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    É. Bousmar, A. Marchandisse, B. Schnerb (dir.), La bâtardise et l’exercice du pouvoir en Europe du XIIIe au début du XVIe siècle (Jacques Paviot)

    Francia-Recensio 2017/2 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

    Éric Bousmar, Alain Marchandisse, Bertrand Schnerb (dir.), La bâtardise et l’exercice du pouvoir en Europe du XIIIeau début du XVIe siècle, Villeneuve d’Asqu (Revue du Nord) 2015, 512 p. (Hors série. Histoire, 31), ISBN 979-10-93095-03-5, EUR 35,00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Jacques Paviot, Créteil

    La bâtardise au Moyen Âge ou sous l’Ancien Régime a connu un regain d’intérêt ces dernières années en France: rappelons »Bâtards et bâtardise dans l’Europe médiévale et moderne«1, issu d’une série de journées d’étude, ou »Une tache au front. La bâtardise aux XVIeet XVIIesiècles«2, à la suite des travaux initiés par Peter Laslett, Karla Oosterveen et Richard Michael Smith, »Bastardy and Its Comparative History3,ou »Illegitimät im Spätmittelalter«, dirigé par Ludwig Schmugge4, ou le propre livre de ce dernier »Kirche, Kinder, Karrieren. Päpstliche Dispense von der unehelichen Geburt im Spätmittelalter5, ou encore »Kinderen van de minne? Bastaarden in het vijftiende-eeuwse Vlaanderen« de Myriam Carlier6. Le volume dirigé par Éric Bousmar, Alain Marchandisse, Christophe Masson et Bertrand Schnerb, qui rassemble les actes d’un colloque tenu à Liège en 2008, concerne ce que Mikhaël Harsgor, dans une étude novatrice7a appelé la »bâtardocratie«, ainsi que le rappelle Bertrand Schnerb dans son introduction.

    La zone géographique couverte par la publication recouvre les États bourguignons, le Brabant, la France, l’Armagnac, la Lorraine, la Bretagne, l’Angleterre, l’Écosse, la Navarre, le Piémont, la Savoie et Ferrare. Les catégories sociales sont bien sûr la noblesse, grande ou petite, mais aussi les roturiers remplissant des offices dans les institutions étatiques. Les approches sont individuelles, familiales ou collectives. Les individus étudiés en détail sont Jean de Bourgogne, évêque de Cambrai (Monique Maillard-Luypaert), Corneille, bâtard de Bourgogne (Alain Marchandisse), Louis, bâtard de Bourbon et sa femme Jeanne, bâtarde de France (Claire Dechamps), Jean comte de Dunois et de Longueville (Philippe Contamine), Denis de Pacy, officier de finances du duc Philippe le Hardi (Jean-Baptiste Santamaria). Les familles sont celles royales d’Écosse (Alexander Grant), d’Angleterre (Michael Hicks), de Navarre (María Narbona Cárceles), princières et ducales de Piémont et Savoie (Luisa Clotilde Gentile), de Lorraine (Christophe Rivière), d’Este (Giovanni Ricci), de grande noblesse d’Écosse (A. Grant), de Luxembourg-Ligny (Céline Berry), d’Armagnac (Emmanuel Johans), nobles de Bretagne (Michel Nassiet), de petite noblesse en Bourgogne (Bertrand Schnerb, avec l’étude de cas de Jean bâtard du Bouchet, mais aussi de Victor et Robert bâtards de Louis comte de Flandre). Parallèlement, sont étudiés les lettres de légitimation des ducs de Bourgogne (Alice Duda), la légitimation par l’art (Simona Slanicka, à propos des portraits de François d’Este et d’Antoine de Bourgogne), l’emblématique des bâtards princiers (Laurent Hablot). Éric Bousmar dresse les conclusions du colloque.

    Plusieurs thèmes importants se profilent à travers ces contributions. Le premier est celui du statut de bâtard. L’ensemble géographique a une certaine homogénéité, à part l’Angleterre: en effet, contrairement à l’Empire – et à l’Angleterre –, le bâtard mâle (les bâtardes sont moins bien connues) est accepté, il est élevé dans la maison du père avec des demi-frères légitimes, mais il ne peut hériter, la solution à ce dernier problème étant d’être légitimé par le pape ou le seigneur (roi ou duc). Les bâtards étaient-ils nombreux dans la société noble ou non-noble? En France, l’étude des sceaux avec une brisure permet d’avancer une proportion de 2,51% de 1351 à 1600, avec des pics de 4,1% en 1401–1425 et de 5,6% en 1451–1475 – un chiffre comparable, 5,29%, étant atteint dans les armées bourguignonnes entre 1359 et 1418 –, le XVe siècle marquant l’apogée des bâtards nobles. À la chambre des comptes de Lille, la proportion était plus élevée: 11,62% (légitimés), alors qu’ils représentaient 1,5% dans le milieu de robe parisien: s’agit-il d’un cas exceptionnel?

    Dans les familles nobles, on envoyait les bâtards vers l’Église ou les armes – on a le cas exemplaire de la famille d’Armagnac –, pour être des soutiens dans la formation de l’État pour les familles ascendantes – les Este offrant une situation extrême comme, entre 1352 et 1471, tous les princes furent des bâtards. Dans leurs positions, on attendait des bâtards une fidélité au lignage, jusqu’à effectuer les »basses œuvres« de celui-ci comme en Lorraine. Celle-ci n’était pas toujours assurée comme le montrent l’exemple de Jean de Bourgogne vis-à-vis de son père Jean sans Peur et de son demi-frère Philippe le Bon et celui des actions de piraterie de Victor bâtard de Flandre, au contraire de Corneille de Bourgogne, qui est devenu lieutenant et capitaine général du Luxembourg. Le danger était celui de bâtards acquérant un pouvoir important. Il n’y a pas eu de conséquences dans la famille de Savoie avec Humbert seigneur de Romont ou malgré les ennuis de René Grand Bâtard de Savoie, ou dans la famille de Luxembourg avec Jean seigneur de Haubourdin, mais on a pu le craindre avec Antoine, Grand Bâtard de Bourgogne (non étudié ici). Dans le Brabant du XIIe–XIVe siècle, les bâtards ont joué un rôle politique alors que leurs demi-frères légitimes n’étaient pas assez nombreux, mais l’introduction de la Joyeuse Entrée en 1356 y mit un terme. Il n’en alla pas de même en Navarre, où le défaut d’héritiers mâles dans la lignée royale a favorisé la montée en puissance des bâtards royaux qui ont intégré la plus haute noblesse, au point de former les deux plus puissants lignages qui se sont transformés en factions qui allaient marquer la destinée du royaume. La situation était comparable en Écosse, où des bâtards royaux tels Archibald comte de Douglas et Alexandre Stuart comte de Mar ont fait partie des plus grands magnats. Un moyen d’éviter une montée en puissance était de bloquer la constitution d’un ensemble territorial trop important, ainsi avec Jean d’Orléans dont les comtés de Dunois et de Longueville sont loin l’un de l’autre, ce qui ne l’a pas empêché de participer à la Praguerie puis à la guerre du Bien public contre le roi, mais jouant toujours avec un grand sens politique. L’Angleterre offre un modèle différent des autres entités présentées dans le volume. En effet, les bâtards ne pouvaient hériter (cas général), mais ne pouvaient pas être légitimés par le mariage postérieur de leurs parents naturels, à l’exception des Beaufort, nés de Jean de Gand, duc de Lancastre, et de Katherine Swinford. Comme ailleurs, les armes offraient la meilleure voie pour une carrière.

    À un niveau inférieur, le service des armes était le principal débouché pour les bâtards, placés en Bretagne dans les compagnies d’ordonnance. Ce service pouvait s’accompagner d’un service dans l’hôtel comme le montre Jean bâtard du Bouchet devenu maître d’hôtel de Jean sans Peur, puis de Bonne d’Artois. De son côté, Jean de Pacy, malgré sa chute, montre l’ascension d’un bâtard parisien dans un État naissant.

    Le but de tout bâtard était d’être légitimé. Le processus, tel qu’étudié pour la Bourgogne, montre un jeu de pouvoir, au cours de quatre étapes: demande appuyée par des membres de l’entourage du duc (11% des demandeurs faisaient partie de cet entourage, 20,44% de leurs pères), acceptation (ou non) du duc, paiement (ou non comme faveur) des droits de légitimation, confirmation par les lettres de légitimation. En reprenant le fameux article d’Ernst Kantorowicz, une légitimation par le portrait est proposée pour François d’Este, Antoine de Bourgogne et Borso d’Este, la bâtardise étant la virtúde l’homme de la Renaissance. De son côté, le couple de Louis bâtard de Bourbon et de Jeanne bâtarde de France a cherché une certaine légitimité dans la bibliophilie de luxe, dans les cercles de la cour du roi. Dans l’héraldique, si la théorie interdisait le port des armes de la lignée, dans la pratique, il n’en était rien, ces armes étant reprises avec une brisure; il arrivait aussi que le cimier fût repris. Les bâtards compensaient celle-ci par les devises et les mots.

    Ce volume est un ajout important aux études sur la bâtardise dans l’exercice du pouvoir, et l’on ne peut qu’espérer, avec l’auteur de la conclusion, qu’il incite à poursuivre dans les voies tracées.

    1 Carole Avignon (dir.), Bâtards et bâtardise dans l’Europe médiévale et moderne, Rennes 2016.

    2 Sylvie Steinberg, Une tache au front. La bâtardise aux XVIe et XVIIe siècles, Paris 2016.

    3 Peter Laslett, Karla Oosterveen, Richard Michael (dir.), Smith Bastardy and Its Comparative History. Studies in the History of Illegitimacy and Marital Nonconformism in Britain, France, Germany, Sweden, North America, Jamaica and Japan, Londres 1980 (Studies in Social and Demographic History).

    4 Ludwig Schmugge (dir.), Illegitimät im Spätmittelalter, Munich 1994 (Schriften des Historischen Kollegs. Kolloquien, 29).

    5 Id., Kirche, Kinder, Karrieren. Päpstliche Dispense von der unehelichen Geburt im Spätmittelalter, Zurich 1995.

    6 Myriam Carlier, Kinderen van de minne? Bastaarden in het vijftiende-eeuwse Vlaanderen, Bruxelles 2001.

    7 L’essor des bâtards nobles au XV siècle, dans Revue historique 253 (1975), p. 319–354.

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    PSJ Metadata
    Jacques Paviot
    La bâtardise et l’exercice du pouvoir en Europe du XIIIe au début du XVIe siècle
    fr
    CC-BY-NC-ND 4.0
    Hohes Mittelalter (1050-1350), Spätes Mittelalter (1350-1500)
    Europa
    Sozial- und Kulturgeschichte
    Mittelalter
    1200-1500
    Europa (4015701-5), Bastard (4112672-5), Macht (4036824-5), Einfluss (4151276-5)
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    É. Bousmar, A. Marchandisse, B. Schnerb (dir.), La bâtardise et l’exercice du pouvoir en Europe du XIIIe au début du XVIe siècle (Jacques Paviot)
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    URL: http://www.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2017-2/ma/bousmar_paviot
    Veröffentlicht am: 13.06.2017 15:17
    Zugriff vom: 23.07.2017 06:41
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