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    P. Sénac, S. Gasc (dir.), Monnaies du haut Moyen Âge (Olivier Bruand)

    Francia-Recensio 2016/4 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

    Philippe Sénac, Sébastien Gasc (dir.), Monnaies du haut Moyen Âge. Histoire et archéologie (péninsule Ibérique – Maghreb, VIIe–XIe siècle), Toulouse (Presses universitaires du Midi) 2015, 301 p., nombr. ill. en coul. et n/b (Méridiennes. Études médiévales ibériques, 5), ISBN 978-2-8107-0398-2, EUR 25,00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Olivier Bruand, Clermont

    Cet ouvrage est la publication d’un colloque qui s’est tenu à la Casa Velazquez à Madrid en février 2014. Il a pour ambition de faire un bilan des connaissances en matière de numismatique dans les contrées qui bordent la Méditerranée occidentale, en utilisant aussi bien les apports des textes que les résultats archéologiques, pour brosser un panorama plus complet de l’organisation politique et de la vitalité économique de cet espace entre la conquête au début du VIIe siècle et l’apogée du XIe siècle. Dans une introduction bien charpentée, Philippe Sénac pose clairement cinq perspectives de recherche pour l’histoire numismatique de cet espace. Il faut s’intéresser aux fulus qui y sont introduits aussitôt après la conquête, à la présence de dirhams en terre chrétienne dans le Nord de la péninsule, aux échanges monétaires éventuels entre l’émirat andalou et le monde carolingien, au volume de la frappe à Cordoue dans un contexte de relative pénurie d’argent et, enfin, à la circulation des dirhams idrissides marocains qui ne semblent pas jouer un grand rôle en Hispanie alors qu’on les retrouve en Méditerranée occidentale jusqu’à la Sicile. À toutes ces questions, il n’était évidemment pas question d’y répondre dans le cadre d’une série de communications brèves, mais on doit reconnaître que sur certains points, on a accumulé des indices pour l’avenir de la recherche.

    Auparavant, il faut cerner la situation antérieure et c’est à quoi s’attachent Ruth Pliego Vazquez pour l’Espagne wisigothique (p. 17–58) et Vivien Prigent pour l’Afrique byzantine finissante et la Sicile (p. 59–84). La première centre son étude sur les derniers règnes des souverains wisigoths et conclut que le tremis était assez largement répandu, que le brassage des pièces était assez poussé dans les zones ouvertes des contrées méridionales et méditerranéennes de la péninsule, mais que la frappe des derniers souverains semble avoir été moins active, ce qui peut être interprété comme un indice d’une crise de monde à l’instabilité croissante. Le second s’attache à décrire les monnaies d’Afrique et Sicile byzantines et met en avant leur spécificité métrologique au regard des normes constantinopolitaines; en outre, les monnaies siciliennes ne semblent pas avoir non plus joué un rôle majeur en Afrique. Ces particularismes se sont imposés aux conquérants arabes qui n’ont donc pas pu adapter leur système monétaire aussi facilement que dans l’Est de la Méditerranée.

    Plusieurs communications se consacrent à l’espace hispanique après l’installation de l’émirat puis du califat à Cordoue. Tawfiq Ibrahim (p. 115–132) s’intéresse aux sceaux de plomb omeyyades mais reconnaît qu’on est encore dans une phase de recensement et qu’il est difficile de préciser leur rôle. Eduardo Manzano (p. 133–155) fait une excellente synthèse du système monétaire en vigueur en Al-Andalus et de ses évolutions jusqu’au début du XIe siècle, soulignant la présence importante des fulus de cuivre ou de bronze, destinés à l’origine au paiement des troupes, mais qui font vite figure de monnayage courant, des dirhems d’argent qui vont aussi entrer dans le circuit des échanges régionaux, notamment avec la croissance urbaine qui rend nécessaire l’existence de monnaies de plus forte valeur et enfin de dinars d’or qui font leur retour au Xe siècle mais restent en priorité réservé aux échanges de prestige et de forte valeur avec le monde méditerranéen.

    Dans une courte note (p. 157–161), Mohamed El Hadri présente deux monnaies trouvées dans la région de Valence et rappelle ainsi les difficultés qui persistent dans le classement des séries de fulus tardifs. Sébastien Gasc s’intéresse aussi aux fulus retrouvés dans les fouilles de Saragosse, dont la chronologie demeure aussi bien obscure, avec une constatation paradoxale: le nombre plutôt faible de ces pièces avant le XIe siècle. Fatima Martin Escudero (p. 173–210) s’intéresse aux trésors et se demande s’il faut lier la présence des dirhems aux implantations de troupes, esquissant ainsi une carte des relations diplomatiques de l’émirat. Enfin, Pedro Chalmeta (p. 232–263) se lance dans un exercice de reconstitution des dépenses et des recettes des autorités pour mieux apprécier la monétarisation et la vitalité économique qui prévalaient dans l’Espagne musulmane, avec une conclusion plutôt optimiste. Au final, les contributions sur Al-Andalus permettent de mieux cerner le dynamisme de la région, même s’il subsiste encore bien des obscurités dans le classement des fulus, et la vitalité décroissante de la circulation monétaire quand on s’éloigne vers le nord et l’ouest de la péninsule.

    Pour le Maghreb, l’information fournie par cet ouvrage est plus ténue, simplement parce que le nombre de communications qui s’y rapportent est moindre et qu'elles visent moins à la synthèse. On a néanmoins des analyses ponctuelles sur des problèmes intéressants. Carolina Domenech et Pierre Guichard (p. 211–232) présentent deux cas, l’un en Ifriqiya, l’autre en Al-Andalus, de monnaies émises par des rebelles, rappelant ainsi que toutes ces sociétés demeurent traversées par des contestations et des tensions toujours promptes à s’exacerber. Mohamed Ghodhbane (p. 84–114) étudie les dirhams du Maghreb islamique juste après la conquête et leur rapport avec le monnayage califal, montrant les tentatives de la dynastie omeyyade pour unifier et les résistances qui trouvent ensuite pleinement à s’exprimer avec l’avènement des Abbassides qui relance le particularisme maghrébin.

    Ahmed Saleh Ettahiri et Noureddine Meftah (p. 265–279) se penchent sur quelques émissions monétaires de dirhems idrissides d’al-Basra, rappelant que cette ville active est plus ancienne qu’on ne le pense souvent et qu’elle est fort active. Enfin, Abdelhamid Fenina (p. 285–301) livre une étude sur la légende de quelques monnaies ifriqyennes qui mentionne un prince abbasside et rattache ces inscriptions à une revendication de légitimité au moment où les émirs aglabides sont en train d’installer leur pouvoir dans la région au tournant des VIIe et IXe siècles.

    L’ouvrage ne propose pas de conclusion, mais il est vrai qu’on ne voit pas très bien ce qu’elle aurait pu avancer. L’exercice aurait eu plus d’intérêt pur les terres hispaniques, mais, même dans cet espace, les contributions ont souvent pointé les incertitudes qui demeurent. Pour l’Ifriqiya, c’est encore plus flagrant. Finalement, dans sa forme actuelle, l’ouvrage propose un rapport d’étape de la recherche et mérite d’être consulté pour avancer en numismatique musulmane en Espagne et au Maghreb.

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    PSJ Metadata
    Olivier Bruand
    Monnaies du haut Moyen Âge
    Histoire et archéologie (péninsule Ibérique – Maghreb, VIIe–XIe siècle)
    fr
    CC-BY-NC-ND 4.0
    Frühes Mittelalter (600-1050), Hohes Mittelalter (1050-1350)
    Algerien, Nordwestafrikanische Küste und vorgelagerte Inseln, Marokko, Tunesien, Libyen, Portugal, Spanien
    Wirtschaftsgeschichte, Sozial- und Kulturgeschichte
    6. - 12. Jh.
    600-1100
    Iberische Halbinsel (4047912-2), Maghreb (4036963-8), Münze (4040629-5)
    PDF document senac_bruand.doc.pdf — PDF document, 263 KB
    P. Sénac, S. Gasc (dir.), Monnaies du haut Moyen Âge (Olivier Bruand)
    In: Francia-Recensio 2016/4 | Mittelalter – Moyen Âge (500–1500) | ISSN: 2425-3510
    URL: http://www.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2016-4/ma/senac_bruand
    Veröffentlicht am: 12.12.2016 09:33
    Zugriff vom: 29.05.2017 21:06
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