Direkt zum Inhalt | Direkt zur Navigation

D. Prudlo, The Martyred Inquisitor (Didier Lett)

Francia-Recensio 2010/4 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

Donald Prudlo, The Martyred Inquisitor. The Life and Cult of Peter of Verona († 1252), Aldershot, Hampshire (Ashgate Publishing Ltd.) 2008, XXII–300 p., 10 ill., 3 maps, ISBN 978-0-7546-6256-X, GBP 60,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Didier Lett, Paris

Le prédicateur et inquisiteur dominicain du XIII e siècle, Pietro Rosini ( Pierre de Vérone), né vers 1205 et mort assassiné le 6 avril 1252, détient un record peu commun dans l’histoire de l’Église: il a été canonisé seulement 337 jours après sa mort, le 9 mars 1253, devançant de peu (pour ne prendre que les contemporains les plus véloces) Antoine de Padoue (352 jours) déclaré saint en 1232 et laisse très loin derrière lui François d’Assise (650 jours), canonisé en 1228. Le saint le plus rapide de l’Ouest ne disposait pas à ce jour d’une étude biographique exhaustive, en dehors de celle du dominicain Antoine Dondaine, vieille d’un demi-siècle et parue sous forme d’article 1 . L’ouvrage de Donald Prudlo vient donc combler très utilement une lacune.

Le titre de l’ouvrage manifeste clairement les tensions à l’œuvre dans la vie et le culte de Pierre puisque ce dernier a été à la fois discrédité en tant qu’inquisiteur (davantage encore au début de l’époque moderne, lorsqu’en 1586 Sixte V l’élève au rang de » prince de la Sainte Inquisition « et le choisit comme saint patron de cette institution) et valorisé à l’extrême par son martyre. L’autre grande originalité de son parcours tient dans le fait qu’il est né dans un milieu cathare pour devenir le chantre et le symbole de la lutte contre les hérétiques.

Dans un premier chapitre, l’auteur s’intéresse à l’origine familiale, la jeunesse et la conversion de Pierre. Né à Vérone au sein d’une famille cathare , comme tous les futurs saints, il entre très tôt en résistance contre sa famille charnelle, récitant très précocement le Credo et, tel Jésus confondant les docteurs du Temple, excellant en joutes oratoires contre son oncle, fervent défenseur des théories dualistes (thème hagiographique du puer senex ). Parti étudier le droit à Bologne, il devient dominicain entre l’été 1219 et l’été 1221 (sans doute en juin 1221). Ordonné prêtre vers 1228–1229, il commence son travail de prédicateur en particulier à Milan. Sa présence est attestée à Côme au milieu des années 1230 où il devient prieur du couvent de cette cité en 1236. C’est dans cette période (vers 1235) qu’il compose un traité contre les hérétiques.

Dans le second chapitre, l’auteur insiste sur le contexte des années 1240 où l’hérésie progresse en Italie en partie à cause de l’instabilité que provoque le conflit entre le pape et l’empereur. Prédicateur infatigable dans la gibeline Florence entre 1240 et 1245, Pierre, de retour à Milan à partir de 1246, se voit confier de très nombreuses » missions pacificatrices « en Émilie-Romagne et dans les Marches jusqu’à la fin de la décennie. C’est dans la cité d’Ambroise qu’il fonde le monastère dominicain de San Pietro in Campo Santo. Le 13 juin 1251, Innocent IV confie à Pierre et à Viviano de Bergame, les charges d’inquisiteurs en Lombardie où l’hérésie semble relativement répandue. C’est dans ce contexte qu’un complot est fomenté contre Pierre à partir de la fin de 1251 qui aboutit, le 6 avril 1252 , le samedi de Pâques, entre Côme et Milan, à son assassinat à coup de serpe et de poignard par un certain Pietro da Balsamo dit Carino.

Le troisième chapitre s’intéresse à la rapidité avec laquelle le culte de Pierre se développe, principalement parce que c’est le pape lui-même, Innocent IV, qui prend l’initiative de sa canonisation. À une époque où le monopole pontifical en matière de canonisation est récent, juste après la mort de Frédéric II, le pontife romain y voit une formidable opportunité pour renforcer son pouvoir et affirmer sa domination, en favorisant Pierre, figure de la lutte contre l’hérésie cathare et contre l’idéologie impériale. Les dominicains ont su, eux aussi, user de leur grande influence montante auprès de la papauté et ont construit très précocement le culte de Pierre en le prêchant à travers le monde chrétien. Ils jouent ainsi un rôle de tout premier plan dans la translation de ses reliques durant l’été 1253 et organisent rapidement son culte au sein de l’ordre, codifiant une liturgie, construisant des églises et érigeant des autels à son nom et faisant de Sant’ Eustorgio, sanctuaire milanais où se trouve sa tombe, un grand lieu de pèlerinage. Sa canonisation est aussi une manière pour le jeune ordre des Prêcheurs du milieu du siècle de se démarquer encore davantage des Franciscains et d’affirmer son identité: prédicateur mais aussi inquisiteur.

Dans le chapitre 4, l’auteur poursuit sa réflexion sur la manière dont le culte de Pierre a été déterminant dans l’affirmation des dominicains qui font de ce saint un véritable symbole de leur ordre en mettant en valeur ses qualités extraordinaires de prêcheur et de traqueur d’hérétiques et en soulignant les fortes analogies entre Pierre et leur fondateur, Dominique, lui aussi lutteur acharné contre les Cathares. Ils vont même jusqu’à faire de Pierre un » nouveau Christ « , lisant ou relisant les épisodes de sa vie comme autant de » remake « de celles de Jésus, de son enfance à son martyre, insistant enfin sur la relation particulière de Pierre avec la Vierge. Cette promotion se réalise surtout à travers la prédication mendiante qui, comme l’a bien montré David D’Avray, doit être considérée comme une force sociale aussi importante que les mass media modernes 2 .

Dans le chapitre 5 enfin, l’auteur décrit la manière dont le culte s’est répandu dans les villes du Nord et du centre de l’Italie (Milan et Vérone mais aussi Padoue, Pise, Pesaro, etc.) dans le cadre de le religion civique de l’Italie communale, en particulier par le biais des confréries dont Pierre devient le saint patron et par le biais des reliques et des miracles (on attribue à Pierre 83 prodiges au XIII e siècle et 68 au XIV e siècle).

Comme on peut donc le constater à travers ce résumé succinct, l’ouvrage de Donald Prudlo offre une synthèse très complète à la fois sur la vie et sur le culte de Pierre de Vérone toujours minutieusement replacés dans un contexte historique très précis. J’émettrai juste deux regrets. D’une part, on peut déplorer l’absence de critique de ce qu’est l’hérésie au milieu du XIII e siècle, notion si fondamentale dans la vie et le culte de Pierre. L’historiographie récente a produit sur ce thème des travaux critiques de toute première importance permettant en particulier de montrer la manière dont l’Église a pu » inventer l’hérésie « et la faire exister et de dégager les implications sociales et politiques de cette invention 3 . D’autre part, il est vraiment dommage de présenter les principaux documents qui ont permis de construire ce livre en annexes (Appendice A) car ce parti-pris pose clairement le problème du statut que l’historien accorde à la source: réservoir d’informations ou seule réalité historique à sa disposition? La riche documentation est en effet composée d’une très grande variété de textes, de nature et à la finalité très diverses, rédigés à des époques très différentes. On y trouve la bulle de canonisation du pape Innocent IV, la vita fratrum de Gérard de Frachet commandée par les dominicains en 1254 et 1255 et achevée avant 1260, la vita de Tommaso Agni de Lentino (vers 1270), une notice conséquente contenue dans la » Légende dorée « , une lettre de Pierre lui-même, un traité (une somme contre les hérétiques) datant de 1235 environ (dont l’attribution a posé longtemps problème mais que l’auteur, en suivant Dondaine, attribue à Pierre), deux témoignages produits lors du procès inquisitoire de 1252 déclenché à la suite de l’assassinat de Pierre, une série de miracles compilés tardivement sur l’ordre du maître général des dominicains, Bérenger (entre 1314 et 1316), un légendier de Pierre Calo composé entre 1323 et 1340 et, enfin, une chronique de Galvano Fiamma datée de 1344 (en Appendice B, l’auteur publie très utilement en traduction anglaise quelques unes de ces sources). Ce corpus si hétéroclite (hagiographique, épistolaire, administratif, littéraire, etc.) qui a permis à l’auteur d’élaborer cette biographie, se déploie sur plus d’un siècle dans des contextes culturels, politiques et sociaux extrêmement variés. Ces documents, dont très peu finalement sont contemporains de la vie de Pierre, ont eux aussi une histoire. Ils sont le fruit de travaux d’écriture et de réécriture et souvent de manipulation. Le lecteur aurait aimé en savoir davantage sur la manière dont ont été construites ces » sources « . Ainsi, les récits de miracles, édités par l’auteur en annexes, qui proviennent des Acta Sanctorum , ont été rédigés entre 1252 et 1500 et la majeure partie provient des compilations de Tommaso Agni (1270) et du légendier de Pietro Calo (1340). On aurait aimé savoir comment ont été récoltés, sélectionnés, recopiés et réécrits ces récits ainsi que le lien qu’ils entretiennent avec le procès de canonisation qui, lui, a eu lieu en 1253. Sans tenir compte de ce contexte » scripturaire « , on ne peut conclure avec l’auteur que » la reconnaissance de la sainteté à cette époque était spontanée et populaire, surtout en Italie « (p. 80), assertion qui mériterait sans doute d’être davantage vérifiée.

Cela étant dit, on ne peut que conseiller la lecture de cette belle biographie de Pierre de Vérone, figure si riche et contradictoire: saint inquisiteur et martyre persécuteur; saint anti-impérial et anti-hérétique.

1 Antoine Dondaine, O. P., Saint Pierre Martyr, dans: Archivum Fratrum Praedicatorum 23 (1953), p. 67–150.

2 David d’Avray, Medieval Marriage Sermons. Mass Communication in a Culture without Print, New York, Oxford 2001; Id., Medieval Marriage. Symbolism and Society, New York, Oxford 2005.

3 Pour ne pas alourdir cette note, on renverra uniquement à Monique Zerner (dir.), Inventer l’hérésie. Discours polémiques et pouvoirs avant l’Inquisition, Nice 1998.

Lizenzhinweis: Dieser Beitrag unterliegt der Creative-Commons-Lizenz Namensnennung-Keine kommerzielle Nutzung-Keine Bearbeitung (CC-BY-NC-ND), darf also unter diesen Bedingungen elektronisch benutzt, übermittelt, ausgedruckt und zum Download bereitgestellt werden. Den Text der Lizenz erreichen Sie hier: http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/de

PSJ Metadata
Didier Lett
D. Prudlo, The Martyred Inquisitor (Didier Lett)
CC-BY-NC-ND 3.0
Hohes Mittelalter (1050-1350)
Italien
Kirchen- und Religionsgeschichte
13. Jh.
4027833-5 118740504 4006804-3 4187640-4
Italien (4027833-5), Petrus Martyr (118740504), Biografie (4006804-3), Verehrung (4187640-4)
PDF document prudlo_lett.doc.pdf — PDF document, 140 KB
D. Prudlo, The Martyred Inquisitor (Didier Lett)
In: Francia-Recensio 2010/4 | Mittelalter - Moyen Âge (500-1500)
URL: http://www.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2010-4/MA/prudlo_lett
Veröffentlicht am: 16.11.2010 11:10
Zugriff vom: 07.05.2018 19:45
abgelegt unter: