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    D. M. Hafter, N. Kushner (ed.), Women and Work in the Eighteenth-Century France (Anne Montenach)

    Francia-Recensio 2016/3 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

    Daryl M. Hafter, Nina Kushner (ed.), Women and Work in the Eighteenth-Century France, Baton Rouge, LA (Louisiana State University Press) 2015, XIV–250 p., ISBN 978-0-8071-5831-9, USD 36,95.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Anne Montenach, Aix-en-Provence

    L’objectif de cet ouvrage, issu d’une table ronde organisée en 2005 par la Western Society for French History, est double, comme le rappellent dans une introduction substantielle Daryl M. Hafter et Nina Kushner: explorer la diversité du travail des femmes sur un long XVIIIe siècle, en prenant en compte leurs marges de manœuvre au sein d’un univers de contraintes, autrement dit leur agency; sortir du paradigme de l’économie domestique (family economy) dans lequel l’historiographie a longtemps cantonné l’activité des femmes.

    Plusieurs contributions mettent ainsi l’accent sur les écarts entre le droit, qui restreint partout la capacité d’action de ces dernières et leur accès au monde du travail institutionnalisé, et la réalité des pratiques et de la contribution des femmes au développement économique de la France moderne. Une question posée en filigrane de plusieurs essais est celle de l’identité et de la reconnaissance sociale que les femmes se construisent à travers le travail, pris ici dans un sens très large puisque les contributions traitent aussi bien de l’artisanat et des manufactures que de la prostitution, du commerce colonial ou de la gestion d’une seigneurie. Le contexte est celui des transformations économiques rapides liées, dans la seconde moitié de l’Ancien Régime et les premières décennies du XIXe siècle, au développement (proto-)industriel, à l’essor du négoce transatlantique et à l’accroissement des consommations.

    La lecture du livre peut être entreprise avec profit à partir des trois chapitres de synthèse situés en fin de volume. James B. Collins et Daryl M. Hafter posent ainsi, dans des secteurs différents, la question centrale de la contribution du travail des femmes à l’essor économique du XVIIIe siècle. Le premier remet en question l’image des femmes comme simples consommatrices et souligne au contraire l’existence, dans de nombreux secteurs d’activité, d’un travail féminin qualifié. Daryl M. Hafter étudie, quant à elle, la place des femmes et des enfants dans l’atelier familial urbain, les industries rurales et les manufactures. Elle développe à ce propos des réflexions particulièrement stimulantes sur les rapports entre genre et technique à l’aube de la »révolution industrielle«.

    Judith A. DeGroat poursuit l’exploration jusque dans les années 1830–1840 en montrant comment les femmes sont alors prises entre deux discours antagonistes qu’elles parviennent en quelque sorte, dans leurs propres revendications, à réconcilier: celui qui reflète des normes de genre bourgeoises associant la féminité au foyer et à l’univers domestique – toute femme travaillant dans l’espace public étant désormais assimilée à une prostituée; et le discours opposé des réformateurs socialistes qui conçoivent au contraire l’ouvrière comme un modèle de vertu.

    Quatre autres articles ont pour point commun de souligner la présence des femmes dans des secteurs contrôlés par des corporations majoritairement masculines. Cette réalité, aujourd’hui mieux connue, témoigne de la relative souplesse de l’organisation corporative ou, dans certains cas, de l’incapacité des maîtres à exclure totalement les femmes. Jacob D. Melish éclaire ainsi le rôle des épouses d’artisans ou de boutiquiers parisiens dans la gestion quotidienne de l’activité familiale. Jane McLeod interroge le hiatus existant, dans le milieu des imprimeurs et de la librairie, entre un discours normatif qui exclut les femmes et des pratiques qui révèlent à l’inverse la forte présence de celles-ci, qu’elles soient filles, épouses ou veuves de maîtres imprimeurs.

    L’analyse de l’enjeu que constituent l’obtention et la transmission d’une licence et du rôle que joue le conseil privé dans la défense des veuves face aux prétentions des maîtres donne lieu à des développements très riches autour de la notion de compétence technique, de la pratique du patronage et, en définitive, de l’instrumentalisation du genre dans un combat opposant les représentants de l’État aux corporations. Ainsi, Cynthia M. Truant remet en question l’exceptionnalité de la carrière d’Élisabeth Vigée-Lebrun en éclairant le cas des femmes artistes, relativement nombreuses dans le Paris de la seconde modernité, et leurs relations avec, d’un côté, la corporation des peintres et sculpteurs – qui obtient en 1705 sa propre académie, l’académie de Saint-Luc – et, de l’autre côté, l’Académie royale de peinture et sculpture (1648) – seule académie royale acceptant les femmes. Nancy Locklin interroge enfin, au-delà du cas particulier de Louise Le Mace, maîtresse tailleuse à Quimper dans les années 1730–1760, la question de l’identité professionnelle au féminin, une identité qui dépasse de loin le seul critère de l’appartenance formelle à une corporation. Plus largement, son article nuance le concept d’économie domestique, en soulignant en particulier le taux relativement élevé (jusqu’à 30%) de femmes chefs de feux dans les villes comme dans les campagnes bretonnes, au sein d’une région où la coutume établit l’égalité entre héritiers, filles ou garçons.

    Le cas particulier de la comtesse de Sade, traité par Rafe Blaufarb, et du long procès qui l’oppose à la communauté provençale d’Eyguières dans les années 1780, remet, quant à lui, en question le présupposé de l’incapacité légale des femmes mariées en éclairant le crédit dont la comtesse bénéficie à la cour. Cet exemple, loin d’être isolé, d’une gestion seigneuriale au féminin, renvoie plus largement à la problématique de l’agencydes femmes, thème aussi présent en filigrane de l’étude que Jennifer L. Palmer consacre au couple rochelais des Regnaud de Beaumont, dont l’époux est installé pour affaires à Saint-Domingue. Mais ce dernier cas montre surtout les limites opposées à la capacité d’action des femmes par le pouvoir patriarcal, même si la question de la représentativité de cet exemple reste posée. Tout aussi nuancée est l’analyse que propose Nina Kushner de l’agencydes prostituées de luxe dans le Paris du XVIIIe siècle, à travers l’examen des contrats oraux qui les lient à leurs »patrons«. Au sein de ce marché illicite mais non illégal que constitue le »demi-monde«, marché étroitement surveillé par la police sans être réglementé au sens strict, certaines de ces femmes parviennent à accéder à une relative autonomie financière qui leur confère une position d’autorité au sein de leur famille. Les plus habiles savent jouer de ces conventions non écrites et exploiter au mieux leur »capital sexuel«, en prenant plusieurs patrons ou en rompant régulièrement leur contrat pour se vendre au plus offrant. L’économie illicite apparaît ici comme porteuse d’opportunités pour ces femmes, avec cependant la nuance de taille que, pour la plupart d’entre elles, la prostitution demeure un choix par défaut, au coût social élevé.

    Au total, si on peut regretter que le livre ne pose pas explicitement la question d’une éventuelle spécificité du cas français, il contribue, par la richesse des thèmes évoqués et la variété des sources exploitées, à réévaluer la place des femmes dans l’économie européenne d’Ancien Régime, comme l’ont fait d’autres études parues ces dernières années. La conclusion de l’ouvrage, rédigée par Bonnie Smith, suggère à ce propos des pistes de réflexion tout à fait stimulantes.

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    PSJ Metadata
    Anne Montenach
    Women and Work in the Eighteenth-Century France
    fr
    CC-BY-NC-ND 4.0
    Frühe Neuzeit (1500-1789)
    Frankreich und Monaco
    Geschlechtergeschichte
    18. Jh.
    1700-1800
    Frankreich (4018145-5), Frau (4018202-2), Berufstätigkeit (4069349-1)
    PDF document hafter_montenach.doc.pdf — PDF document, 332 KB
    D. M. Hafter, N. Kushner (ed.), Women and Work in the Eighteenth-Century France (Anne Montenach)
    In: Francia-Recensio 2016/3 | Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500-1815) | ISSN: 2425-3510
    URL: http://www.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2016-3/fn/hafter_montenach
    Veröffentlicht am: 20.09.2016 12:25
    Zugriff vom: 25.03.2017 02:59
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