gémellarité et des jumeaux, son utilisation par les auteurs du bas Moyen Âge pour analyser le problème des relations entre l’Empire et la papauté (ou plutôt, entre l’empereur et le pape), et la difficulté à les conceptualiser sur une base d’égalité hiérarchique (tendance permanente à tenter d’antéposer le pape à l’empereur, ou l’empereur au pape). L’analyse de passages de textes politiques latins d’auteurs tels que Gerhoch von Reichersberg ou Gauthier de Châtillon lui permet de montrer le recours à l’image gémellaire, mais aussi sa forte charge de négativité en contexte occidental.

    De là la nécessité d’élargir la réflexion en tentant une approche anthropologique comparée pour tenter de percevoir si l’absence d’une réflexion gémellaire plus positive pourrait être liée à une spécificité du christianisme médiéval, par opposition à d’autres cultures (antiquité classique, cultures d’Afrique noire ou amérindiennes) plus susceptibles de valoriser le rôle des jumeaux, valorisation se reflétant parfois dans la création d’institutions doubles (double royauté spartiate, suffètes carthaginois, consuls romains, etc.). Le caractère relativement effacé et négatif de la référence aux jumeaux dans l’Occident médiéval (passant notamment par l’antimodèle biblique de Jacob et Esaü, effectivement l’une des matrices de la pensée hiérarchisante politique médiévale, cf. en contexte français l’acte de fixation de la majorité des rois de France à 14 ans de 1374) aurait donc eu un impact conceptuel aux conséquences politiques difficilement mesurables, mais plausibles, lors de la redéfinition brutale des rapports entre Empire et papauté durant les XIe–XIIe siècles, voire au-delà. La thèse est intelligemment défendue, même si l’obsession de l’auteur pour la figure gémellaire l’entraîne parfois à un véritable enthousiasme pour la gémellarité débordant peut-être légèrement la »neutralité axiologique« du chercheur (cf. p. 164, le plaidoyer pour un modèle gémellaire, néanmoins tempéré avec humour à la page suivante).Il ne s’agit sans doute pas là pour l’auteur de postuler un manquement politique fondamental, mais plutôt de tenter de revisiter le problème d’articulation entre la pensée des deux pouvoirs et la concrétisation de la lutte politique, comme cela a déjà été fait pour la métaphore éminemment hiérarchique du soleil et de la lune.

    Le livre surprend néanmoins par son agencement: on passe assez abruptement d’une première partie résumant longuement et de manière très classique le contexte de naissance de la querelle des Investitures à une analyse des lectures médiévales »gémellaires«des rapports pape-empereur, avant de dériver vers ce qui semble presque une histoire de synthèse des jumeaux dans le monde médiéval occidental (tant au niveau conceptuel que scientifique et anthropologique), dans l’antiquité classique, et dans les cultures amérindiennes et africaines. On retourne enfin brièvement au problème de la dissociation des sphères religieuses et laïques. Le livre »tient«, malgré ce parcours en dents de scie, grâce à la richesse de la réflexion, et le lecteur français, sensible à l’abondance des références à l’anthropologie française du XXe siècle, regrettera seulement incidemment que Claudius Sieber-Lehmann n’ait pas voulu ou pu s’appuyer (sans nécessairement adhérer à l’ensemble de leurs présupposés épistémologiques) sur les travaux de Georges Dumézil (cf. par exemple »Le roman des jumeaux et autres essais«) concernant la figure des jumeaux dans les mythologies comparées indo-européennes, qui lui aurait indiqué un grand nombre de passerelles non-évoquées concernant l’emploi de la référence gémellaire comme matrice d’une pensée d’organisation sociale ou socio-politique, depuis le champ gréco-romain évoqué dans cet essai jusqu’à l’Inde, aux Ossètes ou aux cultures germaniques et scandinaves (donc parfois de manière assez proche du Moyen Âge central occidental).

    Un tel détour aurait certainement enrichi considérablement le propos. Si je renvoie à l’œuvre dumézilienne, c’est parce qu’au fond, l’essai de Sieber-Lehmann repose à sa manière le problème crucial, cher à Dumézil, et difficilement escamotable, des modalités d’interaction entre des schèmes de pensée certes susceptibles d’évolution mais prégnants dans la longue durée (ici la négativité relative de la figure des jumeaux dans la pensée judéo-chrétienne) et des configurations (ou au moins des traductions symboliques de configurations) politico-sociales dans les sociétés traditionnelles, s’inscrivant ainsi dans une lignée qui concerne aussi bien l’anthropologie historique que l’histoire des religions. Il le fait à sa manière parfois a priori étonnante (l’obsession gémellaire, toujours …), mais si l’on fait l’effort de dépasser des préjugés de forme sur l’organisation parfois étrange d’un livre combinant une »anthropologie historique de la gémellarité«avec une histoire plus classique, politico-juridique, de l’Occident médiéval, on en sera récompensé par la découverte de nombreuses pistes. Et l’on ne peut qu’abonder avec l’auteur quant à l’intérêt de rouvrir les portes d’une anthropologie historique qui n’hésiterait pas à combiner l’anthropologie comparée des différentes cultures traditionnelles mondiales avec l’histoire du monde occidental.

    Lizenzhinweis: Dieser Beitrag unterliegt der Creative-Commons-Lizenz Namensnennung-Keine kommerzielle Nutzung-Keine Bearbeitung (CC-BY-NC-ND), darf also unter diesen Bedingungen elektronisch benutzt, übermittelt, ausgedruckt und zum Download bereitgestellt werden. Den Text der Lizenz erreichen Sie hier: https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/

    PSJ Metadata
    Benoît Grévin
    Papst und Kaiser als Zwillinge?
    Ein anderer Blick auf die Universalgewalten im Investiturstreit
    fr
    CC-BY 4.0
    Frühes Mittelalter (600-1050), Hohes Mittelalter (1050-1350)
    Europa
    Politikgeschichte, Kirchen- und Religionsgeschichte
    6. - 12. Jh.
    1019-1106
    Heinrich IV., Heiliges Römisches Reich, Kaiser (118548271), Gregorius VII., Papa (118541862), Investiturstreit (4027580-2), Gewaltenteilung (4071817-7), Konfliktlösung (4114266-4), Zwilling Motiv (4191330-9)
    PDF document sieber-lehmann_grevin.doc.pdf — PDF document, 329 KB
    C. Sieber-Lehmann, Papst und Kaiser als Zwillinge? (Benoît Grévin)
    In:
    URL: http://www.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2017-2/ma/sieber-lehmann_grevin
    Veröffentlicht am: 13.06.2017 15:18
    Zugriff vom: 20.08.2017 00:30
    abgelegt unter: