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    J. Peltzer, Der Rang der Pfalzgrafen bei Rhein (M. Olivier)

    Francia-Recensio 2014/2 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

    Jörg Peltzer, Der Rang der Pfalzgrafen bei Rhein. Die Gestaltung der politisch-sozialen Ordnung des Reichs im 13. und 14. Jahrhundert, Ostfildern (Jan Thorbecke Verlag) 2013, 504 S. (RANK. Politisch-soziale Ordnungen im mittelalterlichen Europa, 2), ISBN 978-3-7995-9122-5, EUR 39,00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Mathieu Olivier, Toulon

    De Jörg Peltzer, le médiéviste francophone connaissait la thèse – ou plutôt le PhD – consacrée aux élections épiscopales en Normandie et en Anjou entre 1140 et 1230 1 . Il aborde un tout autre sujet avec le présent ouvrage, son habilitation à diriger des recherches. L’auteur se veut à l’intersection d’une historiographie régionale » palatine « dont Heidelberg, son nouveau port d’attache scientifique, est le foyer naturel, et ce courant de la recherche qui a, ces dernières années, profondément renouvelé notre vision du fonctionnement politique de l’Empire après le Grand Interrègne (1250–1273). Le » rang « du ou des comtes palatins du Rhin (le pluriel n’est pas sans être à l’origine de quelques complications, comme l’auteur le montre bien) est ici le fil rouge d’une enquête qui se propose en réalité d’analyser à nouveaux frais les processus de différenciation au sein des strates supérieures de la noblesse d’Empire sur une période d’environ deux siècles. Il mobilise à cet effet l’ensemble de la documentation à sa disposition, chartes, sceaux, chroniques (la quasi-absence d’historiographie palatine dynastique dans la période considérée le prive d’un observatoire qui se serait sûrement révélé fécond). Si l’auteur, en dépit du titre de son étude, ne désavoue pas la notion classique de société d’ordres/d’états ( Ständegesellschaft ) pour la fin du Moyen Âge, au profit de celle de » rang « , plus récemment entrée dans le lexique des médiévistes allemands en provenance de l’anthropologie (p. 24–25), il sait néanmoins dépasser, après d’autres, une grille d’analyse qui avait pour défaut principal de réduire la question du fonctionnement du politique à une histoire des normes juridiques abstraites des contingences sociales et de la réalité de leur mise en application. En neuf chapitres de longueur inégale mais tous solidement charpentés, une image assez précise de la » marge de manœuvre politique « Handlungsspielraum , terme cher à beaucoup de médiévistes allemands de la nouvelle génération, dont J. Peltzer use sans abuser – émerge de ces investigations.

    Les comtes palatins du Rhin, issus de la dynastie Wittelsbach depuis le début du XIII e siècle, parviennent à s’assurer une place incontestée au sein de l’élite politique à l’heure de deux phénomènes qui marquent l’époque de leur empreinte: d’une part, la cristallisation juridique du collège des sept princes électeurs, et, d’autre part, la concurrence ouverte pour la couronne royale et impériale avant que ne s’installe le quasi-monopole des Habsbourg sur le titre et la fonction à partir du règne de Frédéric III dans la seconde moitié du XV e siècle. Histoire d’une réussite familiale donc – mais histoire qui n’a pas été sans quelques déboires, ni même de sérieux revers. C’est ainsi que la » Bulle d’or « promulguée en 1356 sous l’égide du l’empereur Luxembourg Charles IV, à bien des égards, » remet les comtes palatins à leur place « , serait-on tenté de dire dans le sillage des analyses de J. Peltzer (voir notamment p. 392–399). Car le véritable vainqueur, parmi les électeurs laïcs, est bien, sur le long terme, le roi de Bohême que la » Bulle d’or « consacre pour ainsi dire en primus inter pares . Les comtes palatins gagnent le droit incontesté de figurer au rang des électeurs, véritables » piliers « de l’édifice impérial – la métaphore architecturale supplante du reste, non sans arrière-pensées, la métaphore corporelle, ainsi que l’auteur le montre de façon très convaincante. Mais ils doivent abandonner au passage quelques-uns des éléments d’une éventuelle prééminence dans l’assemblée des princes, sur le plan judiciaire notamment.

    Les observations de l’auteur empruntent parfois des sentiers déjà assez bien balisés par d’autres; il en va ainsi de la préhistoire du collège électoral, à commencer par le rôle essentiel, dans ce processus, de la double élection de 1198. Reste que sur d’autres terrains, J. Peltzer livre, à côté de faits déjà connus ou assez prévisibles somme toute, des observations plus surprenantes – en tout cas aux yeux de tout historien qui n’est pas spécialiste de l’aristocratie d’Empire aux siècles terminaux du Moyen Âge. Prenons la politique matrimoniale des comtes palatins, objet du chapitre 7 (p. 279–335). Que les comtes, à l’instar des autres princes d’Empire, peinent à être admis dans le connubium des maisons royales européennes en-dehors de l’intermède que constitue, dans les premières années du XV e siècle, le règne de Ruprecht, ne saurait surprendre outre mesure (voir notamment p. 295–298). Plus étonnante peut-être est la persistance des stratégies d’alliances matrimoniales avec certaines familles de rang comtal du Palatinat et des régions adjacentes (p. 289‒292), alors même que la solidarité collégiale entre les princes électeurs laïcs, bien visible lors de certains épisodes de crise notamment, ne débouche aucunement sur un resserrement des alliances par les liens matrimoniaux entre Wettin, Wittelsbach et Luxembourg (p. 298-299).

    C’est aussi par sa très bonne connaissance de la bibliographie anglo-saxonne que l’auteur dépasse le cadre commun de la Landesgeschichte. Un historien cisrhénan un peu chagrin relèverait sans doute que les travaux récents en langue française n’ont pas bénéficié de la même attention. Des nombreuses études de Jean-Marie Moeglin sur les dynamiques régionales dans l’Empire de la fin du Moyen Âge, Jörg Peltzer ne semble retenir que » Les ancêtres du prince « , publié en 1985. On s’étonne également de l’absence des travaux de Pierre Monnet dans la bibliographie, ou bien encore de toute référence à la belle étude de Gilles Lecuppre et aux belles pages que ce dernier consacre aux exemples venus de l’espace germanique 2 lorsque l’auteur est amené à s’intéresser incidemment à la question des imposteurs et de leurs stratégies (voir notamment p. 305–306).

    Au total, une excellente étude sur les dynamiques politiques dans l’Empire entre l’ère des Staufen et celle des Habsbourg, recommandable aussi bien par la largeur des vues exposées que par la minutie et l’acribie des analyses proposées, au plus près de la documentation. Cette étude de Landesgeschichte dans une optique comparatiste tiendra tout à fait son rang, elle aussi, dans la liste des travaux à consulter en priorité sur l’espace germanique au bas Moyen Âge. L’adieu assumé au paradigme d’une forme de régionalisme, voire de localisme un peu étriqué, ne sera pas pour déplaire à un lecteur français toujours trop jacobin de cœur et d’esprit pour goûter sans réserves les charmes d’une historiographie savante installée dans le confort si heimisch , si gemütlich de la petite patrie. Le médiéviste peu familier de l’historiographie allemande récente en la matière pourra en outre lire l’ouvrage de J. Peltzer comme un très bon tour d’horizon des orientations les plus actuelles de la recherche outre-Rhin. Last but not least : Profitons de l’occasion pour signaler la toute jeune série éditoriale dans laquelle le présent ouvrage prend place: longue vie à RANK, qui compte pour l’heure trois volumes!

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    PSJ Metadata
    Mathieu Olivier
    J. Peltzer, Der Rang der Pfalzgrafen bei Rhein (M. Olivier)
    urn:nbn:de:bvb:12-per-0000004093
    CC-BY-NC-ND 3.0
    Hohes Mittelalter (1050-1350), Spätes Mittelalter (1350-1500)
    Deutschland / Mitteleuropa allgemein, Rheinland-Pfalz
    Politikgeschichte, Sozial- und Kulturgeschichte
    13. Jh., 14. Jh.
    4049795-1 4173983-8 4077618-9
    1200-1400
    Rheinland-Pfalz (4049795-1), Pfalzgraf bei Rhein (4173983-8), Sozialstatus (4077618-9)
    PDF document peltzer_olivier.doc.pdf — PDF document, 128 KB
    J. Peltzer, Der Rang der Pfalzgrafen bei Rhein (M. Olivier)
    In: Francia-Recensio 2014/2 | Mittelalter - Moyen Âge (500-1500) | ISSN: 2425-3510
    URL: http://www.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2014-2/MA/peltzer_olivier
    Veröffentlicht am: 25.06.2014 15:45
    Zugriff vom: 19.09.2017 15:39
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