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    S. Patzold, C. v. Rhijn (ed.), Men in the Middle (Michèle Gaillard)

    Francia-Recensio 2017/2 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

    Steffen Patzold, Carine van Rhijn (ed.), Men in the Middle. Local Priests in Early Medieval Europe, Berlin, New York (De Gruyter) 2016, X–252 p. (Reallexikon der germanischen Altertumskunde. Ergänzungsbände, 93), ISBN 978-3-11-044448-3, EUR 99,95.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Michèle Gaillard, Lille

    Comme son titre l’indique, cet ouvrage, modeste quant à sa taille mais fondamental dans son contenu, est consacré à l’étude des prêtres locaux dans l’Europe du haut Moyen Âge. Il s’articule en 12 chapitres qui présentent les recherches de leurs auteurs sur des espaces différents et des périodes quelque peu diverses.

    Après l’introduction des éditeurs (§ 1, p. 1–10), quatre articles sont consacrés à des régions franques et germaniques de l’empire carolingien: Miriam Czock, »Practices of property and the salvation of one’s soul: Priests as men in the middle in the Wissembourg material« (§ 2, p. 11–31); Bernhard Zeller »Local priests in early medieval Alamannia: The charter evidence« (§ 3, p. 32–49); Thomas Kohl, »Presbyter in parochia sua: Local priests and their churches in early medieval Bavaria« (§ 4, p. 50–77); Charles Mériaux, »Ideal and reality: Carolingian priests in northern Francia« (§ 5, p. 78– 97).

    Les trois premiers chapitres sont essentiellement fondés sur l’étude des chartes, complétée par des textes normatifs (actes synodaux, capitulaires épiscopaux …) alors que le quatrième prend appui sur l’œuvre normative de l’archevêque Hincmar de Reims et les informations transmises par Flodoard dans le livre III de son »Historia Remensis Ecclesiae« (correspondance d’Hincmar en particulier). Malgré quelques nuances dues à des contextes régionaux et historiques différents, ces études montrent l’insertion des prêtres dans la société locale, les liens qu’ils gardent avec leur milieu familial (matérialisé notamment par la transmission de l’église à leur neveu), leur relative aisance matérielle et leur appartenance à l’élite locale grâce à leur maîtrise (même restreinte) de la lecture et de l’écriture en latin, tous aspects qu’on pouvait pressentir mais que ces études approfondies permettent de démontrer.

    Les trois chapitres suivants concernent des espaces périphériques ou extérieurs à l’empire carolingien, à des périodes distinctes: Marco Stoffella, »Local priests in early medieval rural Tuscany« (§ 6, p. 98–124); Wendy Davies, »Local priests in northern Iberia« (§ 7, p. 125–144); Francesca Tinti, »Looking for local priests in Anglo-Saxon England« (§ 8, p. 145–161).

    L’étude de Marco Stoffella, portant principalement sur la période 750–800 met en évidence le système complexe où l’évêque joue le premier rôle et auquel appartiennent les prêtres locaux, les églises baptismales (plebes) et leurs recteurs (choisis par les évêques) et aussi, quoique moins souvent attestées, les institutions mineures (oracula et xenodochia); malgré cela, les églises restent souvent et longtemps aux mains des mêmes groupes familiaux au sein desquels les prêtres sont partie prenante des transactions immobilières et financières. Le tableau dressé par Wendy Davies sur le Nord de l’Espagne (Asturies et León) jusqu’en l’an Mil est fondé sur l’étude des chartes (dont plus de 90% datent du Xe siècle) et décrit des prêtres locaux dont les moyens d’existence viennent de leurs propriétés, personnelles ou familiales, qui sont davantage contrôlés par les propriétaires des églises (laïc, clerc, monastère, évêque) que par l’évêque en tant que tel et qui exercent, encore davantage au Xe siècle, des fonctions utiles à toute la communauté comme le notariat, l’expertise en affaire ou en justice. Dans l’Angleterre anglo-saxonne, la figure du prêtre local ne peut vraiment être identifiée qu’à partir du XIe siècle, en particulier grâce au »Domesday Book«: auparavant, les rares sources mettent en relief l’existence de nombreux minsters dont sont membres les prêtres qui desservent les églises rurales. Après la conquête normande, les prêtres locaux semblent bien plus nombreux que ceux vivant dans les minsters et leurs églises sont en lien étroit avec les manoirs, tant topographiquement que personnellement; ils constituent une élite villageoise dont la moralité et le savoir ne sont sans doute pas aussi désastreux que le suggèrent les écrits des réformateurs du temps: ils possèdent des livres en partie rédigés en langue vernaculaire et pouvant donc être directement utilisés dans leurs relations avec les fidèles.

    Les livres à la disposition des prêtres locaux et leur niveau d’instruction sont l’objet des trois derniers chapitres qui sont, à mon sens, les plus novateurs: Yitzhak Hen, »Priests and books in the Merovingian period« (§ 9, p. 162–176); Carine van Rhijn, »Manuscripts for local priests and the Carolingian reforms« (§ 10, p. 177–198); Steffen Patzold, »Pater noster: Priests and the religious instruction of the laity in the Carolingian populus Christianus« (§ 11, p. 199–221).

    Comme l’a fait Francesca Tinti pour les réformateurs du XIe siècle en Angleterre, Yitzhak Hen remet en cause avec bonheur l’image du prêtre mérovingien illettré issue des écrits de Boniface, en se fondant sur l’existence de livres servant à guider les prêtres dans leur travail et caractérisés par leur petites dimensions et la diversité de leur contenu (liturgique et canonique), tel le fameux Missel de Bobbio, sorte de vade mecum à l’usage d’un prêtre (ou d’un évêque) confectionné dans le Sud-Est de la Gaule au tournant des VIIe–VIIIe siècles. D’autres livres montrent que tous les prêtres de l’époque mérovingienne n’étaient pas des illettrés: celui contenant des sermons de Césaire d’Arles copié à la fin du VIIIe siècle dans la région de Mayence ou de Fulda, ou encore celui confectionné dans l’écriture dite »de Luxeuil« au début du VIIIe siècle. En revanche, j’émettrais quelques réserves sur l’exemple donné par l’auteur du manuscrit de la »chronique de Frédégaire«, daté de 715 par son propriétaire, Lucerios presbiter monacos: ce Lucerius (la graphie o à la place du u est fréquente à l’époque mérovingienne) était prêtre certes, mais aussi moine (monacus), ce qui n’en fait pas un exemple pertinent de prêtre local à l’époque mérovingienne …

    Bénéficiant de davantage de sources, l’article de Carine van Rhijn démontre, avec de nombreux exemples de manuels à l’usage des prêtres, répertoriés en Bavière, Suisse, Italie du Nord et dans le Nord de l’Allemagne par S. Keefe, et l’étude précise de trois de ces manuscrits, que les évêques se préoccupaient d’aider les prêtres locaux dans leurs tâches et que l’existence de ces livres suppose une connaissance convenable du latin par les prêtres. Allant dans le même sens, Steffen Patzold met en valeur le rôle fondamental confié aux évêques par l’empereur dans le façonnement d’un populus christianus, qui nécessitait une grande attention portée à l’instruction des prêtres dont on attendait qu’ils veillent à leur tour à ce que les fidèles connaissent (et comprennent?) au moins le Pater Noster et aussi le Credo ainsi que la raison et la signification des pénitences demandées à tous pour le salut de l’empire.

    Dans sa conclusion, Rob Meens (»Early medieval priests: Some further thoughts«, § 12, p. 222–227) reprend ces propos en soulignant que les documents normatifs, en particulier les capitulaires épiscopaux, ont atteint une grande partie des prêtres de leur diocèse, de même que les livres confectionnés à leur usage, mais qu’il reste à développer un problème sous-jacent dans les chapitres de ce livre, celui du langage utilisé par les prêtres et donc celui de la communication aux fidèles des éléments fondamentaux de la foi chrétienne et de la volonté impériale, ou royale, de faire du peuple un véritable populus christianus.

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    PSJ Metadata
    Michèle Gaillard
    Men in the Middle
    Local Priests in Early Medieval Europe
    fr
    CC-BY 4.0
    Frühes Mittelalter (600-1050)
    Europa
    Kirchen- und Religionsgeschichte
    6. - 12. Jh.
    500-900
    Europa (4015701-5), Priester (4047233-4), Religiöse Identität (4354651-1)
    PDF document patzold_gaillard.doc.pdf — PDF document, 268 KB
    S. Patzold, C. v. Rhijn (ed.), Men in the Middle (Michèle Gaillard)
    In:
    URL: http://www.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2017-2/ma/patzold_gaillard
    Veröffentlicht am: 13.06.2017 15:18
    Zugriff vom: 20.08.2017 00:32
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