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W. Telesko, Maria Theresia (Jean Bérenger)


Francia-Recensio 2012/4 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

Werner Telesko, Maria Theresia. Ein europäischer Mythos, Köln, Weimar, Wien (Böhlau) 2012, 309 S., zahlr. Abb., ISBN 978-3-205-78826-3, EUR 35,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Jean Bérenger, Paris

Marie-Thérèse, impératrice et reine (1717–1780), a toujours suscité un grand intérêt auprès de la postérité et Werner Telesko a entrepris d’analyser les mythes auxquels la souveraine a donné naissance depuis l’époque des Lumières jusqu’à la fin du XX e siècle. Il a appuyé son enquête tant sur un vaste corpus littéraire et historique que sur l’abondante iconographie qui n’a cessé de célébrer l’impératrice et reine depuis le XVIII° siècle. L’auteur a fort justement adopté un plan chronologique.

La légende de Marie-Thérèse a pris naissance dès le XVIII e siècle, où l’impératrice trouve sa place dans la peinture, la sculpture et la gravure de son temps, sans oublier les médailles en l’honneur de l’empereur François Étienne ou les eaux-fortes de Goetz. Marie-Thérèse s’inscrit donc dans un mouvement général. L’image de la famille nucléaire se substitue à celle du Domus Austria L’alternative guerrière avec Frédéric II de Prusse domine les représentations monarchiques comme travail de synthèse d’un genre nouveau. Quelle représentation à l’époque de la crise de la représentation? Tout débute d’une manière conventionnelle, puis les images de la souveraine représentée debout se multiplièrent. Sous Joseph II, l’image de Marie-Thérèse efface complètement celle de François Étienne pour aboutir à un véritable culte du portrait qui permet d’étendre l’influence de la souveraine et qui atteint même une dimension internationale. On se demande si Marie-Thérèse n’est pas déjà considérée comme le sommet de l’histoire autrichienne. En tout cas c’est le peintre Meytens qui a célébré avec le plus de talent la souveraine. La période du veuvage fournit un nouveau chapitre à l’iconographie de Marie-Thérèse. Celle-ci a également soigné son image posthume et elle a consacré toute son attention à son sarcophage et à la crypte des Capucins, à Vienne, où elle fut inhumée aux côtés de l’empereur François I er . Elle contribua ainsi au culte des morts qui avait été développé par les Habsbourg au XVIII e siècle. D’une façon générale, les arts plastiques ont largement répandu sa légende, qui fut lancée aussitôt après son décès.

Le bonheur de ses peuples est un des thèmes littéraires qui ont été célébrés de son vivant et dont le sommet fut sans doute la » Thérésiade « de Scheyb de 1746, un poème de 7800 alexandrins dans la tradition de la poésie baroque. Plus moderne est l’éloge de Marie Thérèse par Gottsched (1749) ou plus riche d’avenir apparaît l’hommage que composa en 1762 Joseph von Sonnenfels à la » mère de ses peuples « . Un thème qui revient fréquemment est celui de la » femme forte « et la biographie que lui consacra l’abbé Rautenstrauch en 1782 fut le première du genre.

Le culte de la » mère du peuple « ne cessa de se développer au XIX e siècle et les premières biographies attestent la naissance d’une légende, qui ne cessa de se développer à l’ère Metternich chez des historiens aujourd’hui oubliés. Sous le règne de François-Joseph on assiste à une véritable identification de Marie-Thérèse avec la monarchie autrichienne. Après 1850 l’identité de l’Autriche se construisit comme une grande puissance féminine, d’essence essentiellement culturelle et l’on profita des années de jubilé (en particulier1880, 1917 et 1937) pour développer un véritable culte de la souveraine. La première manifestation fut en 1857 la commémoration à Schönbrunn du centenaire de l’ordre militaire de Marie-Thérèse. Après 1871 et la fondation de l’Empire allemand, la monarchie austro-hongroise, de nature féminine se définit comme » Kulturstaat « , tandis que l’Empire allemand auquel on attribuait une nature virile était considéré comme » Machtstaat « . Marie-Thérèse fut systématiquement considérée comme la » mère de la patrie « , la plus belle incarnation de la grandeur et de la bonté. Après l’échec de l’expérience néo-absolutiste, les libéraux et les conservateurs communièrent dans l’admiration de Marie-Thérèse.

La biographie que lui a consacré l’historien Alfred von Arneth (1819–1897) demeure une œuvre capitale, qui fait encore autorité de nos jours. Arneth a été l’inspirateur de la statue monumentale de la souveraine inaugurée en 1888 qui est située entre les deux grands musées de Vienne (Kunsthistorisches Museum et Naturhistorisches Museum). La statue peut être considérée comme un monument à la gloire de l’ensemble de la dynastie. À l’époque, le culte de Marie-Thérèse s’oppose au culte prussien de Frédéric le Grand et se situe dans la rivalité entre les deux puissances allemandes – formellement alliée depuis 1879. Il sert aussi avec la multiplication des statues en Cisleithanie à développer le culte de l’impératrice d’Autriche.

Après la dissolution de l’Autriche-Hongrie, Marie-Thérèse a été récupérée par la République autrichienne comme symbole d’une Autriche indépendante de l’Allemagne. Les nazis en ont fait une héroïne féminine, modèle de la mère de famille, vertueuse, dévouée à sa famille et à ses sujets, bref incarnant la » femme allemande « de l’idéologie national-socialiste.

La seconde république autrichienne en a fait la magna mater de l’Autriche ressuscitée après 1945 et la considère comme le plus grand souverain de la Maison d’Autriche. En 1951, l’actrice Paula Wessely l’a incarnée dans le film » Maria Theresia – Eine Frau trägt die Krone « qui reprend le thème de la matrone, mal secondée par son époux François Etienne, qui est véritablement le caractère masculin du couple. L’historien conservateur Adam Wandruszka donne une place essentielle à la mère, qui expliquerait son comportement comme chef de famille et comme souverain.

Il faut attendre 2003 pour que l’on ait, avec l’ouvrage collectif » Schwarzbuch der Habsburger « (Livre noir des Habsbourg ) une interprétation différente de la personnalité de Marie-Thérèse et une critique globale du mythe des Habsbourg. Marie-Thérèse est présentée comme une personnalité ambiguë, et pas du tout comme l’héroïne se mesurant avec le méchant Frédéric II.

En dépit de l’intérêt que présente l’ouvrage de Werner Telesko, on peut regretter la mise en page malcommode (pour ne pas dire rétrograde) qui rejette les notes infrapaginales à la fin de l’ouvrage. Finalement avec l’abondante illustration le texte proprement dit ne comporte que 200 pages sur 300 et se contente de longues citations, pas toujours convaincantes, pour présenter une historiographie fort abondante. D’autre part, en dépit d’un titre alléchant, la recherche est moins européenne qu’allemande.

PSJ Metadata
Jean Bérenger
W. Telesko, Maria Theresia (Jean Bérenger)
CC-BY-NC-ND 3.0
Frühe Neuzeit (1500-1789)
Österreich und Liechtenstein
Familiengeschichte, Genealogie, Biographien, Geschichte allgemein
18. Jh.
4043271-3 118577867 4398739-4 4049716-1
1717-1780
Österreich (4043271-3), Maria Theresia Österreich, Erzherzogin (118577867), Herrscherin Motiv (4398739-4), Rezeption (4049716-1)
PDF document telesko_berenger.doc.pdf — PDF document, 110 KB
W. Telesko, Maria Theresia (Jean Bérenger)
In: Francia-Recensio 2012/4 | Frühe Neuzeit - Revolution - Empire (1500-1815)
URL: http://www.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2012-4/FN/telesko_berenger
Veröffentlicht am: 05.12.2012 14:20
Zugriff vom: 18.11.2017 02:02
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