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T. Evergates, Henry the Liberal (Patrick Demouy)

Francia-Recensio 2017/2 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

Theodore Evergates, Henry the Liberal. Count of Champagne, 1127–1181, Philadelphia (University of Pennsylvania Press) 2016, X–307 p., ill., maps, plans (The Middle Ages Series), ISBN 978-0-8122-4790-9, USD 75,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Patrick Demouy, Reims

Depuis un demi-siècle les historiens ont publié des travaux de fond qui permettent de mieux cerner la personnalité et l’action du comte Henri le Libéral et de les replacer dans leur contexte: la formation d’une grande principauté, la politique efficace qui en a fait un carrefour d’échanges internationaux, un mécénat éclairé au profit de clercs lettrés gravitant autour de la cour de Troyes, le milieu féodal, etc. Ce livre n’aurait pu voir le jour sans l’apport fondamental qu’a été la récente édition du »Recueil des actes d’Henri le Libéral«(près de 550 documents) entreprise par John Benton et achevée par Michel Bur. L’auteur lui-même, qui a consacré ses premières recherches, en 1975, à la société féodale du bailliage de Troyes de 1152 à 1284, puis donné en 2007 une étude sur l’aristocratie du comté de Champagne aux XIIe–XIIIe siècles, était bien placé pour entreprendre cette synthèse. Celle-ci, qui se lit agréablement, est d’une facture classique et chronologique, de la jeunesse à l’héritage laissé par le défunt.

Grâce aux actes, Theodore Evergates suit précisément l’apprentissage du jeune comte, qui accompagnait souvent ses parents. Il est certain que Thibaud II, qui avait renoncé à entrer dans les ordres sur l’injonction de saint Norbert, lui a laissé l’exemple d’un prince pieux et généreux pour les moines. Saint Bernard était un ami de la famille, cisterciens et templiers bénéficiaient des largesses comtales. Sans négliger les réguliers, Henri a surtout favorisé les chapitres séculiers, fondant 150 prébendes à Troyes, Provins, Bar-sur-Aube, etc. Il trouvait parmi ses chanoines les officiers loyaux et lettrés dont il avait besoin. Si l’on associe la cour de Champagne à l’œuvre de Chrétien de Troyes, ce n’est pas du fait d’Henri; il n’avait que des auteurs latins dans sa bibliothèque, qu’il avait enrichie au contact des clercs anglais exilés avec Thomas Becket; il entretenait des relations érudites avec les prélats et recherchait dans les livres les leçons de l’histoire et des instructions morales. C’est la comtesse Marie qui préférait la »matière de Bretagne« en langue romane.

La deuxième croisade a marqué toute sa vie. Après trois ans d’engagement aux côtés de Louis VII (1147–1149), il est reparti trente ans après en Terre sainte, pour mourir à Troyes huit jours après son retour, en mars 1181. Là aussi il s’agissait d’un engagement récurrent chez les Thibaudiens. Compagnon d’armes du roi dans les épreuves, il a entretenu ensuite avec lui des relations apaisées, contrastant avec celles qui prévalaient aux générations précédentes. Il a inauguré avec la famille capétienne des liens étroits qui ne devaient plus être remis en cause jusqu’à la fin du XIIIesiècle, quand son héritière Jeanne épousa le futur Philippe IV, préparant le rattachement de la Champagne à la Couronne. Non seulement Henri a été fiancé dès 1153 à la princesse Marie, fille de Louis VII et Aliénor d’Aquitaine (elle avait 8 ans et lui 36), mais son frère Thibaud de Blois a épousé Alice, sœur de sa promise, puis le roi, veuf en 1160, s’est uni à Adèle, la jeune sœur de ses gendres, qui lui donna enfin l’héritier attendu, Philippe Dieudonné, dit plus tard Auguste. Mais les alliances ne s’arrêtaient pas là. Henri était le neveu du roi d’Angleterre Étienne de Blois, sa sœur Isabelle a épousé le fils du roi Roger II de Sicile, sa nièce Agnès de France l’empereur Alexis Comnène, tandis que par sa mère Mathilde de Carinthie, il cousinait avec l’aristocratie germanique. Les réseaux entretenus par ce grand aristocrate expliquent le rôle de médiateur entre roi, pape et empereur, dont il fut investi, sans succès, lors du schisme qui a suivi l’élection d’Alexandre III quand Victor IV, soutenu par le »parti impérial«s’empara du siège pontifical, obligeant son concurrent à l’exil en France, où le roi lui fit bon accueil. Henri fut chargé d’aller trouver Frédéric Ier pour mettre fin à une division scandaleuse. Il revint avec le projet d’un concile franco-allemand, où chaque roi viendrait avec son pape, afin de déterminer lequel était légitime. Henri garantit même la présence de Louis VII en jurant de transférer ses hommages à l’empereur si le roi ne venait pas. C’était un piège tendu par les impériaux, car Alexandre III, en bon canoniste »grégorien«, ne pouvait admettre de se soumettre au jugement d’un concile. Finalement cette rencontre prévue à Saint-Jean-de-Losne n’a pas eu lieu et Henri fut dégagé de la parole donnée. Theodore Evergates pointe dans cette affaire une naïveté du Libéral, mais il s’agissait plutôt d’ambiguïté voire de duplicité.

Henri appartenait à une nouvelle génération au pouvoir (Louis VII, Frédéric Barberousse, Henri Plantagenêt). Son titre même, comte palatin de Troyes, était une innovation. D’abord parce qu’il avait hérité de la partie orientale des possessions thibaudiennes. Alors qu’auparavant l’aîné recevait en héritage les domaines ligériens, lui avait été investi des comtés champenois, preuve indéniable de la prospérité que leur donnait la réussite des foires. Le vieux titre palatin, porté par un ancêtre, sentait bon les temps carolingiens et marquait une position éminente parmi les grands vassaux de la Couronne, ceux-là même qui devenaient alors pairs de France. Le choix de Troyes (il y avait aussi Vitry ou Bar-sur-Aube) désignait la ville dont il voulait faire sa résidence principale et la capitale administrative de la principauté. C’est sans doute l’apport principal de ce livre, la mise en perspective de la fondation d’un »campus comtal« à la lumière des expériences du jeune Henri. Il avait vu en 1141 la cathédrale de Sens, modèle de sa propre chapelle dotée du même vocable, il avait admiré en 1144 le grand projet monumental de Suger à Saint-Denis, il avait visité en 1147 le sacré palais de Constantinople et les églises aux innombrables reliques, il s’était arrêté en Sicile en 1149, à Palerme, exemple de capitale nouvelle, dont la chapelle palatine était presque terminée. À Troyes, il a bâti une résidence inscrite dans un nouveau quartier urbain, avec sa grande aula, les maisons des chanoines, l’hôtel-Dieu et une église gothique plus grande que la vieille cathédrale carolingienne, qui comptait au XIVes. plus de 240 reliquaires. Dans le chœur il a préparé sa tombe, avec un gisant en bronze doré qui ne le cédait en rien aux mausolées royaux de Saint-Denis ou Saint-Remi de Reims, une tombe qui était quasiment un reliquaire.

Le lecteur retirera de ce livre de bonnes informations, étayées par des lectures nombreuses et la connaissance des sources. La maîtrise d’une telle somme est un exercice périlleux, et il faut corriger quelques points de détail. Le pape Urbain II en 1089 n’a pas conféré à l’abbé de Saint-Remi le privilège de sacrer les rois, mais au successeur de saint Remi, autrement dit à l’archevêque de Reims; en 1129, l’abbé Odon n’a pas obtenu quoi que ce soit en ce domaine (p. 42, 142). Le juriste anglais Philippe de Calne n’a jamais été »archidiacre du chapitre de Reims«(titre imaginaire) en 1170; les deux archidiacres assistant alors l’archevêque étaient Boson et Philippe de Dreux, de 1163 à 1175 (p. 116). Mais ces remarques ne diminuent en aucune façon la grande valeur de cet ouvrage.

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PSJ Metadata
Patrick Demouy
Henry the Liberal
Count of Champagne, 1127–1181
fr
CC-BY-NC-ND 4.0
Hohes Mittelalter (1050-1350)
Frankreich und Monaco
Politikgeschichte
6. - 12. Jh.
1127-1181
Heinrich I., Champagne, Graf (124986536)
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T. Evergates, Henry the Liberal (Patrick Demouy)
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Veröffentlicht am: 13.06.2017 15:18
Zugriff vom: 20.08.2017 00:30
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