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Martina Winkler, 1812 in Russland (Michel Kerautret)

Francia-Recensio 2013/3 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

Martina Winkler (Hg.), 1812 in Russland. Erzählung, Erfahrung und Ereignis, Leipzig (Leipziger Universitätsverlag) 2012, 152 S. (Comparativ. Zeitschrift für Globalgeschichte und vergleichende Gesellschaftsforschung. Heft 4, 22. Jahrgang, 2012), ISBN 978-3-86583-713-4, EUR 12,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Michel Kerautret, Paris

Cette publication constitue la partie centrale d’un numéro de la revue » Comparativ « , qui consacre un dossier à la guerre franco-russe de 1812 à l’occasion du bicentenaire de celle-ci 1 . Outre l’introduction de Martina Winkler, ce dossier comporte quatre articles, dont deux sont dus à des auteurs américains et rédigés en anglais, les deux autres à des chercheurs allemands.

L’introduction de Martina Winkler explicite la problématique suggérée par le titre, en développant notamment la notion de » Ereignis « , qui suppose, explique-t-elle, que l’événement concerné provoque une surprise – et une surprise de caractère collectif –, et qu’il apparaisse dans la mémoire d’un groupe comme un tournant historique ayant entraîné des conséquences durables –de telle sorte qu’on se le représente ensuite comme la césure entre un » avant « et un » après « . De ce point de vue, la guerre de 1812 fut bien perçue par les contemporains, du côté russe, comme un Ereignis ainsi que le confirme la profusion de témoignages et de mémoires qu’elle entraîna. Reste à préciser de quelle nature fut le tournant qu’elle provoqua? S’agit-il uniquement d’une prise de conscience de la nation russe par elle-même, comme on le dit souvent? Ou bien d’un phénomène plus composite?

Martina Winkler opte manifestement pour la seconde réponse dans son article intitulé » Le chaos et l’ordre. Perte de biens et conception de la propriété dans les mémoires de la noblesse sur 1812 « . Se fondant sur l’analyse d’un certain nombre de témoignages autobiographiques, elle montre le noble russe pris en tenaille entre deux menaces distinctes: celle de l’envahisseur français (l’ennemi national) et celle du peuple russe (l’ennemi social), et redoutant davantage, dans bien des cas, les pillages et les violences des paysans, que les ravages commis par l’ennemi, lequel lui fournit même, dans certains cas, une protection. Les mémoires rapportent plusieurs cas où la solidarité culturelle entre le noble russe francophone et l’officier français auraient servi de rempart contre le déferlement du chaos incarné par les paysans russes. Ces paysans que l’on glorifie d’autre part, dans la version héroïque de l’événement, comme l’incarnation du combat national. Winkler souligne au passage l’apparition d’une conception moderne et plus stable de la propriété au sein de la noblesse russe, qui n’était certes pas entièrement nouvelle, ayant surgi peu à peu au cours du XVIII e siècle, mais semble se généraliser désormais.

La contribution d’Alexander M. Martin a un objet plus limité, mais elle a le mérite de révéler un document inédit, retrouvé par miracle dans un dépôt d’archives: le récit d’un négociant allemand originaire de Breslau, Johannes Ambrosius Rosenstrauch, fixé à Moscou depuis 1811 après diverses tribulations. Ayant eu la bonne idée de ne pas fuir avec la masse de la population, il demeura chez lui pendant toute la durée de l’occupation française, et son mémoire, rédigé quelque temps après les événements, fournit à leur sujet un témoignage vivant et certainement fiable; de son point de vue en tout cas, celui d’un membre de la classe moyenne, étranger de surcroît. Il se montre peu amène pour les paysans russes accourus à Moscou, qu’il présente comme ivrognes, lâches et superstitieux, et beaucoup plus favorable aux occupants français, avec lesquels il continua ses affaires sans trop de désagrément.

Les deux autres articles de ce volume traitent de la caricature contemporaine, sous la forme d’une sorte de diptyque consacré à deux jeunes artistes, un Anglais, George Cruikshank (1792–1878), et un Russe, Ivan Terebenev (1780–1815). Nourris de traditions a priori bien éloignées, ils se révèlent finalement plus proches qu’on ne l’imaginerait, du fait de l’évidence des événements eux-mêmes, mais surtout de la circulation rapide des images entre les différents pays d’Europe que Napoléon avait unis contre lui dans un destin commun.

L’article de Stephen M. Morris sur Cruikshank s’ouvre même sur un plagiat (mais le copyright n’existait pas): la reproduction par l’Anglais d’un fameux dessin du Russe, » Napoléon couvant un bulletin dans ses quartiers d’hiver « . Il y eut aussi des emprunts dans l’autre sens. Morris replace son sujet dans la problématique désormais classique de la naissance de la nation anglaise/britannique, ainsi que dans l’histoire de la caricature anglaise, stimulée au plus haut point par les besoins de la lutte contre Napoléon. Le jeune Cruikshank s’inscrit dans une tradition déjà ancienne, illustrée avant lui par Gillray et par son propre père Isaac Cruikshank. Mais il arrive sur le marché au moment où celui-ci explose dans toute l’Europe. Terebenev, un peu plus âgé, a été formé dans un moule proprement russe, art classique d’une part, et tradition populaire farcesque du loubok d’autre part, mais son ardeur nationale et anti-française le conduit à chercher de nouvelles formes d’expression du côté des modèles anglais. Il en résulte une sorte de synthèse facilement assimilable par un public non-russe.

Le parallèle est considéré sous un angle différent, et dans une perspective plus large, dans l’article de Liliya Berezhnaya sur les caricatures russes contre Napoléon, » Figure apocalyptique ou ennemi de la Russie? « Elle rappelle d’abord la dimension religieuse de la polémique d’inspiration officielle, lancée bien avant 1812 pour comparer Napoléon à l’Antéchrist. Mais de façon paradoxale, si la démonisation de Napoléon apparaît ensuite comme un thème récurrent des caricatures occidentales, en France, en Angleterre ou en Allemagne, ce thème est beaucoup moins présent dans la caricature russe. Celle-ci choisit plutôt d’exalter le peuple, le paysan, le soldat russe, tout en moquant la lâcheté des Français –et au passage, leurs modes et leurs affèteries. Elle contribue ainsi à édifier une nation russe, qui se définit en s’opposant à l’autre (français), comme la nation anglaise s’était construite au XVIII e siècle en stigmatisant l’ennemi héréditaire. C’est cela qui demeure, dans l’imaginaire au moins, le principal résultat du grand Ereignis de 1812.

Voilà donc un ensemble de textes assez bref, mais stimulant et original, et très cohérent autour du thème de la construction nationale russe et des nuances à y apporter.

1 Comparativ. Zeitschrift für Globalgeschichte und vergleichende Gesellschaftsforschung, Heft 4, 22. Jahrgang.

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PSJ Metadata
Michel Kerautret
Martina Winkler, 1812 in Russland (Michel Kerautret)
CC-BY-NC-ND 3.0
Frühe Neuzeit (1500-1789)
Frankreich und Monaco, Russland
Militär- und Kriegsgeschichte, Sozial- und Kulturgeschichte
19. Jh.
4018145-5 4076899-5 4133863-7
1812
Frankreich (4018145-5), Russland (4076899-5), Russlandfeldzug 1812 (4133863-7)
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Martina Winkler, 1812 in Russland (Michel Kerautret)
In: Francia-Recensio 2013/3 | Frühe Neuzeit - Revolution - Empire (1500-1815)
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Veröffentlicht am: 12.09.2013 12:45
Zugriff vom: 26.02.2017 06:30
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