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J. Birkenmeier, Via regia (Jean Bérenger)

Francia-Recensio 2010/4 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

Jochen Birkenmeier, Via regia. Religiöse Haltung und Konfessionspolitik Kaiser Maximilians II (1527–1576), Berlin (dissertation.de) 2008, 298 S., ISBN 978–3-86624-250-0, EUR 43,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Jean Bérenger, Paris

L’ouvrage de Jochen Birkenmeier est basé sur sa thèse de doctorat soutenue en 2005 devant la Freie Universität de Berlin. Il apporte un éclairage neuf sur la religiosité de l’empereur Maximilien II, qui a été caractérisée un peu rapidement par l’historiographie traditionnelle, à la suite de Victor Bibl, comme un souverain »énigmatique«, alors qu’il a cherché à vivre selon sa conscience et à réconcilier les chrétiens déchirés par leurs conceptions religieuses.

L’examen de sources inédites – la correspondance de Maximilien avec les ducs de Wurtemberg et de Bavière, les électeurs de Saxe et de Brandebourg, les rapports de l’envoyé saxon à la cour de Vienne – ainsi que les documents déjà publiés comme les rapports des ambassadeurs vénitiens, lui a permis de comprendre les positions originales de Maximilien. Ces textes montrent que, si celui-ci a penché sans beaucoup d’hésitation du côté de la réforme luthérienne, il s’inscrit surtout dans un courant majeur du XVI e siècle qui a disparu fort lentement avec les progrès de la »confessionnalisation«. On peut l’appeler courant érasmien au début, puis via media ou comme dans le cas qui nous intéresse via regia , même lorsque les décrets du concile de Trente eurent durci les positions de part et d’autre.

Né en 1527, l’archiduc Maximilien n’a jamais rompu avec l’Église romaine, mais il a été influencé par le catholicisme fortement teinté d’humanisme qui régnait à la cour de Vienne, où il a été influencé par son prédicateur particulier Sébastien Pfauzer. Celui-ci lui fit connaître les écrits de Luther et de Melanchthon, mais lui inspira un sentiment de profonde hostilité à l’égard de Zwingli, de Calvin et de tous les »sectaires«, qu’on ne devait tolérer en aucun cas. En revanche, Maximilien a bien vite pris ses distances par rapport à son oncle et beau-père Charles-Quint et surtout par rapport à son cousin Philippe II. Un séjour en Espagne en 1548 l’a définitivement brouillé avec la conception espagnole du pouvoir et du catholicisme, mais ses rapports avec son épouse semblent avoir été excellents. Les relations avec son père, l’empereur Ferdinand ont été d’autant plus difficiles que celui-ci ne cachait pas une nette préférence pour son fils puîné l’archiduc Ferdinand, auquel il confia le gouvernement de la Bohême bien que Maximilien ait été élu et couronné roi.

L’ouvrage est divisé en trois parties: la formation de la personnalité de Maximilien sur le plan confessionnel, l’analyse de ses positions originales dans ce domaine, enfin la politique qu’il a menée durant son règne comme empereur romain germanique de 1564 à sa mort prématurée en 1576.

Décisive paraît avoir été la confrontation avec le cardinal Hosius, évêque de Warmie envoyé tout spécialement par le pape en 1560 pour regagner Maximilien aux vues de l’Élise romaine, car le jeune prince aurait refusé de discuter avec les jésuites en général et Canisius qu’il détestait. Les entretiens durèrent plus d’un an et Maximilien resta ferme sur ses positions tout en témoignant sa fidélité à Rome, ce qui rassura le Saint-Siège. D’ailleurs, les électeurs protestants lui conseillèrent une attitude souple car ils préféraient un empereur officiellement catholique disposé à appliquer la paix d’Augsbourg, plutôt qu’un souverain ouvertement luthérien qui aurait été rejeté par ses sujets catholiques. La via media était donc une voie royale, utile au temps de guerres de religion, pour préserver la paix en Allemagne. Mais il resta ferme sur ses positions personnelles et au moment de sa mort en dépit des pressions affectueuses de son épouse et de sa sœur Anne, duchesse de Bavière, il refusa de se confesser et de recevoir les derniers sacrements.

Dans une seconde partie, l’auteur étudie avec beaucoup de finesse les positions de Maximilien II. Il montre l’importance de certaines personnalités de son entourage, en particulier de Lazare Schwendi, qui est surtout connu comme défenseur de la frontière hongroise contre les Turcs, comme conseiller militaire de l’empereur et comme … promoteur du vin de Tokay en Alsace. Schwendi, dans deux mémoires de 1570 et de 1574, lui conseillait de se méfier du pape Pie V et de Philippe II, dont l’intransigeance avait provoqué des catastrophes en France et aux Pays-Bas. Pour Schwendi, l’histoire de l’Église romaine n’était qu’un long abandon des enseignements des premiers conciles œcuméniques et il plaidait pour une nécessaire réforme à l’intérieur de l’église catholique. Maximilien croyait à la justification par la foi, l’existence de deux sacrements, une dévotion christocentrique rejetant le culte de la Vierge, des Saints et des reliques. Il croyait à la liberté de conscience mais aussi à la dissimulation nécessaire pour protéger l’individu en ces temps troublés. Lui-même a eu le sentiment d’avoir été dans sa jeunesse l’objet de tentatives d’empoisonnement de la part du parti ultra catholique, auxquelles il attribuait sa santé chancelante. La via media était donc l’adhésion à de nombreux enseignements de Luther tout en restant fidèle à l’Église romaine et en souhaitant le retour aux pratiques et aux enseignements d’une Église catholique (c’est-à-dire universelle) idéalisée.

Dans une troisième partie, l’auteur évoque la politique confessionnelle de Maximilien et nous montre comment l’empereur n’a pu, dans une conjoncture particulièrement troublée réaliser son idéal de réconciliation des chrétiens et de réunification des Églises séparées. Pie V était hostile aux dispositions de l’intérim d’Augsbourg de 1548 (mariage des prêtres et communion sous les deux espèces). Maximilien avait besoin de l’aide pontificale dans la lutte contre les Turcs en Hongrie (guerre de 1566) comme du soutien des États de Basse-Autriche. Une tentative de médiation en France entre catholiques et huguenots se solda par un échec dans l’Empire. En effet, il redoutait d’être débordé par les réformés, qu’il considérait comme » dangereux révolutionnaires « ; il parvint à négocier un compromis avec les États protestants de Basse-Autriche, ce qui suscita l’ire de la curie.

Finalement la via regia se définit comme le respect de la paix d’Augsbourg de 1555 en Allemagne et d’une manière générale de la confession officiellement reconnue dans chaque État, quitte à suivre sa conscience. Dans son cas personnel le signe visible du refus du diktat de l’Église romaine fut la pratique de la communion sous les deux espèces, à laquelle il demeura attaché contre vents et marées de même qu’il souhaitait la réunification des Églises en Allemagne. Pour éviter tout scandale, il évita de communier en public et avec l’accord du pape, ne le fit que dans ses appartements privés. Si ses rêves de réunification des Églises ne purent se réaliser, il veilla cependant à l’application de la paix d’Augsbourg, dont il étendit les dispositions à la Basse-Autriche.

La thèse de Jochen Birkenmeier est un ouvrage important, qui se lit bien et qui montre que la confessionnalisation est un phénomène assez tardif, qui a pendant longtemps rencontré la résistance d’hommes de foi qui avaient la nostalgie de l’unité perdue de la chrétienté latine. Elle attribue l’échec relatif de Maximilien II à Philippe II et à Pie V qui ne songeaient à atteindre ce but qu’en utilisant la violence.

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PSJ Metadata
Jean Bérenger
J. Birkenmeier, Via regia (Jean Bérenger)
CC-BY-NC-ND 3.0
Frühe Neuzeit (1500-1789)
Deutschland / Mitteleuropa allgemein
Kirchen- und Religionsgeschichte
16. Jh.
4015701-5 11857938X 4030745-1 4032065-0 4138014-9
Europa (4015701-5), Maximilian II., Heiliges Römisches Reich, Kaiser (11857938X), Kirchenpolitik (4030745-1), Konfession (4032065-0), Religiöse Entwicklung (4138014-9)
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J. Birkenmeier, Via regia (Jean Bérenger)
In: Francia-Recensio 2010/4 | Frühe Neuzeit - Revolution - Empire (1500-1815)
URL: http://www.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2010-4/FN/birkenmeier_berenger
Veröffentlicht am: 19.11.2010 14:20
Zugriff vom: 07.05.2018 21:02
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