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    La Chanson de Roland. Le manuscrit de Châteauroux (Alain Corbellari)

    Francia-Recensio 2017/2 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

    La Chanson de Roland. Le manuscrit de Châteauroux. Édition bilingue établie, traduite, présentée et annotée par Jean Subrenat, Paris (Honoré Champion) 2016, 693 p. (Champion Classiques. Série »Moyen Âge«, 43), ISBN 978-2-7453-3132-8, EUR 24,00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Alain Corbellari, Lausanne

    »La Chanson de Roland«, on le sait, ne se réduit pas au manuscrit d’Oxford, et la version du manuscrit de Châteauroux est loin d’être inconnue: comme toutes les autres versions »alternatives«de la légende de Roncevaux, elle a déjà connu plusieurs éditions, mais son texte restait peu répandu et relativement peu accessible, tant la version du manuscrit d’Oxford a, depuis sa redécouverte en 1837, accaparé toute la ferveur et l’enthousiasme des médiévistes. Cependant, en se focalisant sur ce texte mythique, on se fait une image idéalisée et, à bien des égards, faussée du genre épique médiéval, car la grande majorité des chansons de geste classiques de la littérature française qui nous sont parvenues datent du tournant des XIIe–XIIIe siècles, c’est-à-dire de la fin du règne de Louis VII et de celui de Philippe Auguste. Remettre au jour dans une collection de poche bien répandue une version de »La Chanson de Roland« s’inscrivant précisément dans cette époque, qui semble bien être celle de l’apogée du genre, équivaut donc à restituer au commun des lecteurs – et l’entreprise ne peut qu’être saluée – l’une des pièces majeures du puzzle littéraire de la Renaissance du XIIe siècle. En l’occurrence, Jean Suberenat propose une datation très vraisemblable de »La Chanson de Roland« du manuscrit de Châteauroux (désormais C pour reprendre le sigle de l’édition de référence de Cesare Segre, sur laquelle le nouvel éditeur ne manque pas de s’appuyer), qu’il situe »entre 1180 et 1195, dans l’hypothèse la plus étroite«(p. 10).

    Jean Subrenat ne cherche pas à faire dire à C des choses d’une originalité fracassante; l’essentiel de son commentaire introductif consiste ainsi en un patient exposé des éléments qui le différencient du texte d’Oxford (désormais O), ainsi que de ceux qui démontrent le respect dont il fait preuve à l’égard de la tradition, et cela suffit amplement à relever son intérêt. Deux fois plus long que O, C accroît l’importance du personnage de Ganelon, »plus violent, plus inquiet, plus inquiétant aussi«(p. 31), cité dès la première laisse, et dont on narre deux tentatives de fuite après la découverte de sa trahison, épisodes que l’éditeur n’hésite pas à taxer de »romanesques«, par opposition à la narration plus »austère«(p. 57) de O. L’idée que celui-ci relèverait d’une esthétique »romane«(p. 42, sous-entendant que celle de C serait »gothique«– Subrenat utilise, p. 60, le terme »flamboyant«) peut apparaître une facilité rhétorique, mais elle s’impose presque lorsque l’on replace C dans la période de première floraison du roman français et dans un contexte politique nouveau qui pousse son auteur à insister sur les questions de stratégie militaires et de procédure juridique. Autre élément nouveau (ou témoignant d’une tradition occultée par O ?): le fait que Roland jette Durendal dans une source d’eau croupie, et qui permet à l’éditeur de faire un parallèle avec l’»Excalibur«d’Arthur (p. 38).

    Enfin, la plus grande importance donnée au personnage de la belle Aude est relevée à juste titre, Jean Subrenat observant que la »réserve pudique«qu’observe O à son sujet »est d’un autre âge«(p. 53) et allant même jusqu’à montrer des analogies entre la scène de la mort d’Aude et le récit de celle d’Iseut (p. 52). Notons que la mère de Roland, donc la sœur de Charlemagne, est présente dans le récit de C, ce qui est peut-être un signe d’un début de réémergence du motif du »péché de Charlemagne«(qui aurait conçu Roland dans l’inceste), totalement absent de O, mais explicite dans les versions scandinave et occitane. Jean Subrenat n’entre pas en matière sur cette question.

    L’édition elle-même n’appelle que des éloges. D’une rigueur philologique que l’on aimerait voir plus souvent appliquée en contexte francophone, elle s’enrichit d’une traduction précise, non dépourvue d’élégance, et d’un glossaire tout à fait éclairant. L’éditeur a en outre eu la bonne idée de noter marginalement les références que l’on peut faire, de laisse à laisse, au texte de O, sans imiter la pratique, sans doute en effet excessivement fétichiste, de Raoul Mortier qui, dans son édition – par ailleurs très défectueuse – de 1943, allait jusqu’à rechercher des correspondances vers à vers.

    Il est cependant un autre texte que Jean Subrenat aurait pu par places évoquer, c’est la chanson du »Voyage de Charlemagne à Jérusalem et à Constantinople«. On pourrait ainsi se demander si la surenchère des supplices proposés par six des pairs de Charlemagne de la laisse 445 à la laisse 449 ne se souvient pas de la fameuse scène des gabs de l’épisode constantinopolitain du »Voyage de Charlemagne«. De même, le fait que la cour carolingienne est désormais située à Saint-Denis se souvient aussi très probablement de la même chanson, qui pourrait bien être la première à évacuer la référence à Aix-la-Chapelle, encore essentielle dans O.

    La bibliographie (p. 60–63) se restreint sagement aux seuls travaux concernant C. On aurait toutefois pu consacrer une petite section à quelques travaux essentiels, en particulier bibliographiques, consacrés à O, afin de faciliter la recherche comparative sur la tradition du »Roland«.

    Au total, une édition à la fois soignée, précise et utile, et qui ne tombe pas dans le travers de vouloir à toute force exalter le texte méconnu qu’elle présente au détriment d’œuvres plus célèbres, ce qui est d’autant plus méritoire que la tentation, en l’occurrence, pouvait être forte de mettre en doute la »précellence«de O, pour reprendre un terme que Subrenat emprunte justement, et pour le confirmer, au fameux commentaire de Bédier (p. 11). Il est vrai que le nouvel éditeur est un chercheur confirmé et respecté qui n’a plus rien à prouver.

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    PSJ Metadata
    Alain Corbellari
    La Chanson de Roland
    Le manuscrit de Châteauroux
    fr
    CC-BY-NC-ND 4.0
    Hohes Mittelalter (1050-1350)
    Europa
    Literatur
    6. - 12. Jh.
    1075-1110
    Chanson de Roland (4009746-8), Übersetzung (4061418-9), Französisch (4113615-9)
    PDF document chanson-de-roland_corbellari.doc.pdf — PDF document, 335 KB
    La Chanson de Roland. Le manuscrit de Châteauroux (Alain Corbellari)
    In:
    URL: http://www.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2017-2/ma/chanson-de-roland_corbellari
    Veröffentlicht am: 13.06.2017 15:18
    Zugriff vom: 20.08.2017 00:28
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