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    L. Crombie, Archery and Crossbow Guilds in Medieval Flanders (Jean-Dominique Delle Luche)

    Francia-Recensio 2017/1 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

    Laura Crombie, Archery and Crossbow Guilds in Medieval Flanders. 1300–1500, Woodbridge (The Boydell Press) 2016, X–259 p., 6 b/w ill., 1 map, ISBN 978-1-78327-104-7, GBP 60,00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Jean-Dominique Delle Luche, Toulouse

    Cet ouvrage est la version remaniée et complétée d’une thèse soutenue à l’université de Glasgow. Les guildes d’archers et d’arbalétriers ont souvent été mises en valeur dans l’historiographie de la culture civique et festive des Pays-Bas (Élodie Lecuppre-Desjardin, Marc Boone ou encore Andrew Brown). L’ouvrage de Laura Crombie, en se concentrant sur ces guildes, montre la diversité et l’importance de ce phénomène à travers une analyse comparée. Le cadre d’analyse est le comté de Flandres, depuis longtemps considéré comme le creuset des guildes de tireurs, et qui est l’espace néerlandais le plus urbanisé et le mieux documenté (p. 2). Même si l’auteur justifie une périodisation proprement médiévale (XIVeet XVsiècles), il est vrai nécessaire vu le format limité de l’ouvrage par rapport au canon français, il aurait été intéressant d’observer des développements sur l’impact du règne de Charles Quint, des mouvements réformateurs et de la révolte des Pays-Bas. Cela aurait permis d’analyser le déclin possible de l’arc et de l’arbalète face au »troisième type«, les guildes de couleuvriniers ou d’arquebusiers, qui ne sont évoquées qu’en passant, et d’analyser l’évolution du comté de Flandres dans les Pays-Bas du XVIsiècle. De ce fait, dans cette monographie strictement médiévale, des aspects sociaux et culturels relativement statiques contrastent avec une situation politique extrêmement changeante.

    L’ampleur géographique reste néanmoins considérable: non seulement Bruges, cœur du deuxième chapitre, mais également Gand, Lille, Tournai et de plus petites localités telles que Aalst et Audenarde sont étudiés tour à tour, tandis que 17 archives de 11 villes sont directement mobilisées. Ce tour de force d’une large comparaison est nécessaire, tout en restant délicat compte tenu des différences d’échelles entre villes et des masses documentaires hétérogènes, sans oublier les destructions du XXe siècle subies par exemple à Courtrai, Ypres ou Dixmuide.

    Le volume, fort maniable et suivant une démonstration soignée, est construit en six chapitres efficaces, chaque titre reprenant des formules récurrentes de la documentation. L’auteur rappelle que, si les sources flamandes parlent de »guildes«, cela correspond en français et en allemand à »confréries«et »Gesellschaft« (p. 4); le lecteur francophone comme germanophone utilisera avec précaution le terme de guilde qui reste géographiquement très restreint. Dans le premier chapitre, Laura Crombie analyse la place singulière des guildes dans l’organisation militaire urbaine et pose ainsi la question de la justification des privilèges et de l’utilité militaire ou symbolique des guildes. Sans se recouper avec d’autres formes paramilitaires,elles accumulent les privilèges ducaux et s’accaparent la renommée des expéditions. Quelques dizaines de tireurs (jusqu’à 300 pour Gand et Bruges) personnifient l’identité urbaine en portant la livrée municipale. Au passage, l’auteur fait un sort aux légendes historiographiques associant les guildes aux exploits militaires tels que la bataille des Éperons d’or. L’analyse des récits de fondation (p. 28–31) produits par les tireurs de Gand ou Tournai et des références aux croisades ou aux Mérovingiens, pour souligner leur antériorité aux dynasties régnantes, est particulièrement stimulante. Laura Crombie insiste sur le caractère problématique des dates de »fondation«de ces guildes: les chartes conférées marquent davantage la reconnaissance par l’autorité princière qu’une création par le gouvernement central. C’est plutôt dans le cadre d’une civilisation urbaine florissante au XIVsiècle, marquée par de forts investissements publics, que l’auteur replace l’émergence documentaire des tireurs, postérieure d’une génération environ à la reconnaissance des corps de métiers.

    Le deuxième chapitre analyse le caractère associatif des guildes. On y trouvera des développements bienvenus sur les frais d’inscription ou les modalités du serment. Laura Crombie démonte l’idée reçue d’une distinction générationnelle entre guildes, oudeet junghecorrespondant aux »grands«et »petits«serments francophones (p. 57–59). L’auteur de ces lignes est cependant peu convaincu par l’explication de la présence de femmes (p. 66–69): les listes où elles apparaissent sont certainement des listes de membres de la confrérie (religieuse) plutôt que de l’association proprement sportive. Laura Crombie se livre ensuite à une étude prosopographique de 902 arbalétriers et 755 archers brugeois du XVsiècle (p. 71–86), en examinant les nobles, nouveaux bourgeois, responsables politiques et artisans.

    Par la suite, l’auteur analyse les différents rassemblements des tireurs. Le banquet commun après le tir au papegai rappelle l’importance de la commensalité dans les associations médiévales. Ici, une comparaison avec les études d’Anu Mänd sur les villes hanséatiques de Livonie aurait été heureuse. Outre les occasions festives, les phénomènes de dévotion sont longuement étudiés (p. 100–125), notamment à travers les registres de confrères et les colliers des tireurs (même si les objets cités en exemples sont allemands!). Les liens entre les tireurs et les représentations artistiques de leurs saints patrons (notamment Sébastien ou Georges) devraient être mis en avant, y compris à l’échelle européenne. L’étude de la sociabilité amène ensuite à reconsidérer le lien avec les autorités. L’auteur énumère les gratifications en vin, argent, terres et privilèges des tireurs, puis montre les stratégies non seulement des ducs bourguignons et de Maximilien, mais aussi des grands potentats locaux (Adolphe de Clèves, Louis de Gruuthuse, les Croÿ et les Commynes) qui s’inscrivent dans différentes sociétés et délégations sportives.

    Les deux derniers chapitres, enfin, sont consacrés aux concours de tir. Ces rassemblements suscitent l’intérêt des autorités comme des corps de métiers et sont des démonstrations de l’esprit civique, marquées par une forte émulation, notamment avec des prix pour les meilleures entrées de délégations et des épreuves de rhétorique. L’analyse des invitations laisse apparaître des spécificités par rapport au Saint Empire, tant dans les formules que dans la circulation des lettres: seules quatre lettres partent de Gand (1440), accumulant les sceaux des villes promettant de participer, avant de revenir dans la ville de départ. Le dernier chapitre évoque l’utilité des »jeux de tir« dans la consolidation des réseaux régionaux. La démonstration chronologique montre que la présence (et l’absence) des villes témoigne de la volonté de raccommoder l’unité régulièrement mise à l’épreuve par la guerre de Cent Ans, les révoltes urbaines ainsi que les changements dynastiques. De ce point de vue, les cas de Gand, qui fait plusieurs fois cavalier seul dans ses révoltes, et de Courtrai, rare ville francophone à faire aussi souvent l’effort de participer, convainquent sans peine de l’intérêt d’une telle analyse. Laura Crombie montre à la fois les solidarités traditionnelles – insistant sur le rôle des principaux cours d’eau (Lys, Escaut) comme artères économiques et culturelles de la Flandre – ainsi que les querelles et inimitiés parfois récurrentes – qu’il s’agisse de la bourgade de Liederkerke dont les délégations sont rabrouées, ou des tireurs de Dixmuide dont l’inimitié envers Courtrai semble uniquement sportive, les deux villes ne se situant pas à proximité l’une de l’autre. Le concept de »landjuweel«, »coupe régionale«, plus connu pour le XVIsiècle est brièvement évoqué et on aurait aimé avoir des développements sur la genèse de ce concept.

    La bibliographie, qui s’étend sur près de 30 pages, tient compte non seulement des publications plus récentes mais aussi, de manière fort heureuse, des différentes langues qui constituent la riche historiographie des Pays-Bas. Elle mêle aux nombreuses monographies sur le tir des études plus généralistes d’histoire urbaine et des corporations. On regrettera cependant de nombreuses coquilles dans les références en langue française, qui rendent plus difficile aux lecteurs non-spécialistes l’accès à cette bibliographie. On pourra également déplorer le choix éditorial de ne pas mettre d’annexes, empêchant de se confronter aux documents eux-mêmes. Un index de cinq pages permet en revanche de bien s’orienter à travers les différentes localités citées.

    Si le spécialiste d’histoire urbaine saura puiser à loisir dans cet ouvrage, l’historien du sport restera cependant sur sa faim: les conditions d’entraînement, les performances lors des concours ne sont pas évoquées. De ce fait, les compétitions ne trouvent de point de comparaison qu’à travers le nombre de délégations et la taille de la ville.

    Cette étude rappelle à quel point il est urgent de renouveler les travaux sur les tireurs dans l’espace francophone, comme dans le reste de l’Europe. Surgissant tôt ou tard de toute monographie locale sur le gouvernement urbain ou sur les groupes sociaux, la question des sociétés de tir, la comparaison avec les francs-archers et les solidarités régionales sont des aspects majeurs qui n’ont pour l’instant attiré que l’histoire régionale du Nord et les héritiers modernistes de Maurice Agulhon. Cette monographie permettra aux études futures de ne plus se contenter de pointer quelques documents anecdotiques, mais d’inciter à une vaste comparaison et à une remise en valeur des réseaux régionaux dans le royaume de France.

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    PSJ Metadata
    Jean-Dominique Delle Luche
    Archery and Crossbow Guilds in Medieval Flanders
    1300–1500
    fr
    CC-BY-NC-ND 4.0
    Spätes Mittelalter (1350-1500)
    Niederlande
    Militär- und Kriegsgeschichte
    14. Jh., 15. Jh.
    1300-1500
    Flandern (4071249-7), Armbrustschütze (4143021-9), Bogenschütze (4146222-1), Gilde (4157349-3)
    PDF document crombie_delle-luche.doc.pdf — PDF document, 344 KB
    L. Crombie, Archery and Crossbow Guilds in Medieval Flanders (Jean-Dominique Delle Luche)
    In: Francia-Recensio 2017/1 | Mittelalter – Moyen Âge (500–1500) | ISSN: 2425-3510
    URL: http://www.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2017-1/ma/crombie_delle-luche
    Veröffentlicht am: 16.03.2017 11:56
    Zugriff vom: 20.08.2017 00:34
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