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    M. Mulsow, G. Naschert (Hg.), Radikale Spätaufklärung in Deutschland (P. Pujo)

    Francia-Recensio 2014/2 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

    Martin Mulsow, Guido Naschert (Hg.), Radikale Spätaufklärung in Deutschland. Einzelschicksale, Konstellationen, Netzwerke, Hamburg (Felix Meiner Verlag) 2012, 424 S. (Aufklärung. Interdisziplinäres Jahrbuch zur Erforschung des 18. Jahrhunderts und seiner Wirkungsgeschichte, 24. Jahrgang 2012), ISBN 978-3-7873-2407-1, EUR 136,00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Pauline Pujo, Paris

    Si ce volume ne propose pas de thèmes ou de méthodologies radicalement nouveaux, il est cependant le résultat d’une synergie fructueuse entre plusieurs tendances de la recherche actuelle sur les Lumières allemandes. Le bilan provisoire que livrent les éditeurs, tous deux membres du Forschungszentrum Gotha der Universität Erfurt 1 , avec cette série d’études rassemblées dans un volume du » Interdisziplinäres Jahrbuch zur Erforschung des 18. Jahrhunderts und seiner Wirkungsgeschichte « , montre combien cet effort de synthèse peut mettre au jour et souligner l’intérêt de sources restées jusqu’alors inexploitées, et donner lieu à des reconstitutions détaillées de trajectoires individuelles, de réseaux de personnes, d’emprunts et de circulation des idées au sein de l’espace public des Lumières allemandes. Elles viennent enrichir une recherche déjà bien vivante sur une période où, à partir des années 1770 puis face à la Révolution française, on s’interroge sur les limites des Lumières et où les positionnements par rapport à leur définition (vraies ou fausses Lumières) tendent à se polariser. Le lien entre radicalité et Lumières allemandes tardives ( Spätaufklärung ) apparaît ainsi comme tout à fait pertinent, voire essentiel.

    Le thème »Radikale Spätaufklärung in Deutschland« rassemble ainsi deux branches jusqu’alors séparées des études sur la radicalité au XVIII e siècle: la radicalité politique, qui n’est plus confinée au jacobinisme allemand, et la radicalité religieuse, au sein de laquelle il s’agit de distinguer plusieurs formes et pratiques du matérialisme athée (Falk Wunderlich, Empirismus und Materialismus an der Georgia Augusta – Radikalaufklärung im Hörsaal?, p. 65–90 ; Martin Mulsow, Karl von Knoblauch und Georg Friedrich Werner als Materialisten. Eine Gießen-Dillenburger Konstellation, p. 91–112). Le volume poursuit et nuance ainsi les débats initiés par Jonathan Israel sur la notion de »radical Enlightenment« 2 (Andrew McKenzie-McHarg, Überlegungen zur Radikalaufklärung am Beispiel von Carl Friedrich Bahrdt, p. 207–240), ou encore les recherches de Robert Darnton sur la littérature clandestine 3 (Peter-Henning Haischer, Hans-Peter Nowitzki, Wielands clandestine Publikationsstrategien, p. 251–316). Dans une approche en partie héritée de la recherche sur les transferts culturels, et appartenant à une tendance plus générale à recontextualiser l’histoire des idées, les contributions du volume soulignent l’intérêt qu’il y a à se pencher sur des personnalités mineures – et souvent hautes en couleurs – des Lumières allemandes, telles que le Zopfprediger Schulz, autour duquel s’est constitué un réseau permettant à sa critique radicale de la religion d’exister dans la Prusse de Frédéric II (Andreas Menk, Johann Heinrich Schulz – » Meteor an dem Kirchenhimmel der Mark von Deutschland « , p. 135–172) ou encore Franz Michael Leuchsenring, qui a parcouru l’espace germanophone afin de vérifier sa théorie d’un complot jésuite derrière la société secrète des Rose-Croix (Reinhard Markner, Franz Michael Leuchsenring, »philosophe ambulant« in Berlin und Zürich, p. 173–206).

    C’est cette approche méthodologique que signale le sous-titre »Einzelschicksale – Konstellationen – Netzwerke«: L’étude de »constellations«, théorisée par les Kulturwissenschaften allemandes, permet de donner du relief à une histoire des idées contextualisée, à mi-chemin entre la micro-histoire des biographies individuelles et les réseaux à l’échelle d’un territoire. Ces unités de sens dégagées par l’interprétation de certains phénomènes mêlant échanges intellectuels et réseaux de personnes, permettrait, selon les éditeurs, d’éviter l’écueil téléologique d’une histoire des grands hommes 4 . Appliquée aux Lumières allemandes tardives ( Spätaufklärung ), elle a pour vocation de souligner l’importance de cette époque sans la réduire à un Nachspiel des révolutions intellectuelles du XVII e siècle (Paul Hazard) ou à un Vorspiel de la modernité du XIX e siècle, ce qui n’empêche pas de souligner les continuités entre les Lumières allemandes tardives et les mouvements politiques postérieurs (Iwan-Michelangelo D’Aprile, Netzwerke zwischen radikaler Spätaufklärung, Frühliberalismus und Vormärz in Brandenburg-Preußen, p. 113–134). À la définition précise de cet angle thématique et méthodologique en introduction, correspond une relative cohérence du recueil dans son ensemble, malgré la longueur très inégale des contributions. L’idée que la radicalité ne se définit pas par une série d’idées radicales par essence, mais résulte de positionnements certes intellectuels mais aussi stratégiques à l’intérieur de réseaux de personnes, jeux de pouvoir, enjeux économiques et choix de vie, peut servir de fil rouge à la lecture de l’ensemble des contributions.

    De cette manière, des figures déjà connues de la radicalité à la fin du XVIII e siècle se trouvent représentées dans le recueil, par exemple dans la contribution, certes classique mais précieuse, de Jörg Schweigard (Studentische Netzwerke im Zeichen der Französischen Revolution, p. 317–338), mais surtout revisitées, dans celle, plus nouvelle, de Frank Hatje, qui démontre que la radicalité des concepts politiques se construit en fonction de glissements de sens entre la France et l’espace germanophone (Französische Revolution, Aufklärung und deutsches Bürgertum in den Tagebüchern Ferdinand Benekes, p. 29–64), dans la présentation de Manuel Schulz et Marcus Conrad qui signalent l’existence de sources encore inexploitées dans les archives de l’éditeur de Halle Gebauer und Hemmerde à propos d’une figure canonique des Lumières allemandes radicales, Carl Friedrich Bahrdt (Carl Friedrich Bahrdt und die Halleschen Verlage Gebauer und Hemmerde, p. 241–250), ainsi que dans la contribution d’Almut Spalding, qui dévoile une version danoise méconnue du célèbre Fragmenten-Streit (Der Fragmenten-Streit und seine Nachlese im Hamburger Reimarus-Kreis, p. 11–28).

    1 Marion Deschamp, Le Forschungszentrum Gotha für kultur- und sozialwissenschaftliche Studien, dans: Revue de l’IFHA [en ligne], 3/2011, mise en ligne le 6 février 2012, consulté le 2 avril 2014. URL: http://ifha.revues.org/169 .

    2 Jonathan I. Israel, Radical Enlightenment. Philosophy and the Making of Modernity 1650–1750, Oxford 2003.

    3 Robert Darnton, The Literary Underground of the Old Regime, Cambridge, MA 1982.

    4 Martin Mulsow, Guido Naschert (Hg.), Radikale Spätaufklärung in Deutschland. Einzelschicksale, Konstellationen, Netzwerke, Hamburg 2012 (Aufklärung. Interdisziplinäres Jahrbuch zur Erforschung des 18. Jahrhunderts und seiner Wirkungsgeschichte, 24. Jg. 2012), p. 5–10.

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    PSJ Metadata
    Pauline Pujo
    M. Mulsow, G. Naschert (Hg.), Radikale Spätaufklärung in Deutschland (P. Pujo)
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    CC-BY-NC-ND 3.0
    Frühe Neuzeit (1500-1789)
    Deutschland / Mitteleuropa allgemein
    Ideen- und Geistesgeschichte
    18. Jh.
    4011882-4 4003524-4 4045791-6 4048171-2
    1770-1790
    Deutschland (4011882-4), Aufklärung (4003524-4), Philosophie (4045791-6), Radikalismus (4048171-2)
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    M. Mulsow, G. Naschert (Hg.), Radikale Spätaufklärung in Deutschland (P. Pujo)
    In: Francia-Recensio 2014/2 | Frühe Neuzeit - Revolution - Empire (1500-1815) | ISSN: 2425-3510
    URL: http://www.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2014-2/FN/mulsow_pujo
    Veröffentlicht am: 30.06.2014 11:40
    Zugriff vom: 21.11.2017 11:14
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