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    V. Syros, Die Rezeption der aristotelischen politischen Philosophie bei Marsilius von Padua (Max Lejbowicz)

    Francia-Recensio 2010/4 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

    Vasileios Syros, Die Rezeption der aristotelischen politischen Philosophie bei Marsilius von Padua. Eine Untersuchung zur ersten Diktion des Defensor pacis , Leiden (Brill) 2007, X–366 S. (Studies in Medieval and Reformation Traditions, 134), ISBN 978-90-04-16874-9, EUR 99,00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Max Lejbowicz, Paris

    Le » Dictionnaire du Moyen Âge 1 « a beau ne pas avoir honoré d’un article Marsile de Padoue, les études consacrées au politologue et médecin padouan continuent à paraître à un rythme soutenu. Un indice parmi d’autres: la bibliographie qui termine l’ouvrage de Vasileios Syros, sans prétendre à l’exhaustivité, s’étend sur pas moins d’une soixantaine de pages imprimées en petits caractères, soit au total un millier de titres! Encore faut-il tenir compte d’une sous-représentation des publications francophones (j’en donne quelques exemples en fin de recension).

    L’auteur propose dans son » Introduction « un schéma géométrique afin d’illustrer le sens qu’il donne à la notion de » réception « mise en avant dans le titre de l’ouvrage. Quatre cercles concentriques entourent un cinquième. Celui-ci symbolise les questions qui se posent à Marsile, ou que Marsile se pose, ainsi que les thèmes que le » Defensor pacis « développe pour répondre à cet ensemble d’interrogations. En s’éloignant du centre, le lecteur rencontre les différents outils sollicités par le livre de Marsile, soit successivement: 1) Les traités aristotéliciens, la » Politique « pour l’essentiel et à un moindre degré l’ » Éthique à Nicomaque « et la » Rhétorique « , mais combinés à Cicéron et au néoplatonisme. 2) Les commentateurs aristotéliciens qu’ont été les théologiens parisiens ainsi que Jean de Jandun et Pierre d’Abano. 3) Au-delà de cette offre de moyens discursifs, l’existence de Marsile se déroule sur un arrière-plan historique; l’éclosion et le développement des villes-États du Nord de l’Italie et plus spécialement de Padoue ont nourri la réflexion politique du Padouan. 4) Des sources possibles ont vraisemblablement marqué Marsile sans que le » Defensor pacis « s’en réclame explicitement: Averroès et, pour une moindre part, al-Farabi, jadis mis en avant dans les études marsilienne, en sont à présent bannis, mais Moïse Maïmonide en fait partie; et si les sources arabophones sont tout de même utilisées par l’auteur, c’est pour mieux souligner l’originalité d’un Marsile qui sépare la morale de la politique.

    Les préliminaires passés, l’ouvrage s’organise en trois parties d’inégale longueur, chacune ayant une thématique fortement typée. La première rappelle sur moins d’une trentaine de pages la biographie de Marsile en abordant successivement les étapes de son existence (Padoue, Paris et, enfin, la cour de Louis de Bavière) et son proche milieu intellectuel (Albertino Mussato, Pierre d’Abano et Jean de Jandun). La deuxième, plus courte que la précédente d’un tiers, s’arrête sur les exigences méthodologiques de la théorie politique de Marsile. C’est sans doute le passage le plus abstrait de tout l’ouvrage. Marsile y est confronté à la téléologie aristotélicienne et au rôle de la cause efficiente dans l’approche génétique des phénomènes politiques.

    La troisième partie est le cœur de l’ouvrage. En plus de cent vingt pages réparties en cinq sections, l’auteur y traite des principes de la théorie politique de Marsile, soit tour à tour: 1) La formation, puis 2) L’organisation de la communauté politique: en ne posant pas à l’origine de la cité un législateur mais un groupe de patresfamilias doté d’une force de conviction, Marsile se démarque d’Aristote pour se rapprocher de Cicéron. 3) La monarchie constitutionnelle, qui est le modèle constitutionnel de Marsile. 4) L’enseignement de la loi, qui est sans doute l’aspect le plus personnel de la pensée de Marsile. Enfin 5) Le gouvernement de la communauté politique. Cette troisième partie se termine sur une mise au point relative aux études marsiliennes, en jetant successivement un regard dans deux directions opposées. Un regard rétrospectif sur ce qui semble acquis: c’est grosso modo un résumé du présent ouvrage. Et un regard prospectif sur les problèmes en suspens: la confrontation détaillée de la traduction de la » Politique « par Guillaume de Moerbeke avec le texte original; l’évaluation plus précise de la connaissance que Marsile a eu de la littérature médicale, qu’il s’agisse du » Concilator « et de l’ » Expositio Problematum Aristotelis « de Pierre d’Abano, du » Canon « d’Avicenne ou des écrits de l’espèce de Maïmonide; l’élucidation plus poussée des liens que Marsile a tissés tant avec le milieu parisien, à propos notamment des » Quaestiones « sur la » Politique « de Pierre d’Auvergne, qu’avec le milieu padouan et plus précisément avec les positions sur la mythologie et la poésie d’Albertini Mussato et avec l’ » Epitoma sapientie « de Geremia da Montagnone 2 .

    Deux appendices enrichissent cet ensemble. L’un reproduit la dizaine de passages du » Defensor pacis « qui recourent aux métaphores biologiques; l’autre, des extraits des statuts communaux de Padoue à partir de l’édition qu’Andrea Gloria en avait donnée il y a plus d’un siècle. Deux index, enfin, terminent l’ouvrage – des auteurs, antiques et médiévaux seulement et, d’autre part, des thèmes et des concepts; ils font de ce livre un excellent outil de référence.

    L’ensemble est solide: chaque assertion importante est avancée en signalant la bibliographie, souvent abondante, qui, sinon la justifie, du moins la prépare; et l’analyse progresse avec une sage lenteur. En dépit de la rigueur que ces pages dégagent, elles ne sont pas toujours exemptes de reproches. L’exemple de Pierre d’Abano, et ses propres études médicales ont pu, certes, inciter Marsile à utiliser la métaphore du corps pour faire comprendre le fonctionnement d’une communauté politique. Une telle métaphore n’en est pas moins un topos largement répandu au Moyen Âge 3 . Seule une étude serrée de l’ensemble de ces textes permettraient de mieux cerner, sur ce point-là, l’originalité de Marsile, et, si originalité il y a, d’en déterminer le degré. D’autre part, le parallèle dressé aux p. 111–114 entre des textes de Marsile et de Maïmonide à propos des actes humains est intéressant; il montre une affinité de penser entre les deux auteurs sur ce thème-là. Il reste que, dans ces passages, Marsile utilise un vocabulaire spécifique, actus immanentes et actus transeuntes , absent de la traduction latine de Maïmonide, alors même que cette terminologie était utilisée dans le florilège aristotélicien en usage à l’université de Paris au XIII e et XIV e siècles 4 . Le détail est savoureux, quand on sait que ce recueil a été précisément attribué à Marsile de Padoue. Lors de l’édition qu’elle en avait donnée, Jacqueline Hamesse avait soutenue cette attribution, sans recourir cependant à la particularité lexicale dont je viens de parler 5 ; mais, vingt ans plus tard, elle l’a rejetée avec de solides arguments 6 . Syros ne fait aucune allusion à cette paternité, ni même aux » Auctoritates Aristotelis « .

    Autre oubli: l’étude de Léo Moulin sur les structures constitutionnelles des ordres religieux, qui, selon l’auteur, ont influencé la philosophie politique de Marsile 7 . Cet aspect majeur de la vie religieuse médiévale aurait pu, me semble-t-il, prendre place dans le troisième cercle du schéma géométrique de l’ » Introduction « et faire l’objet d’une recherche spécifique. Mais la grande oubliée de l’ouvrage reste cependant la papauté du XIV e siècle telle qu’elle se concevait et telle qu’elle voulait s’imposer: une hiérocratie qui voyait dans l’Église » le royaume du pape « . Elle aussi aurait pu s’insérer dans le troisième cercle. Dois-je le rappeler? Cette ecclésiologie papale vigoureusement revendiquée et riche en péripéties hautes en couleurs a suscité la réaction des » antipapalistes modérés « (Jean de Paris, Pierre de la Palu, Durand de Saint-Pourçain, …) et des » contestataires radicaux « , dont Marsile et Guillaume d’Ockham sont les figures de proue. Marsile a sans aucun doute de nombreuses lectures, où la » Politique « d’Aristote occupe une place éminente. Il manifeste aussi une incontestable puissance de réflexion. Bref, il n’a rien d’une tête brûlée. Mais l’étendue de sa culture et la qualité de sa pensée ne l’ont pas empêché de réagir » de façon extrémiste contre l’extrémisme du courant hiérocratique « , selon l’excellente formule d’André Vauchez 8 .

    Ces quelques lacunes ne doivent pas masquer l’intérêt de l’ouvrage sous recension. Par sa connaissance des travaux antérieurs, par sa familiarité avec le » Defensor pacis « et par sa volonté d’une pensée autonome, il marque une heureuse étape dans les études marsiliennes.

    1 Claude Gauvard, Alain de Libera, Michel Zink (dir.), Dictionnaire du Moyen Âge, Paris 2002.

    2 Je signale au passage une excellente étude récemment parue; en comparant les milieux universitaires parisiens et italiens, elle tient plus que son titre le laisse supposer: Emanuele Coccia, Sylvain Piron, Poésie, sciences et politique. Une génération d’intellectuels italiens (1290–1330), dans: Revue de synthèse 129 (2008), p. 551–588.

    3 Laurence Harf-Lancner, Les membres et l’estomac: la fable et son interprétation politique au Moyen Âge, dans: Denis Boutet, Jacques Verger (dir.), Penser le pouvoir au Moyen Âge. Études offertes à Françoise Autrand, Paris 2000, p. 116–126; Philippe Contamine, La société politique comme un corps, dans: Id., Le Moyen Âge. Le roi, l’Église, les grands, le peuple (481–1514), Paris 2002 (Histoire de la France politique), p. 328–335.

    4 Jacqueline Hamesse, Les » Auctoritates Aristotelis « . Un florilège médiéval. Étude historique et édition critique, Louvain, Paris 1974 (Philosophes médiévaux, 17), » Sequuntur auctoritates IX libri Metaphysicae « , p. 133–135, n° 226, avec un renvoi à Thomas d’Aquin, » In Métaphys. « , IX, lect. 8, n° 1862 et 1865, où cependant ce vocabulaire ne se retrouve pas; c’est donc un parallèle entre ces trois auteurs qu’il conviendrait de dresser. Je dois la référence aux » Auctoritates Aristotelis « à l’amitié de Zénon Kaluza, que je remercie vivement.

    5 Ibid., p. 38–43.

    6 Jacqueline Hamesse, Johannes de Fonte, compilateur des » Parvi flores « : le témoignage de plusieurs manuscrits de la Bibliothèque vaticane, dans: Archivum Franciscanum Historicum 88 (1995), p. 515–531.

    7 Léo Moulin, Une source méconnue de la philosophie politique marsilienne: l’organisation constitutionnelle des ordres religieux, dans: Revue française de science politique 33 (1983), p. 5–13.

    8 André Vauchez, L’idée d’Église dans l’Occident latin, dans: Jean-Marie Mayeur, Charles Pietri, André Vauchez, Marc Venard (dir.), Histoire du christianisme des origines à nos jours, Paris 1990, t. 6: Un temps d’épreuves (1274–1449), p. 271–298 (ici p. 280–281), à qui j’emprunte toutes les expressions mises entre guillemets dans ce paragraphe.

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    PSJ Metadata
    Max Lejbowicz
    V. Syros, Die Rezeption der aristotelischen politischen Philosophie bei Marsilius von Padua (Max Lejbowicz)
    CC-BY-NC-ND 3.0
    Hohes Mittelalter (1050-1350), Spätes Mittelalter (1350-1500)
    Italien
    Politikgeschichte
    14. Jh.
    4027833-5 4002917-7 4113937-9 4296770-3 4076226-9
    Italien (4027833-5), Aristotelismus (4002917-7), Hochschulschrift (4113937-9), Defensor pacis (4296770-3), Politische Philosophie (4076226-9)
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    V. Syros, Die Rezeption der aristotelischen politischen Philosophie bei Marsilius von Padua (Max Lejbowicz)
    In: Francia-Recensio 2010/4 | Mittelalter - Moyen Âge (500-1500)
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    Veröffentlicht am: 16.11.2010 11:20
    Zugriff vom: 07.05.2018 20:07
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