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N. Reinhardt, Voices of Conscience (Catherine Maire)

Francia-Recensio 2017/2 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

Nicole Reinhardt, Voices of Conscience. Royal Confessors and Political Counsel in Seventeenth-Century Spain and France, Oxford (Oxford University Press) 2016, XVIII–419 p., 3 ill., ISBN 978-0-19-870368-6, GBP 75,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Catherine Maire, Paris

Le beau livre érudit sur les pratiques du conseil de conscience en politique au XVIIe siècle témoigne que son auteure, Nicole Reinhardt, professeure d’histoire moderne européenne à l’université de Durham est une européenne authentique, une comparatiste accomplie, en particulier pour la France et l’Espagne et une pratiquante de la plus exigeante des disciplines, l’interdisciplinarité. À elle seule, la bibliographie secondaire, réunit sans aucun corporatisme national, les meilleurs travaux d’auteurs français, espagnol, italien, allemand, anglais américain et transgresse les frontières disciplinaires, particulièrement entre l’histoire, la politique ou la théologie, voir même l’anthropologie et la philosophie.

Sans doute, l’époque du »théologico-politique«interdit-elle de séparer la religion et la politique, l’Église et l’État, ou même la morale et la théologie comme l’auteure aime à le répéter. Mais la grande originalité de l’enquête consiste à se focaliser sur un objet qui permet d’être tout à la fois au cœur des tensions de la politique moderne, entre »l’éthique de la conviction«et »l’éthique de la responsabilité«comme dirait Max Weber, et au centre des contradictions de la figure des monarques chrétiens, en tant que personne privée et en tant que personne publique, comme diraient Prodi ou Kantorowicz. Un objet qui permet en outre d’entrer dans l’intimité d’institutions à l’intérieur d’institutions et de pratiques du gouvernement qui sont communes à la monarchie absolue gallicane et à la monarchie catholique espagnole, tout en ayant des formes nationales différentes: les confesseurs royaux et la politique de conseil.

L’angle d’attaque est particulièrement pertinent car il cible une pratique réinventée par le concile de Trente, la confession, comme un moyen de discipline et de contrôle social mais dans sa dimension la plus politique, c’est-à-dire la confession royale. Le confesseur du roi est en effet l’outil le plus efficace pour mettre en œuvre et garantir l’idéal du prince chrétien. Il se recrute chez les penseurs antimachiavélistes, surtout les jésuites en France ou plus traditionnellement chez les dominicains en Espagne. La pratique de conseil n’est pas nouvelle mais elle devient originale dans le cadre post-tridentin de la dislocation de l’unité de la chrétienté qui crée une difficulté à maintenir un cadre normatif. Le moment machiavélien, illustré notamment par la figure de Botero, se caractérise en effet par des injonctions contradictoires, entre l’accent mis sur la vertu personnelle de l’autorité légitime et la suggestion que l’éthique chrétienne n’est plus la recette pour soutenir la politique. A la figure du confesseur royal dont elle souligne l’hésitation entre le courtisan et le prophète, Nicole Reinhardt ajoute celle de son rival: le favori, (validoen espagnol, premier ministre en français!) car elle considère le favoritisme comme un élément fonctionnel de la politique moderne.

Les sources principales sur lesquels s’appuie la démonstration sont les manuels pour les confesseurs royaux dont le traité de Bellarmin est le modèle, »De officio de principis Christiani«, tandis que celui d’Azpilcuerta constitue la référence pour la liste des péchés royaux, »Manuel de confessores et penitentes«. Les manuels de confession pour le roi sont moins nombreux, il est vrai, que ceux pour d’autres professions qui prolifèrent dans le sillage tridentin. Mais avec beaucoup d’habileté, l’auteure complète ces quelques discours normatifs par des traités de théologie morale notamment sur le stoïcisme ou sur le probabilisme (outil pour résoudre des opinions contradictoires) ou encore sur la guerre injuste et les impôts qui en découlent pour le peuple, des brochures populaires, de la littérature polémique et surtout des archives, notamment celles de la Compagnie de Jésus, ainsi que des archives d’État, surtout pour l’Espagne. Elle fait également un usage très judicieux de cas d’implication de confesseurs dans la politique, rapportés dans les études historiques, notamment dans l’affaire de l’expulsion des Maures. En France, la monarchie de droit divin vit beaucoup plus du secret d’État, c’est pourquoi elle n’a pas laissé autant de traces manuscrites que l’Espagne où la pratique des conseils est plus étendue, plus développée et surtout plus enregistrées.

Cinq grandes étapes scandent la démonstration: les règles pour conduire la conscience royale, les pratiques du conseil de conscience en politique, les réflexions des confesseurs et des théologiens sur leur rôle et enfin l’érosion de l’influence des confesseurs et la destruction de leur expertise par la critique dans la seconde moitié du XVIIe siècle.

Grâce à sa perspective comparatiste, le livre met en évidence des différences notables à propos du fonctionnement des monarchies françaises et espagnoles. Forte de sa tradition administrative polysynodique et de la variété de ses conseils, Juntes, Inquisition, etc., la monarchie espagnole a intégré massivement les confesseurs et les théologiens dans sa bureaucratie administrative et ne les cantonne pas dans une expertise théologique qui serait limitée aux relations entre l’Église et l’État. Nicole Reinhardt avance la thèse paradoxale que cette participation cléricale à l’administration de l’État n’a nullement conduit à une »théologisation«de la politique mais, à l’inverse, à une sécularisation des théologiens. Cette évolution a du reste déclenché des voix critiques et des projets d’exclure le personnel ecclésiastique des conseils, notamment, en raison de leur inefficacité à moraliser la vie publique!

En France, le conseil de conscience n’acquiert le statut d’institution que vers 1645 et sa mission est limitée à l’attribution des bénéfices. L’auteure souligne qu’elle n’engage pas l’évaluation morale de la politique, contrairement à l’Espagne. Quant au confesseur du roi, il se transforme en problème à partir du moment où les jésuites deviennent les confesseurs exclusifs du roi, grâce à Henri IV qui affiche ainsi son catholicisme. La figure du confesseur jésuite est non seulement suspectée de tyrannie sur l’esprit du roi par les jansénistes, mais elle entre en rivalité avec le ministre favori qui finit par provoquer sa chute, illustrée notamment par l’affaire de l’exil du père Caussin par Richelieu. Tandis qu’en Espagne, ce sont plutôt les confesseurs qui éliminent les favoris, les accusant d’être des souverains de substitution, empêchant le roi de gouverner par lui-même, péché suprême dénoncé dans les manuels de confession espagnols. Au cours du XVIIIe siècle, le rôle du confesseur va se privatiser, il va se limiter, en effet, à entendre la confession du monarque. En France, le Régent le sépare même du conseil de conscience. En Espagne, les confesseurs perdent également leur raison d’être dans les conseils politiques, en grande partie en raison du principe interne à la direction de conscience qui implique que le roi doit gouverner par lui-même et en raison du fait externe qu’ils ont participé à la guerre de Trente Ans, des deux côtés des belligérants.

En tous les cas et dans les deux pays, l’intégration de théologiens et de confesseurs dans la pratique de conseil a renforcé et soutenu l’autorité royale et ne comporte aucun aspect d’une quelconque théorie constitutionnelle. Concrètement, elle a plutôt contribué à diminuer l’influence pontificale et à saper les immunités ecclésiastiques. Elle n’est pas non plus une manipulation machiavélienne d’arguments théologiques qui viseraient à justifier les intérêts de la politique. Dans le cas espagnol, Nicole Reinhardt considère que les confesseurs espagnols ont bloqué l’influence des catholiques zélés sur la politique guerrière, voire même ouvert un espace autonome pour une vision sécularisée de la politique.

Le mouvement de la sortie de la religion a empêché la pratique du conseil de conscience de rester stable. À partir de la deuxième moitié du XVIIe siècle, les débats espagnols et français ont convergé sur un point: le conseil de conscience et la politique étaient incompatibles. Mais la privatisation de la conscience royale et de ses péchés a amené d’autres problèmes. En France, elle a mis la personne royale, pécheresse et trop humaine, en contradiction avec la sacralité de l’État. Louis XV en fera tout particulièrement les frais. Tandis qu’en Espagne elle a rejeté la technique d’expertise que représentait le probabilisme et repoussé les jésuites du côté du pape. Eux aussi en seront les victimes et seront expulsés de l’État espagnol en 1766!

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PSJ Metadata
Catherine Maire
Voices of Conscience
Royal Confessors and Political Counsel in Seventeenth-Century Spain and France
fr
CC-BY-NC-ND 4.0
Frühe Neuzeit (1500-1789)
Frankreich und Monaco, Spanien
Politikgeschichte
17. Jh.
1550-1650
Frankreich (4018145-5), Spanien (4055964-6), König (102261253), Beichtvater (4206331-0), Politikberatung (4046515-9)
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N. Reinhardt, Voices of Conscience (Catherine Maire)
In:
URL: http://www.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2017-2/fn/reinhardt_maire
Veröffentlicht am: 20.06.2017 13:21
Zugriff vom: 18.11.2017 02:02
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