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    R. Hugener, Buchführung für die Ewigkeit (Marie-José Nohlen)

    Francia-Recensio 2014/4 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

    Rainer Hugener, Buchführung für die Ewigkeit. Totengedenken, Verschriftlichung und Traditionsbildung im Spätmittelalter, Zürich (Chronos) 2014, 486 S., ISBN 878-3-0340-1196-9. CHF 68,00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Marie-José Nohlen, Strasbourg

    Collaborateur scientifique aux Archives de Zürich, auteur de nombre d'articles et contributions sur les documents mémoriels, Rainer Hugener propose avec sa thèse très fournie une synthèse de ses recherches. Sur la base du catalogue qu'il a réalisé de tous les documents nécrologiques suisses, l'auteur décrit l'origine et l'évolution des documents. Puis, en procédant à l'analyse d'exemples significatifs, il retrace deux points importants: le passage du document nécrologique au document d'administration économique, l'utilisation de la pratique mémorielle pour faire naître une conscience historique commune, tout d'abord locale, puis à l'échelle de la Confédération.

    Une longue introduction précise les choix de l'auteur. Le cadre de l'étude est celui de la Suisse actuelle, du 13 e au 16 e siècle. Un historique de la recherche retrace le questionnement des documents, du 19 e siècle à l'époque actuelle. C'est par rapport à cette recherche que l'auteur situe sa documentation (nécrologues et livres anniversaires) et délimite sa perspective et sa terminologie. Il écarte l'usage du mot memoria (devenu trop large et dont la signification évolue dans les textes médiévaux) et préfère parler de »mémoire des morts« ( Totengedenken ), en se situant dans la longue durée.

    La Suisse au Moyen Âge est caractérisée par un morcellement religieux, économique et politique, qui se reflète dans la diversité des sources. Contrairement aux éditions anciennes, morcelant les sources par genre (économique, juridique etc.), R. Hugener considère le document comme un tout. Sa démarche emprunte aussi bien la macro-perspective pour embrasser les documents dans leur ensemble dans la durée, que la micro-analyse pour une approche permettant, grâce à un choix restreint d'exemples, de dégager des caractéristiques différentes.

    L'étude de l'ensemble des documents mémoriels dégage un certain nombre de traits généraux. La mémoire des morts a sa genèse dans les grands couvents bénédictins (comme Saint-Gall), où le nom des défunts était inscrit dans les martyrologues à côté de celui des saints, empruntant dès le début une forme calendaire. Ils furent progressivement remplacés par des documents plus spécialisés, les nécrologues. À leur tour collégiales et chapitres cathédraux, les premiers, ajoutèrent à ces mentions d'autres notations, liturgiques ou économiques, les transformant en livres d'anniversaires ( Jahrzeitbuch ). Cette forme, reprise par les communautés conventuelles, est celle qui s'impose au tournant des 13 e et 14 e siècles et s'étend aux paroisses et aux institutions charitables.

    Cette évolution est à mettre en corrélation avec une évolution des pratiques liturgiques mémorielles. Le premier souvenir des morts était réduit à la lecture des noms des défunts lors d'un office capitulaire, puis au cours d'une messe. Mais, progressivement, les exigences des fondateurs se firent plus précises, avec des demandes de messes particulières, de vigiles et de visitations du tombeau ( anniversarium , Jarzit ). À partir du 13 e siècle, le centre de gravité se déplace des couvents traditionnels vers les collégiales, les cathédrales et les couvents urbains des ordres mendiants. C'est aussi l'époque où se précisent les conceptions de l'au-delà (Purgatoire) et où le rapport à la mort est marqué par des épidémies comme la Grande Peste. Ceci expliquerait l'augmentation au 14 e siècle des commémorations mortuaires qui, d'après l'auteur, deviennent un phénomène de masse et touchent toutes les couches sociales. Enfin la montée des classes bourgeoises marchandes eut pour conséquence de rapprocher d'une manière croissante les fondations mortuaires de transactions commerciales dans lesquelles il fallait équilibrer prestations matérielles et spirituelles.

    On peut expliquer l'apparition et la différenciation des écrits liturgiques et économiques à la jointure des 13 e et 14 e siècles à l'aide de trois exemples. L'abbaye bénédictine de Saint-Gall essaye dans la deuxième moitié du 13 e siècle d'assurer à sa pratique mémorielle une base économique solide. Par des notations en marge des nécrologues/obituaires ou des récapitulations, on tente de faire la somme des revenus des fondations et de fixer les modalités de distribution. Au couvent féminin de Hermetschwill, des conflits intérieurs et extérieurs provoquent au tournant du 14 e siècle l'utilisation du nécrologue pour l'inscription de mentions juridiques et économiques, ceci jusqu'à la création d'un censier. Enfin à la collégiale Saint-Michel de Beromünster on crée dans la première moitié du 14 e siècle un obituaire et un censier, d'abord étroitement liés, puis séparés ensuite.

    Pour ces trois institutions on part d'un nécrologue/obituaire existant où les pratiques liturgiques mémorielles sont précisées. À celles-ci s'ajoutent d'autres mentions concernant les fondations qui y sont liées, puis des domaines plus larges de l'administration, le stade final étant la création de listes et de censiers séparés. Le succès de ces pratiques fut divers, la tenue des registres resta discontinue et incomplète à Saint-Gall, alors qu'elle s'imposa à Beromünster jusqu'à la fin de l'Ancien Régime.

    Dans tous les cas on remarque un besoin de saisir les ressources des fondations autrement que d'une manière calendaire. Les revenus n'étaient, en règle générale, pas engrangés à la date anniversaire du donateur mais après les récoltes, d'où l'intérêt de les répertorier plutôt par aires géographiques, par types de revenus ou par domaine de compétences dans le couvent.

    Dans tous les cas également, indications liturgiques et économiques sont étroitement liées. Les nombreuses relations intertextuelles (renvois des mentions liturgiques aux récapitulations économiques ou vice-versa, lecture pendant la messe des noms accompagnés du détail des fondations etc.) montrent que ces documents nécrologiques étaient bien conçus comme un tout dont les différentes aspects étaient inséparables. On s'en servait aussi bien lors de l'office, que pour la récolte des revenus ou pour prouver les droits de la communauté religieuse devant un tribunal.

    Enfin les documents nécrologiques suisses permettent aussi de mettre en évidence le lien entre commémoration des morts et pratiques historiques. La situation à Berne, analysée en détail, en est un exemple significatif. La partie nécrologique et la partie annalistique de l'obituaire de l'église de la ville sont étroitement liées. L'anniversaire de Berchtold von Zähringen, fondateur de la ville, comportait aussi bien une proclamation de son obit que la lecture des mentions annalistiques le concernant. Il en allait de même pour les diverses batailles, dont la mention des morts dans l'obituaire renvoyait aux annales où ces combats étaient décrits. En sacralisant ces jours, avec des processions et des distributions d'aumônes, avec des messes où la mention des défunts mais aussi la lecture des textes historiques trouvaient leur place, les autorités favorisaient l'émergence d'une conscience historique, grâce au sentiment d'appartenance à un passé commun dont elles contrôlaient la représentation.

    La commémoration à Lucerne de la bataille de Sempach et des conflits suivants joua un rôle semblable, dans d'autres endroits de la Confédération, ce furent surtout les guerres de Zürich qui donnèrent lieu à des célébrations mémorielles.

    La dernière étape fut franchie avec les guerres de Bourgogne. La célébration établie à Berne (22 juin) fut adoptée presque partout. La commémoration des morts rappelait que la victoire était due à la communauté au combat et fondait le sentiment d'appartenance à la Confédération.

    La conclusion concise rappelle les principaux résultats de l'étude. Elle insiste sur l'importance de l'influence de l'administration mémoriale dans l'essor de la scripturalité au 13 e et 14 e siècles et sur le rôle joué par la commémoration des morts dans la constitution d'une représentation de l'Histoire contrôlée par les autorités et destinée faire naître, à travers une conscience historique, un sentiment d'appartenance commune.

    Un catalogue, aussi complet qu'il est possible, fruit d'un énorme travail, rassemble tous les documents nécrologiques connus pour l'ensemble de la Suisse. Une bibliographie particulièrement abondante et un index achèvent un ouvrage dont il faut souligner l'intérêt.

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    PSJ Metadata
    Marie-José Nohlen
    R. Hugener, Buchführung für die Ewigkeit (Marie-José Nohlen)
    CC-BY 3.0
    Hohes Mittelalter (1050-1350), Spätes Mittelalter (1350-1500)
    Schweiz
    Historische Hilfswissenschaften, Sozial- und Kulturgeschichte
    Mittelalter
    4053881-3 4008619-7 4030720-7 4167976-3 4130790-2 4049716-1 4077162-3 4138973-6 4063317-2
    1250-1500
    Schweiz (4053881-3), Buchführung (4008619-7), Kirchengeschichte (4030720-7), Liturgisches Buch (4167976-3), Nekrologium (4130790-2), Rezeption (4049716-1), Schriftlichkeit (4077162-3), Totengedächtnis (4138973-6), Verwaltung (4063317-2)
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    R. Hugener, Buchführung für die Ewigkeit (Marie-José Nohlen)
    In: Francia-Recensio 2014/4 | Mittelalter - Moyen Âge (500-1500) | ISSN: 2425-3510
    URL: http://www.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2014-4/MA/hugener_nohlen
    Veröffentlicht am: 03.12.2014 12:10
    Zugriff vom: 19.09.2017 15:39
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