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    A. Selart, Livonia, Rus’ and the Baltic Crusades in the Thirteenth Century (Tobias Boestad)

    Francia-Recensio 2017/2 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

    Anti Selart, Livonia, Rus’ and the Baltic Crusades in the Thirteenth Century, Leiden (Brill Academic Publishers) 2015, XII–385 p. (East Central and Eastern Europe in the Middle Ages, 450–1450, 29), ISBN 978-90-04-28474-6, EUR 146,00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Tobias Boestad, Paris

    L’historien estonien Anti Selart, professeur à l’université de Tartu, a publié en 2015 aux éditions Brill une traduction anglaise révisée de son étude en langue allemande parue en 2007 à Cologne »Livland und die Rus’ im 13. Jahrhundert«1. Il y minimise fortement l’importance des justifications religieuses et de la rhétorique de croisade antischismatique dans les conflits entre les puissances catholiques et la Rus’, durant un »long XIIIe siècle« qu’il fait courir des environs de 1180 à la première moitié du XIXe siècle; il remet ainsi en question la pertinence du modèle de l’antagonisme entre monde occidental et oriental, souvent postulé dans l’historiographie du XXe siècle.

    Si le plan de l’ouvrage est resté strictement le même, l’auteur précise dans sa préface que les répétitions superflues ont été supprimées et certaines erreurs et autres imperfections corrigées. Il s’est également tenu au courant de l’avancée des recherches sur le sujet et renvoie régulièrement son lecteur, dans les notes de bas de page, aux débats historiographiques des huit années qui ont suivi la première édition: les discussions suscitées en Russie et en Lettonie par la nouvelle édition critique du traité de Smolensk de 1229, élaborée par les chercheurs lettons Aleksandrs Ivanovs et Anatolijs Kuzņecovs, y trouvent par exemple leur place (p. 106), bien que le lecteur français, auquel ces débats restent matériellement (sinon linguistiquement) inaccessibles, puisse regretter que leurs enjeux n’aient pas été davantage expliqués.

    Un survol de la bibliographie, déjà très riche dans l’édition de 2007, permet de constater que celle-ci a été dûment mise à jour et complétée, couvrant à présent près de cinquante pages. Les références, réparties à la manière anglo-saxonne en »Sources primaires« et »secondaires«, y impressionnent par leur plurilinguisme: à côté d’une majorité de titres en allemand, en russe ou en anglais, les trois langues baltiques sont représentées, de même que le finnois, le suédois, le danois, le polonais, ou encore de manière plus résiduelle le français et l’ukrainien. On retrouve la même variété linguistique dans les nombreuses éditions de sources que l’auteur mobilise pour compenser l’absence de documents d’archives (les rares sources concernant la Livonie au XIVe siècle ayant dans leur très grande majorité été éditées, souvent plusieurs fois).

    En produisant en langue anglaise une synthèse de ces traditions historiographiques fort différentes, il ne s’agit pas seulement de les confronter et rendre leurs résultats accessibles à un public plus large. Car toute la démarche d’Anti Selart procède du constat »que ni l’histoire de la Livonie, ni celles de Novgorod, de Pskov ou de Polotsk ne peuvent être traitées isolément de la région avoisinante, et que la cohérence interne de ces pays à cette époque ne doit pas être surestimée« (p. 8): dans ces conditions, analyser les rapports politiques entre la Rus’, la Livonie et la chrétienté latine ne suppose pas seulement d’étudier les conflits qui les ont opposées dans une perspective régionale, mais aussi de prendre en compte à plusieurs échelles les interactions entre pouvoirs locaux et régionaux. Comme il le montre, la papauté ne s’intéresse en effet qu’exceptionnellement à cette nouvelle périphérie du monde latin, laissant les mains libres aux acteurs livoniens toujours prompts à mobiliser les arguments religieux au service de leurs intérêts politiques.

    Après un premier chapitre introductif contestant l’idée qu’une frontière religieuse ait séparé les deux chrétientés en Europe nord-orientale dès le XIIe siècle, le plan de l’ouvrage s’articule de manière chronologique en deux grandes parties, dont Anti Selart place la charnière dans les années 1240. Faute de titres donnant un sens aux périodes ainsi isolées, ces deux parties nous ont semblé assez artificielles, d’autant plus que cette division accorde de factoune valeur de césure à la bataille du lac Peïpous (1242). Or comme l’auteur le montre – de manière tout à fait convaincante, au demeurant – les sources contemporaines décrivent cette bataille, loin des récits idéologiques qui en ont été faits au siècle dernier, comme un simple épisode dans une suite d’événements qui débute dès les années 1230 et se poursuivrait les années suivantes.

    Les deux parties se divisent à leur tour en trois chapitres, dont les deux premiers, très factuels, reconstituent et analysent de manière détaillée les étapes de la conquête de la Livonie et l’évolution des relations avec les principautés russes avoisinantes, à partir d’une relecture minutieuse des chroniques allemandes et russes, ainsi que des rares sources diplomatiques conservées. Quoiqu’assez classique, cette approche permet bien souvent à l’auteur de corriger ou d’affiner notre compréhension de ces événements, malgré quelques inexactitudes sur des points de détail (il nous semble ainsi peu probable que le »Thomas de Smolensk« nommé parmi les signataires du traité de Smolensk ait été un marchand allemand résidant dans cette ville, p. 106). En modifiant certaines datations qui lui semblaient douteuses, Anti Selart rappelle utilement que nos connaissances de l’histoire de la Livonie au XIIIe siècle reposent sur un socle inévitablement incertain: ainsi ce rapport de trois émissaires des villes allemandes envoyés à Novgorod, que les historiens de la Hanse situent traditionnellement en 1292, est-il ici daté de 1271, sur la base d’un article de Stephen Rowell paru en 1992 et passé quasi-inaperçu de l’historiographie hanséatique (p. 252).

    Un chapitre consacré à l’image de l’ »Autre« (c’est-à-dire de la Rus’) dans les sources catholiques du XIIIe siècle et de la première moitié du XIVe siècle vient ensuite conclure chacune des deux parties. Anti Selart reconnaît que cette approche présente »un risque de se confiner à des généralisations sans beaucoup de substance concrète et [tendrait] à exprimer une vision idéalisée par l’historien plutôt que la situation telle qu’elle était dans le passé« (p. 13). Pourtant, ces chapitres nous ont paru assez réussis: en prenant plus de hauteur, ils équilibrent la perspective beaucoup plus linéaire des autres sections. Leur principal apport est de remettre en question le préjugé assez répandu selon lequel la Rus’ avait une image systématiquement négative dans les sources occidentales du XIIIe siècle: la posture polémique d’un texte s’explique bien souvent par une conjoncture conflictuelle, plutôt que par une hostilité fondamentale à l’égard du voisin orthodoxe.

    Viennent enfin compléter cet ouvrage quelques indispensables appendices (cartes, tableaux généalogiques), qui permettent au lecteur peu familier de l’histoire de l’Europe orientale de se repérer géographiquement, et lui donnent une chance de ne pas se perdre dans la complexité des conflits dynastiques entre les différentes principautés russes.

    Malgré les quelques réserves formulées ci-dessus, Anti Selart apporte donc avec cet ouvrage une contribution importante à notre connaissance de l’histoire politique de la Livonie médiévale, dont il rend possible une étude plus froide et moins passionnelle.

    1 Anti Selart, Livland und die Rus’ im 13. Jahrhundert, Köln, Weimar, Wien 2007 (Quellen und Studien zur baltischen Geschichte, 21).

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    PSJ Metadata
    Tobias Boestad
    Rus’ and the Baltic Crusades in the Thirteenth Century
    fr
    CC-BY 4.0
    Hohes Mittelalter (1050-1350)
    Baltikum, Osteuropa
    Politikgeschichte, Kirchen- und Religionsgeschichte
    Mittelalter
    1180-1330
    Baltikum (4004379-4), Kiewer Reich (4073393-2), Kreuzzüge (4073802-4)
    PDF document selart_boestad.doc.pdf — PDF document, 336 KB
    A. Selart, Livonia, Rus’ and the Baltic Crusades in the Thirteenth Century (Tobias Boestad)
    In:
    URL: http://www.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2017-2/ma/selart_boestad
    Veröffentlicht am: 13.06.2017 15:18
    Zugriff vom: 20.08.2017 00:32
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