Direkt zum Inhalt | Direkt zur Navigation

    S. Saracino, M. Knoll (Hg.), Das Staatsdenken der Renaissance – Vom gedachten zum erlebten Staat (Gaëlle Demelemestre)


    Francia-Recensio 2014/3 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

    Stefano Saracino, Manuel Knoll (Hg.), Das Staatsdenken der Renaissance – Vom gedachten zum erlebten Staat, Baden-Baden (Nomos) 2013, 287 S. (Staatsverständnisse, 55), ISBN 978-3-8329-7046-8, EUR 29,00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Gaëlle Demelemestre, Paris

    L’ouvrage est un volume interdisciplinaire centré sur la Renaissance italienne, qui reprend la thèse de Burckhard selon laquelle la Renaissance a joué un rôle important dans la formation de l’État moderne, dans la mesure où ce dernier n’y est déjà plus une figure naissant de façon naturelle, mais un produit de l’action humaine. Mais en départ de Burckhard, projetant l’État du XIX e sur celui de la Renaissance, les différents collaborateurs de cet ouvrage s’attachent à rendre justice aux faits historiques. L’une des visées centrales, et pleinement atteinte, de l’ouvrage, est de montrer que la pensée de l’État à la Renaissance précède de loin le développement historique de l’État.

    La première partie de l’ouvrage aborde les fondements de la pensée de l’État propre à la Renaissance. Elle s’ouvre avec une étude de Henning Ottmann qui s’interroge sur ce qui est réellement novateur, dans la pensée politique des XVI e –XVII e siècles, et ce qui reste attaché à la tradition classique. Sont convoqués Machiavel et Hobbes, dont Ottmann montre que le premier reste inscrit dans la culture classique qu’il commente, sans introduire la référence à de l’inédit, signe de rupture. Hobbes ressort à l’inverse comme figure de la modernité, mettant en avant le rôle créateur de l’homme, le Léviathan naissant d’un constructivisme technico-mathématique aidé d’une théologie sécularisé. Sont ensuite étudiées les figures de More, Bacon et Campanella, qui ne peuvent être décrites comme réellement novatrices en raison de la mystique des forces occultes leur restant en toile de fond. Pour ce qui concerne les œuvres scientifiques, la thèse d’Ottman est que le changement de référentiel cosmique inauguré par la Renaissance a engendré à la fois un détachement rationnel des anciennes théories cosmologiques, et le développement d’un ancien occultisme. La Renaissance ressort comme un stade intermédiaire entre l’ancien et le nouveau monde.

    Dirk Lüddecke considère ce que Dante a apporté à l’époque moderne, en travaillant conjointement le De Convivio, le De Monarchia et De Commedia. Il montre que Dante avance une compréhension plus anthropologique que politique de la liberté. Mais contrairement à certains interprètes considérant l’œuvre de Dante comme une sécularisation de la pensée politique, Lüddecke souligne que l’argumentation de Dante est essentiellement historico-théologique: Dante a sacralisé le séculaire, mais il s’inscrit dans le cadre d’une humanité pervertie par le péché, devant trouver les moyens de pallier cette faiblesse première. À cela s’ajoute le souci de l’Unité qui vise la paix, expressément théologique. Le but politique reste donc pour Dante inscrit dans la pensée politique traditionnelle, christico-augustinienne, de même que sa pensée de l’État n’est pas une philosophie politique, indépendante de toute marque théologique et religieuse, mais une manifestation de la théologie politique.

    Prenant comme objet la pensée de Marsile de Padoue (XIV e siècle), Pier Paolo Portinaro met à l’épreuve l’interprétation courante (J. Burns) selon laquelle il y aurait une césure entre le Haut Moyen Âge et l’époque moderne. Il met en valeur la modernité de cet auteur qui conçoit une souveraineté volontariste fondée sur l’autorité, et non sur la vérité comme dans la tradition classique. Dante élabore une doctrine constructiviste de l’État, où les lois sont positives, où la diversité a sa place, avec le rappel d’une nécessaire unité; autant d’éléments qui le rapprochent d’Hobbes, sans tourner comme lui au césaro-papisme, puisque son Souverain reste un homme. Mais Portinaro réinscrit aussi Marsile dans l’histoire, en montrant que si Hobbes se bat contre l’Église catholique, le proto-constitutionnalisme démocratique défendu par Marsile est conçu pour faire barrage à la papauté.

    Alexander Thumfart propose une réflexion critique sur la vertu politique dans l’humanisme civique. Il détaille la notion d’ordre élaborée par Léonardo Bruni, Poggio Bracciolini, Girolamo Savonarole et Machiavel. Son analyse fait ressortir le fait que la réflexion humaniste sur l’ordre, tout en fournissant les normes d’un agir prudent, ne sort pas de la contingence. Ces auteurs raisonnent en intégrant le fait que la stabilité politique et l’ordre sont précaires. Leur souci est de montrer que l’homme n’est pas laissé sans armes face à cela. Les institutions qu’ils établissent sont capables de ralentir, de rendre moins évanescent la propagation de ce phénomène, et donc de le contrer. C’est à suivre Thumfart la nouveauté contenue dans cette pensée politique qui sera transmise à la pensée politique moderne.

    La deuxième partie de l’ouvrage est consacrée à la génération Machiavel et à la réception faite de son œuvre à la Renaissance. M. Knoll la débute en défendant la thèse qu’il faut déduire la théorie politique de Machiavel de son anthropologie. Machiavel conçoit l’homme comme un être égoïste motivé par le désir et les passions: l’agir humain est commandé par l’ambition et l’avidité. Les hommes sont mauvais parce que ces deux passions ont pour conséquence une multiplicité d’actions égoïstes et moralement répréhensibles. Et comme Hobbes, Machiavel constitue sa théorie de la politique sur ces invariants, dégagés empiriquement de façon inductive et comparative. Cependant, Knoll marque une distance entre Machiavel et Hobbes: le premier ne justifie pas simplement l’État afin d’assurer la sécurité, la paix et l’ordre. Suivant son argumentation, Machiavel considère l’État comme une institution juridique et morale précieuse, permettant et promouvant la moralité et la capacité des citoyens. L’anthropologie de Machiavel ne justifie pas simplement un pouvoir contraignant, mais aussi l’État comme instance morale, pouvant améliorer les hommes par le biais des lois, des mœurs, et de la religion. Machiavel permettrait ainsi de décrire un bon ordre étatique comme instaurant la dignité morale et éthique.

    Volker Reinhard propose de prendre un peu de distance avec la théorie politique de Machiavel en étudiant celle d’un de ses contemporains dont il a été proche, Francesco Vettoris, qui illustre les failles d’une société organisée autour de l’association de personnes clientéliste, arrangée, polycentriste, dominante alors en Europe. Vettoris considère que le problème de la république est d’avoir un sommet trop large, parasité, ce qui discrédite à ses yeux fondamentalement le modèle de la république. Sont déterminants la psychologie, les conditions économiques et l’intérêt qui animent et constituent les conditions de vie et la représentation du monde des petites gens. Reinhard souligne que la brutale exploitation des petites gens par les puissants n’était pas pour rien dans la culture du sang florentine, systématiquement cachée et refoulée par ceux qui ont écrit l’histoire humaniste. La valeur de Vettoris est d’avoir pris au sérieux cette donnée. Il exprime ainsi la misera humana composant le dilemme de la politique: la question qui se pose à l’État est de répondre au problème de la répartition des ressources; mais il est lui-même composé d’hommes, et la condition humaine est déterminée par un ensemble de pulsions négatives qui instaurent entre les hommes le régime de la bellum omnium contra omnes . D’où un jugement désabusé de Vettoris sur l’avenir de la forme républicaine.

    La troisième partie de l’ouvrage aborde les thèmes de l’art et de l’utopie à la Renaissance en finissant par un aperçu littéraire de cette période (Benjamin Schmid).

    Cristina Perissinotto propose une perspective européenne d’ensemble sur l’utopie à la Renaissance, en la mettant en parallèle avec sa formulation dans l’antiquité. Il démontre, en étudiant le style propre à l’utopie, que la pensée de l’État à la Renaissance était théoriquement très en avance sur l’État réel. L’utopie constitue ainsi l’exemple d’une anticipation de l’ordre étatique telle que formulée dès la Renaissance.

    En comparant l’ » Utopie« de More et » Le prince « de Machiavel, Thomas Schölderle travaille l’ambivalence entre la forme de l’utopie et la pensée politique réaliste. Au regard des paradigmes de la théorie politique moderne, et malgré leurs différences, Schölderle montre que les deux humanistes avancent un profil commun et résolument moderne. Il note un recoupement central tenant au rationalisme séculier ouvert par l’utopie, dont la marque, depuis More, est qu’elle traite d’une communauté idéale ignorant la compréhension chrétienne du salut. Elle est de ce fait concevable sans perspective eschatologique, en elle-même en tant que réalité terrestre. Les deux œuvres reposent dès lors sur une même base, qui fournit son repère central à la théorie politique moderne: la représentation de l’État comme artifice, et non plus comme un dérivé d’un ordre transcendant.

    Lizenzhinweis: Dieser Beitrag unterliegt der Creative-Commons-Lizenz Namensnennung-Keine kommerzielle Nutzung-Keine Bearbeitung (CC-BY-NC-ND), darf also unter diesen Bedingungen elektronisch benutzt, übermittelt, ausgedruckt und zum Download bereitgestellt werden. Den Text der Lizenz erreichen Sie hier: http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/de

    PSJ Metadata
    Gaëlle Demelemestre
    S. Saracino, M. Knoll (Hg.), Das Staatsdenken der Renaissance – Vom gedachten zum erlebten Staat (Gaëlle Demelemestre)
    urn:nbn:de:bvb:12-per-0000005670
    CC-BY-NC-ND 3.0
    Frühe Neuzeit (1500-1789)
    Europa, Italien
    Ideen- und Geistesgeschichte, Politikgeschichte
    Neuzeit bis 1900
    4015701-5 4027833-5 4115590-7 4049450-0
    1500-1900
    Europa (4015701-5), Italien (4027833-5), Politisches Denken (4115590-7), Renaissance (4049450-0)
    PDF document saracino_demelemestre.doc.pdf — PDF document, 114 KB
    S. Saracino, M. Knoll (Hg.), Das Staatsdenken der Renaissance – Vom gedachten zum erlebten Staat (Gaëlle Demelemestre)
    In: Francia-Recensio 2014/3 | Frühe Neuzeit - Revolution - Empire (1500-1815) | ISSN: 2425-3510
    URL: http://www.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2014-3/FN/saracino_demelemestre
    Veröffentlicht am: 25.09.2014 14:15
    Zugriff vom: 21.11.2017 11:14
    abgelegt unter: