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    H. Reimitz, History, Frankish Identity and the Framing of Western Ethnicity, 550–850 (Geneviève Bührer-Thierry)

    Francia-Recensio 2017/2 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

    Helmut Reimitz, History, Frankish Identity and the Framing of Western Ethnicity, 550–850, Cambridge (Cambridge University Press) 2015, XIV–513 p., 14 fig., 9 maps, 2 tabl. (Cambridge Studies in Medieval Life and Thought. Fourth Series, 101), ISBN 978-1-107-03233-0, GBP 89,99.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Geneviève Bührer-Thierry, Paris

    Après de nombreux travaux consacrés à la question de la construction des identités et aux usages de l’écrit dans les premiers siècles du Moyen Âge, Helmut Reimitz livre ici une synthèse sur l’identité franque telle qu’elle se manifeste dans les textes historiographiques depuis les »Dix livres d’histoire«de Grégoire de Tours jusqu’aux »Annales«carolingiennes. Cette identité franque se révèle un phénomène complexe, tant pour les habitants des royaumes francs, mérovingiens puis carolingiens, que pour ceux qui vivent à l’extérieur: »être franc« n’a pas toujours la même signification suivant les époques et suivant les milieux, bien que l’identité franque soit rapidement devenue synonyme de pouvoir et de prestige dans l’imagination sociale qui s’est projetée sur l’ensemble de l’Europe.

    Après une introduction très fournie en réflexions sur les concepts d’identité ethnique et d’ethnicité, H. Reimitz opte pour un plan chronologique en trois grandes parties: la première s’appuie essentiellement sur Grégoire de Tours; la seconde envisage le sujet à partir de la »Chronique«de Frédégaire et du »Liber Historiae Francorum«; enfin la dernière partie appréhende les transformations de l’identité franque dans les différentes versions des »Annales«composées dans l’entourage du souverain carolingien.

    L’auteur montre combien le point crucial demeure la manière dont les auteurs postérieurs au VIe siècle ont sans cesse reconfiguré les écrits de Grégoire puis de ses continuateurs. L’étude qu’il mène à travers les différents manuscrits conservés lui permet de reconstruire le rôle joué par ces textes dans la communication sociale au sujet de l’identité et de la communauté qui s’y réfère. Mais inclure l’étude des traditions manuscrites a une autre raison: les historiens du Moyen Âge comme Grégoire de Tours avaient certainement le souci de ce que leurs textes pouvaient devenir dans les siècles suivants, mais ils ne pouvaient pas imaginer le processus de reconstruction auquel les a soumis l’édition moderne qui nous livre une »version moyenne«; si on veut comprendre le sens profond de ces œuvres, il est nécessaire de retourner à la diversité des versions données par les manuscrits, ce dont H. Reimitz donne ici une magnifique illustration.

    La première partie donne une saisissante évocation du monde postromain comme monde multipolaire et décentralisé: la destruction de la centralité romaine a moins conduit à la victoire des Barbares qu’à celle de la »romanité locale«. Dans de nombreuses provinces, on a vu ainsi se développer des entités formées par l’action de ces »seigneurs de la guerre«qui établirent autant de nouvelles »petites Romes« en collaboration avec les élites romaines locales. Et pour la plupart des élites romaines de ces régions, ce développement était une vraie opportunité. Les membres de l’élite intellectuelle et culturelle qui optaient pour des chefs locaux, une armée locale et un système local de patronage jouèrent alors un rôle crucial dans la recréation d’un tissu politique et social qui était désormais détaché de Rome. Et c’est leur culture romano-chrétienne qui leur permettait de développer de nouveaux concepts intégrant à la fois les anciennes et les nouvelles structures comme le montre l’œuvre de Grégoire de Tours.

    Mais Grégoire ne dit rien de l’identité franque en particulier et le même mot »franc«n’apparaît que rarement dans son œuvre. Quand on le trouve, on observe qu’il qualifie de nombreuses réalités sociales, comme s’il n’existait pas pour Grégoire d’identité franque largement partagée. Le modèle de société qu’il décrit présente la cohésion sociale comme le résultat de décisions individuelles prises en faveur de l’appartenance à la chrétienté: le seul critère distinctif entre les individus est leur engagement à participer à un royaume chrétien. Grégoire décrit le royaume avant tout comme une communauté de foi en se positionnant comme un médiateur privilégié, en tant que pasteur. H. Reimitz montre aussi comment Grégoire déconstruit complètement l’histoire romaine et revendique son inscription dans un monde en transition dans lequel l’identité romaine ne veut plus rien dire: ni romain, ni franc, Grégoire ne conçoit que le christianisme comme facteur décisif d’intégration, même s’il savait bien que cette idée de communauté chrétienne entrait en compétition avec d’autres visions sociales, politiques ou religieuses. Mais très vite après son décès, ses »Histoires«sont devenues la référence incontournable pour raconter l’histoire des royaumes francs. Il n’existe en fait aucune autre tentative concurrente au VIe siècle et tous les historiens postérieurs ont eu à prendre pied sur les »Histoires«de Grégoire, même si c’est pour les déformer ou les utiliser dans un autre sens.

    Les choses changent en effet au VIIe siècle avec plusieurs réécritures de Grégoire, notamment celle des rédacteurs de la »Chronique«de Frédégaire, qui proposent une autre histoire: celle qui fait de l’identité franque un des facteurs clefs dans l’intégration sociale du royaume mérovingien et la rétroprojette vers un passé glorieux, remontant notamment aux »origines troyennes«. Mais on voit également émerger une troisième conception, celle du »Liber Historiae Francorum«, fruit d’une nouvelle réflexion des élites neustriennes qui proposent une vision de l’Histoire qui ne s’appuie plus sur le modèle romain mais sur le modèle biblique. Les Francs deviennent alors le Nouvel Israël, le peuple élu, constitué de différents peuples; ils ne sont plus, comme chez Frédégaire, responsables de la stabilité d’une société hétérogène, tant sur le plan social que sur le plan ethnique, ils sont au centre de l’Histoire et ne peuvent être compris comme une gensparmi toutes les gentesdu monde postromain.

    Ces trois modèles – Grégoire, Frédégaire et le »Liber Historiae Francorum«– sont donc entrés en compétition les uns avec les autres et lorsque les Carolingiens ont dû s’approprier un de ces modèles, ils ont puisé à toutes les sources, réarrangeant la »Chronique«de Frédégaire qui chantait déjà la louange de leurs ancêtres austrasiens et reprenant les motifs bibliques du »Liber Historiae Francorum«qui octroyaient aux Francs une mission providentielle. On assista alors à une intense politisation de l’identité franque appuyée sur des fondements chrétiens: on observe, par exemple, que les »Annales royales«mentionnent constamment le consentement et l’action concertée du roi et des Francs. Cette formule de consensus a permis aux historiens de la cour de développer un projet historiographique cohérent, cristallisant la conception de l’identité franque autour de l’expérience carolingienne, mais sans pouvoir empêcher l’émergence d’un conglomérat d’identités nouvelles: ils n’ont jamais réussi à établir l’empire comme seul foyer possible d’intégration sociale et politique des divers groupes d’élites. Néanmoins, la formation d’identité ethnique comme outil de légitimation politique et la conception spécifique de l’ethnicité comme conception du monde légitime qui a émergé dans le haut Moyen Âge chrétien occidental ont été véritablement conçues par les historiens carolingiens.

    S’il est impossible de restituer ici la finesse et la complexité des analyses menées par Helmut Reimitz, on insistera sur le fait qu’il s’agit là d’un livre ambitieux, nourri par des études menées de façon magistrale et qui donnera à penser à tous les historiens autour des questions cruciales de la construction des identités et de l’écriture de l’Histoire.

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    PSJ Metadata
    Geneviève Bührer-Thierry
    Frankish Identity and the Framing of Western Ethnicity, 550–850
    fr
    CC-BY 4.0
    Frühes Mittelalter (600-1050)
    Europa
    Sozial- und Kulturgeschichte
    6. - 12. Jh.
    550-850
    Franken (4018093-1), Germanen (4020378-5), Ethnische Identität (4153096-2), Geschichtsschreibung (4020531-9)
    PDF document reimitz_buehrer-thierry.doc.pdf — PDF document, 342 KB
    H. Reimitz, History, Frankish Identity and the Framing of Western Ethnicity, 550–850 (Geneviève Bührer-Thierry)
    In:
    URL: http://www.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2017-2/ma/reimitz_buehrer-thierry
    Veröffentlicht am: 13.06.2017 15:18
    Zugriff vom: 20.08.2017 00:30
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