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    G. Giannini, Un guide français de Terre sainte, entre Orient latin et Toscane occidentale (Jean Meyers)

    Francia-Recensio 2017/2 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

    Gabriele Giannini, Un guide français de Terre sainte, entre Orient latin et Toscane occidentale, Paris (Classiques Garnier) 2016, 352 p. (Recherches littéraires médiévales, 21), ISBN 978-2-406-05931-8, EUR 39,00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Jean Meyers, Montpellier

    Gabriele Giannini, professeur de philologie romane à l’université de Montréal, est un spécialiste de la tradition manuscrite des textes occitans, français et italiens du Moyen Âge, ce qui explique la nature un peu déconcertante de ce volume par rapport à son titre – qui aurait sans doute mérité d’être davantage explicité. Certes, on trouve bien ici l’édition d’un guide français de Terre sainte, mais celle-ci n’occupe en réalité que quatre pages (trois pages et demie pour être exact) sur les 352 que compte le volume! C’est que ce court guide n’est en fait que »le point de départ d’un voyage qui de l’Orient latin mène jusqu’en Angleterre, en passant par Rhodes, Rome et la Toscane occidentale«, comme le signale la quatrième de couverture. C’est donc surtout dans ce voyage que ce livre nous plonge avec une formidable érudition et une incroyable minutie.

    En 2007, l’auteur avait découvert, dans les derniers feuillets (fo 173a–174b) d’un témoin du »Livre du Trésor« de Brunetto Latini (Ferrare, Biblioteca comunale Ariostea, II.280, fin XIIIe s.), un guide de pèlerinage totalement inconnu des spécialistes, mais manifestement apparenté à un ensemble, déjà édité par le passé, de courts guides latins et vernaculaires de Terre sainte: trois textes latins, appelés traditionnellement »Innominati«V, IX et X, et trois versions françaises, B (Bruxelles, BR B, IV 1005), VPW (BAV, Vat. lat. 3136; Paris, BnF, fr. 9082 et Vienne, ÖNB, Cod. 2590) et C (Cambridge, UL, Gg.6.28). L’auteur a donc voulu éditer ce guide jusqu’ici inconnu, mais en faisant ressortir le contexte socioculturel dont il est issu et en précisant sa place et sa spécificité dans cette constellation de guides de Terre sainte. Une première partie (p. 11–142) s’attache donc à décrire sans négliger aucun détail (histoire, composition, contenu, illustration, décoration, rubriques et, bien sûr, écriture) les six manuscrits de cet ensemble: F, B, V, P, W et C. On voit ainsi que les six témoins se partagent en deux groupes cohérents de guides de pèlerinage: F, P et W appartiennent au type de véhicule textuel dans lequel le guide indépendant figure en guise d’appendice à la suite d’un texte majeur, encyclopédique (F et W) ou historiographique (P), pour compléter le volume, tandis que V, B et C se rattachent à l’autre voie privilégiée de circulation suivant laquelle le guide est inséré au sein d’un recueil historico-juridique (V), pieux (B) ou moralisant (C).

    Les témoins du premier groupe, datés de la fin du XIIIe siècle, sont des produits plus ou moins luxueux destinés aux élites laïques occidentales et orientales, alors que ceux du second groupe sont des produits modestes, non illustrés et faiblement décorés, dont la destination semble avoir été fortement individuelle. Une deuxième partie étudie ensuite la tradition des textes (p. 143–159) et montre que l’original dont dépendraient les deux groupes – »ou, du moins, l’une de ses cristallisations«(p. 153) – pourrait bien avoir été rédigé, dans les années comprises entre 1219–1220 et 1260, dans l’Orient latin, comme le suggèrent les traces lexicales qu’en ont conservées les guides. Elle fait voir aussi comment la fonction initiale du texte, qui était de guider le pèlerin sur les routes de Terre sainte en lui indiquant les itinéraires, les distances, les lieux notables et les épisodes bibliques qui y sont rattachés, s’estompe de plus en plus dans les six versions, qui glissent vers un ton descriptif lâche, où les souvenirs évangéliques, pertinents ou non, prennent de plus en plus de place. Une dernière partie (p. 161–205) étudie enfin la scriptaet le contexte socioculturel du seul manuscrit F: on y voit que F a conservé de nombreuses traces résiduelles du français du Levant, traces orthographiques, morphologiques et lexicales, mais qu’il a subi aussi une pression directe des formes italiennes, qui permet de situer sa confection en Toscane occidentale et plus précisément à Pise. L’ouvrage donne ensuite l’édition des six versions, celle de F d’abord, qui est la plus savante et la plus détaillée, puisqu’il s’agit de la première édition, puis »une édition de service«(p. 251), aux prétentions plus limitées dans la mesure où elles avaient déjà été éditées, des autres versions, dont la mise à disposition était cependant indispensable à l’intelligence de F: la version de B, puis de VPW (qui dérivent tous trois d’une version commune, que V raccourcit comme P, mais que W allonge) et, enfin, celle de C, très proche de VPW. Chaque texte est accompagné d’une surabondante annotation (pour ne prendre qu’un exemple, l’annotation du court texte de F occupe les pages 213–248), qui compare les six versions entre elles, mais qui signale aussi les rapprochements ou différences avec les trois guides latins mentionnés plus haut, ainsi qu’avec trois autres textes apparentés à cet ensemble: l’»Itinerario ai luoghi santi«, un volgarizzamentotoscan occidental d’un guide français, les »Pelrinages communes«, un autre guide français, et un second itinéraire toscan siennois, les »Viagi ke debbono fare li pelegrini ke vanno oltramare«. Mais l’annotation fourmille également de précisions historiques, topographiques et archéologiques sur les lieux saints et sur le déroulement des pérégrinations en Terre sainte. Le reste du volume (p. 327–345) est occupé par une bibliographie, un glossaire complet de F et un index des noms propres.

    On l’aura compris, le livre de Gabriele Gianninidevrait retenir avant tout l’attention des spécialistes d’ancien français, ainsi que celle des paléographes et codicologues intéressés par la transmission des textes vernaculaires au Moyen Âge, mais il devrait aussi retenir celle des spécialistes des récits de pèlerinage, moins peut-être pour l’intérêt, assez limité, des guides laconiques édités ici, que pour l’étude de leur contexte de production et pour la richesse de leur annotation, dans laquelle bien des indications pourraient leur être précieuses.

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    PSJ Metadata
    Jean Meyers
    Un guide français de Terre sainte, entre Orient latin et Toscane occidentale
    fr
    CC-BY-NC-ND 4.0
    Hohes Mittelalter (1050-1350)
    Frankreich und Monaco, Italien
    Bildungs-, Wissenschafts-, Schul- und Universitätsgeschichte
    13. Jh.
    1200-1300
    Latini, Brunetto (118516108), Li livres dou tresor (4627810-2), Palästina (4044381-4), Wallfahrt (4064460-1)
    PDF document giannini_meyers.doc.pdf — PDF document, 329 KB
    G. Giannini, Un guide français de Terre sainte, entre Orient latin et Toscane occidentale (Jean Meyers)
    In:
    URL: http://www.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2017-2/ma/giannini_meyers
    Veröffentlicht am: 13.06.2017 15:18
    Zugriff vom: 20.08.2017 00:32
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