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    J.-P. Caillet, S. Destephen, B. Dumézil, H. Inglebert (dir.), Des dieux civiques aux saints patrons (IVe–VIIe siècle) (Clara Germann)

    Francia-Recensio 2017/2 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

    Jean-Pierre Caillet, Sylvain Destephen, Bruno Dumézil, Hervé Inglebert (dir.), Des dieux civiques aux saints patrons (IVe–VIIe siècle), Paris (Picard) 2016, 384 p. (Textes, images et monuments de l’Antiquité au haut Moyen Âge, 12), ISBN 978-2-7084-1004-6, EUR 36,00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Clara Germann, Paris

    Cette publication réunit les actes d’un colloque tenu à Nanterre en avril 2013 sous le titre »Des dieux civiques aux saints locaux (IVe–VIIe siècle)«. Dans la veine des travaux pionniers de Peter Brown1, il s’agit ici, comme l’explique Hervé Inglebert dans son introduction, d’éviter d’interroger simplement le passage du polythéisme au monothéisme, du paganisme au christianisme, pour poser la question en termes de continuités et de ruptures fonctionnelles. Plutôt que de savoir si le culte des saints et son extension au milieu du IVe siècle découlent de pratiques païennes, les organisateurs du colloque se questionnent sur la christianisation de la cité, en tant qu’espace collectif, où le corps social se définit par les cultes locaux et les fonctions protectrices des dieux. La figure du saint patron n’a pas remplacé mécaniquement le dieu local en reprenant ses fonctions sacrées; le développement institutionnel du culte des saints répond avant tout à des aspirations personnelles au tournant du IVe siècle, lorsque le paganisme cesse d’avoir droit de cité dans la vie publique, et répond aussi à la volonté épiscopale d’encadrer et diriger le peuple chrétien. Aussi, »la question de l’origine, païenne ou non, du culte des saints n’a plus guère d’importance, car l’essentiel est ce que les gens en firent durant l’Antiquité tardive«. Comment le christianisme s’intègre-t-il dans le modèle de la cité romaine; quelles fonctions remplit l’émergence du culte des saints en tant que protecteurs et intercesseurs matériels, non plus seulement comme modèles à imiter; comment, dans l’espace de l’ancien empire romain, se développe la figure du saint local, patron et protecteur; voilà les questions qui sont abordées et développées par les intervenants.

    Pour ce faire, la vingtaine de chercheurs réunis dans le présent ouvrage nous offrent un aperçu assez complet des différents aspects abordés: tout l’espace géographique romain est couvert, et si l’espace gaulois est bien présent, l’Orient n’est pas en reste (Phénicie, Arménie, Asie Mineure, Afrique du Nord). On y trouve aussi bien des études sur les prédécesseurs païens de nos saints patrons (étude d’Hélène Bernier-Farella sur les rapports entre héros grecs et martyrs chrétiens) que des réflexions sur la sainteté franque, autour de Grégoire de Tours et Venance Fortunat.

    L’ordre des communications, reprenant celui du colloque, se divise en plusieurs ensembles: deux articles sur le contexte religieux dans l’Empire héllénophone, puis un ensemble sur les saints patrons des cités; ensuite, plusieurs articles sur le rôle du culte des saints dans une recherche et une affirmation de l’unité chrétienne de la société; puis un groupe important de communications s’interrogeant sur l’aide et la guérison attribuées aux saints; et enfin, une réflexion plus large sur les saints proposés comme patrons, non plus de la cité, mais d’une nation entière.

    Il n’est pas lieu d’étudier ici l’une après l’autre les contributions proposées, et on s’en tiendra à souligner la grande maîtrise de l’ensemble, qui aborde les questions posées sous de nombreux aspects complémentaires qui ne laissent de donner à penser à l’historien. On signalera entre autres l’étude de Sylvain Destephen, »Martyrs locaux et cultes civiques en Asie Mineure«, où l’auteur, avec un inventaire précis et soigné des sources, montre comment dans cette région, l’abondance précoce des martyrs de toutes natures nuit finalement au développement de cultes locaux, trop nombreux et dispersés, limitant la possibilité de nouer une relation privilégiée avec un saint ou un autre, notamment face à la prégnance des apôtres. L’auteur conclut avec un répertoire des lieux de culte martyrial recensés dans cette province. À l’inverse, Marie-Céline Isaïa étudie dans sa contribution »Culte des martyrs et communion civique dans l’Église lyonnaise«l’usage de la prosopopée des martyrs, dans deux sermons du Ve ou VIe siècle; elle y montre comment le martyre sert d’élément fondateur pour souder la communauté chrétienne lyonnaise et définir l’identité de la cité. La promotion de la figure épiscopale comme dominant et définissant la communauté est ici le support d’un discours insistant sur les liens nouveaux, nés dans le martyre et créés par la foi, qui tissent une identité locale forte – quoique toujours consciente de faire partie d’un tout englobant: l’Église universelle.

    La conclusion est menée par Peter Brown, qui revient, au regard de l’ensemble des contributions, sur plusieurs décennies d’histoire du culte des saints et sur ses propres travaux à ce sujet, avec un œil critique et dans le style vivant qu’on lui connaît. Son constat est le nôtre, et sa formule résume assez l’intérêt de l’ouvrage, lorsqu’il note que celui-ci nous livre une carte, ou une mosaïque, de »dialects of the holy«(dialectes de la sainteté), à travers l’Empire romain tout entier. Un phénomène aussi complexe, s’étendant d’un bout à l’autre du vaste Empire et embrassant autant d’aspects sociaux et religieux ne peut, en dépit peut-être de ce que l’on pourrait espérer, s’appréhender par un paradigme simple et univoque. Les réponses du christianisme aux problématiques posées par la fin du modèle païen et aux aspirations des cités sont multiples; le modèle occidental que l’on connaît le mieux se trouve ici nuancé par les belles analyses des situations dans les provinces orientales de l’Empire. En définitive, on ne peut que reprendre la conclusion de Peter Brown: tout est affaire de nuance en matière d’émergence du culte des saints, et il faut savoir se garder de poser des questions – et des réponses – trop tranchées. Les pratiques antiques perdurent parfois longuement, sans que cela implique une »paganisation«des usages chrétiens, et ces derniers au contraire oscillent entre modalités nouvelles et reprise de modèles traditionnels.

    On peut regretter, plus prosaïquement, que la bibliographie ne soit présente que pour certaines contributions, ainsi que l’absence d’organisation interne apparente entre les communications; pour le reste, cela ne réduit en rien les apports intellectuels d’une publication qui sait relever avec brio les défis lancés par ses organisateurs.

    1 Peter Brown, Le culte des saints. Son essor et sa fonction dans la chrétienté latine, Paris 1984.

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    PSJ Metadata
    Clara Germann
    Des dieux civiques aux saints patrons (IVe–VIIe siècle)
    fr
    CC-BY-NC-ND 4.0
    Antike (1200 v.Chr.-600 n.Chr.), Frühes Mittelalter (600-1050)
    Europa
    Kirchen- und Religionsgeschichte
    1 - 5. Jh. n. Chr., 6. - 12. Jh.
    300-650
    Evangelisation (4015812-3), Heiligenverehrung (4024052-6)
    PDF document caillet-germann.doc.pdf — PDF document, 332 KB
    J.-P. Caillet, S. Destephen, B. Dumézil, H. Inglebert (dir.), Des dieux civiques aux saints patrons (IVe–VIIe siècle) (Clara Germann)
    In:
    URL: http://www.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2017-2/ma/caillet-germann
    Veröffentlicht am: 13.06.2017 15:18
    Zugriff vom: 20.08.2017 00:28
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