Thomas Nipperdey (1927-1992), von Roger Dufraisse
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Autor / Rezensent Dufraisse, Roger
Titel Untertitel Institut BSB digitale Bibliothek http://francia.digitale-sammlungen.de/Blatt_bsb00016355,00341.html Seiten 329-337 BSB Band-ID bsb00016355 BSB Seiten Anfang 00341 BSB Seiten Ende 00349 Lizenz DDC-BSB Geo-SW DDC-BSB Sach-SW DDC-BSB Zeit-SW Zeit-SW Geo-SW (GKD) Sachschlagwort (SWD) Personenschlagwort (PND) Fachgebiet OCR-Text Nekrolog Thomas Nipperdey (27.10.1927-14.6.1992)* Une très vive émotion s'empara de la communauté des historiens allemands lorsqu'elle apprit la mort de Thomas Nipperdey, survenue le 14 juin 1992 après une longue et cruelle maladie supportée avec stoïcisme. Tout de suite, les voix les plus autorisées s'élevèrent pour rendre à l'homme et à son uvre l'hommage qu'ils méritaient. En France, l'uvre de Thomas Nipperdey n'est peut-être pas aussi connue qu'elle le mériterait, encore que le volume de la Nouvelle Clio consacré à l'Allemagne contemporaine 1815-1990, lui rende un hommage amplement mérité.2 A ce jour, seuls ont été traduits en français ses Nachdenken über die deutsche Geschichte.3 Nipperdey déplorait de ne pas pouvoir parler le français. Je puis personnellement témoigner que rien de ce qui touchait la France le laissait indifférent. C'est d'ailleurs chez le consul général de France à Munich que j'avais fait sa connaissance et c'est lors de la réception offerte par ce diplomate pour la célébration du 14 juillet 1988 que je devais le rencontrer, sans savoir que cela devait être pour la dernière fois. Il connaissait parfaitement non seulement l'histoire de France, mais encore l'uvre de ses grands historiens et il n'ignorait rien des tendances les plus récentes de l'historiographie française. Thomas Nipperdey était né en 1927 à Cologne dans une famille profondément ancrée dans la bourgeoisie cultivée. Son père, Hans-Carl Nipperdey était un juriste renommé, spécialiste du droit du travail qui devait devenir le premier président du tribunal fédéral des prud'hom¬ mes (Bundesarbeitsgericht), instance suprême d'appel pour les conflits du travail de la République fédérale. Comme tous les jeunes Allemands, et comme beaucoup d'Européens de son âge, Thomas Nipperdey fut pris dans le tourbillon des épreuves de la guerre. Trop jeune * Je remercie Madame Nipperdey et mon excellent ami le Professeur Eberhard Weis pour les renseigne¬ ments qu'ils m'ont donnés et qui m'ont permis de rédiger la présente notice. 1 Parmi tous ces éloges, on retiendra particulièrement: Christian Meier, Ein großer deutscher Historiker. Zum Tode von Thomas Nipperdey, Neue Züricher Zeitung, 17.6.1992; Michael Birnbaum, Geschichtsschreibung muß gerecht sein. Zum Tode des Historikers Thomas Nipperdey, Süddeutsche Zeitung, 16.6.1992; Gerhard A. Ritter, Thomas Nipperdey, 27.10.1927-14.6.1992, Jahrbuch der Bayerischen Akademie der Wissenschaften 1992, S. 243-247; Horst Möller, Bewahrung und Moder¬ nität. Zum historiographischen Werk von Thomas Nipperdey, Vierteljahrshefte für Zeitgeschichte 40 (1992) S. 469-482; Wolfgang J. Mommsen, Die vielen Gesichter der Clio. Zum Tode Thomas Nipper- deys, Geschichte und Gesellschaft 19 (1993) S. 408-423; Lothar Gall, Die Gegenwart der Vergangen¬ heit. Zum Lebenswerk von Thomas Nipperdey, München 1992 (Schriften des Historischen Kollegs, Dokumentationen, 10) S. 23-32. On ne saurait oublier le volume Deutschlands Weg in die Moderne: Politik, Gesellschaft und Kultur im 19. Jahrhundert, hg. von Wolf gang Hardtwig und Harm-Heinrich Brandt, München 1993, 274 p. [In memoriam Thomas Nipperdey]. 2 François-Georges Dreyfus, L'Allemagne contemporaine 1815-1990, Paris (PUF) 1991 (Collection Nouvelle Clio) p. 280, 281, 285. 3 Sous le titre Réflexions sur l'histoire allemande, Paris (Gallimard) 1992, 358 p. (Bibliothèque des histoires). Cet ouvrage est la traduction française d'études rassemblées sous le titre de Nachdenken über die deutsche Geschichte, München 1986, 224 p., auxquelles l'éditeur français a ajouté la traduction d'un inédit, à l'époque de la publication en France, de Thomas Nipperdey, Nachgedanken, 1990. 330 Nekrolog pour être incorporé dans l'armée, il n'en dut pas moins, à la fin de la guerre, servir comme auxiliaire dans la défense contre les avions. En 1946, il obtient son baccalauriat et commence ses études universitaires d'histoire et de philosophie qui le conduiront, successivement, à Cologne, à Göttingen, puis à Cambridge, en Angleterre. C'est avec une dissertation de philosophie consacrée à Hegel qu'il obtiendra le grade de docteur en 1953.4 Sous l'influence de Theodor Schieder, il choisit de s'engager dans le métier d'historien. D'abord boursier de la Kommission für Geschichte des Parlamentarismus und der politischen Parteien (1954-1957), puis assistant de recherche au Max-Planck-Institut für Geschichte de Göttingen (1957-1963), il obtient son habilitation à Göttingen en 1961 avec une étude sur l'organisation des partis politiques avant 1918.6 En 1962, il assura une suppléance dans une chaire d'histoire à Göttingen. De 1963 à 1967, il enseigna, à l'université technique de Karlsruhe, dans une chaire d'histoire qu'avait occupée Franz Schnabel avant d'être suspendu par le régime nazi. En 1967, il est sollicité par la nouvelle université de la Ruhr à Bochum et par l'université libre de Berlin. Il se décide pour cette dernière où, au Friedrich-Meinecke-Institut, il va occuper la chaire qui fut celle de Hans Herzfeld. Durant l'année mouvementée 1968-1969, ses collègues lui confient le décanat de la Faculté de philosophie. En 1971, il est nommé dans une chaire d'histoire - qui fut également celle de Schnabel - à l'université de Munich, après avoir décliné les offres de service des universités de Hambourg, Kiel et Cologne. Membre du Sénat de l'université de Munich (1973-1975), il est porté au décanat de la Faculté de Philosophie, d'Histoire et des sciences artistiques de Munich (1979-1981). En 1980, il décline l'offre qui lui est faite de la succession de Werner Conze à Heidelberg. Si l'on compte bien, l'on s'aperçoit qu'en dehors de celles dans lesquelles il a enseigné, cinq autres universités allemandes se sont disputé l'honneur de le compter parmi leurs professeurs. Ses mérites lui ont valu, entre autres distinctions d'être élu, en 1990, à la section d'histoire de l'Académie des Sciences de Bavière, de recevoir le prix d'Histoire de la ville de Münster et, surtout, de se voir décerner la plus haute distinction qui puisse honorer un historien allemand, le Deutscher Historiker Preis de la fondation Historisches Kolleg qui lui fut décerné peu avant sa mort en 1992.7 La confiance de ses collègues l'appela aussi à siéger dans de nombeux organismes consacrés à la recherche historique: Arbeitskreis für moderne Sozialgeschichte, Historische Kommission zu Berlin, Kommission für Geschichte des Parlamentarismus und der politischen Parteien, Bonn, et d'être membre du conseil scientifique de l'Institut historique allemand de Washington, de l'Institut für Zeitgeschichte de Munich,8 du Militärgeschichtli¬ ches Forschungsamt de Fribourg en Br. 4 Positivität und Christentum in Hegels Jugendschriften, phil. Diss. Köln 1953, 174 p. On se permettra d'attirer l'attention du lecteur sur l'ouvrage: Thomas Nipperdey. Bibliographie seiner Veröffentli¬ chungen 1953-1992, mit einem Vorwort von Lothar Gall, hg. von Hermann Holzbauer, München 1993, XI-93 p. On y trouvera la liste des écrits de Thomas Nipperdey: livres, articles, comtpes-rendus, éditions d'ouvrages collectifs, ainsi que la liste des dissertations et des habilitations qu'il a dirigées. 5 Theodor Schieder fut non seulement un très grand historien, mais encore un incomparable éveilleur de vocations. On n'en finirait pas de dresser la liste des grands historiens allemands qui furent ses élèves. Sur lui, Lothar Gall, Theodor Schieder 1908-1984, München 1987 (Schriften des Historischen Kollegs, Dokumentationen, 2) p. 42-65. 6 Thomas Nipperdey, Die Organisation der deutschen Parteien vor 1918, Düsseldorf 1961, 454 p. (Beiträge zur Geschichte des Parlamentarismus und der politischen Parteien, 18). 7 Madame Nipperdey reçut ce prix, peu après la mort de son mari, des mains du Président de la République fédérale d'Allemagne, le 19 novembre 1992, au cours d'une émouvante cérémonie. Il revint à Lothar Gall de faire l'éloge post mortem du lauréat dans un discours d'une très haute tenue, cf. Lothar Gall, Zum Lebenswerk von Thomas Nipperdey, dans Nipperdey. Bibliographie (voir n. 4) p. 1-12. 8 Aujourd'hui, cet institut est dirigé par un élève de Nipperdey, Horst Möller, ancien directeur de l'Institut historique allemand de Paris. Nekrolog 331 Sa réputation avait très vite franchi les frontières de l'Allemagne. Il était apprécié à l'étranger et, notamment, aux Etats-Unis. Cela lui a valu d'être associé comme chercheur au célèbre Institute for Advanced Study de Princeton à trois reprises (1970-71, 1978-79, 1989), ainsi qu'au Center for Advanced Study in the Behavioral Sciences de Stanford, d'exercer comme professeur associé au St. Anthony's College d'Oxford, d'être élu, à titre étranger, membre de l'American Academy of Arts and Sciences. Il donna également des conférences dans les deux Amériques, au Japon, en Inde, en Australie, en Nouvelle-Zélande et dans de nombreux pays de la vieille Europe. Ce qui caractérise ses travaux, c'est la manière dont il sait mettre au service de l'histoire, sous ces multiples facettes, tout ce que peuvent lui apporter les méthodes et aussi les acquis des sciences humaines voisines comme la philosophie, la sociologie, la politologie, les sciences de l'éducation. Sa première uvre proprement historique, sa thèse d'habilitation de 1961,10 fut tout de suite accueillie comme un exemple et comme un stimulant pour son analyse de la manière dont, au cours du XIXe siècle, se sont, peu à peu, constitués les partis politiques et comment, à l'intérieur de ceux-ci, se sont instaurés les organismes d'élaboration des pro¬ grammes et de décision. Par la suite, Nipperdey, comme l'y poussaient sa largeur de vues, sa faculté de compréhen¬ sion du passé et sa vaste culture, s'engagea dans trois domaines: l'époque de la Réforme, l'histoire de l'Allemagne aux XIXe et XXe siècles, la théorie de l'histoire et l'étude des tendances et des courants de l'historiographie contemporaine. Cela lui permit d'aborder ainsi des thèmes aussi divers que Luther,11 Thomas Morus 2 et Thomas Müntzer.13 Le XVIe siècle l'attirait parce qu'il voyait en lui une de ces périodes de rupture dans l'histoire des idées, riches de conséquences dans la formation de la modernité, comme il devait le souligner dans son recueil d'études: Reformation, Revolution, Utopie. Studien zum 16. Jahrhundert.14 9 II m'a été donné de le vérifier personnellement à l'Ecole pratique des Hautes Etudes: les étudiants américains qui fréquentaient mon séminaire connaissaient tous l'oeuvre de Nipperdey et, en particulier, sa Deutsche Geschichte 1800-1866, sur le bout du doigt. 10 Cette habilitation (voir n. 6) avait été présentée en 1961. Avant qu'elle ne paraisse en librairie, Nipperdey avait publié quatre études sur l'histoire des organisations politiques en Allemagne. On en trouvera la liste dans Nipperdey, Bibliographie (voir n. 4) p. 17-18 (sous les numéros 2, 3, 6). 11 Luther und die Bildung der Deutschen, dans Luther und die Folgen: Beiträge zur sozialgeschichtlichen Bedeutung der lutherischen Reformation, sous la dir. de Harmut Löwe, München 1983, p. 13-27. Die protestantische Unruhe: Luther und die Bildung der Deutschen, dans Martin Luther und die Bildung der Deutschen, Bonn 1983, p. 7-24. Sous le même titre, une étude a paru dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung du 19.3.1983, Beilage Bilder und Zeiten, p. 1-2. Luther und die moderne Welt, dans Geschichte in Wissenschaft und Unterricht 36 (1985) p. 808-813. Sur des sujets liés à Luther, Nipperdey a publié également: Bauernkrieg, dans Sowjetsystem und demokratische Gesellschaft. Eine vergleichende Enzyklopädie, sous la dir. de C.D. Kernig, Freiburg 1966, Bd. I, p. 611-627. Die Reformation als Problem der marxistischen Geschichtswissenschaft, dans Wissenschaft in kommuni¬ stischen Ländern, sous la dir. de Dietrich Geyer, Tübingen 1967, p. 228-258. Bauernkrieg, dans Der deutsche Bauernkrieg von 1525, sous la dir. de Peter Blickle, Darmstadt 1985 (Wege der Forschung, 460) p. 78-109. 12 Die Utopia des Thomas Morus und der Beginn der Neuzeit, dans Die moderne Demokratie und ihr Recht: Festschrift für Gerhard Leibholz zum 65. Geburtstag, hg. von Karl Dietrich Bracher, Tübingen 1966, p. 343-368. Thomas Morus, dans Klassiker des politischen Denkens, hg. von Hans Meier, München 1968, Bd. 1, p. 222-244, Überarb. Aufl. München 1986, Bd. 1, p. 181-198 et p. 345-348. 13 Theologie und Revolution bei Thomas Müntzer, dans Archiv für Reformationsgeschichte 54 (1963) p. 145-187; Erweiterter Neudruck dans Wirkungen der deutschen Reformation bis 1955, hg. von Walther Hubatsch, Darmstadt 1967 (Wege der Forschung, 203) p. 236-285. 14 Göttingen 1975, 146 p. 332 Nekrolog Ses études sur l'histoire de l'Allemagne aux XIXe et XXe siècles eurent également un grand retentissement. Certaines lui permirent d'approfondir ses recherches dans le domaine qui avait été celui de son habilitation c'est-à-dire l'histoire des partis politiques,l celle du mouvement associatif allemand pris dans son ensemble et celle des groupes de pression.16 II aborda aussi des thèmes tout à fait nouveaux comme l'expression du sentiment national allemand à travers ses monuments symboliques.17 Dans le milieu des années 1970, dans la voie ouverte par Franz Schnabel, il commença à écrire cette monumentale synthèse que constitue son Histoire de l'Allemagne au XIXe siècle, dont le premier tome devait paraître en 1983 et le dernier, écrit au prix d'une course de vitesse entreprise contre la maladie implacable qui le minait, peu avant sa mort en 1992.18 En tête du premier volume, il a volontairement placé la formule quelque peu provocatrice « Am Anfang war Napoleon« parce qu'elle fait penser inévitablement à »Am Anfang war das Wort« et à 15 Voir par exemple: Die Organisation der bürgerlichen Parteien in Deutschland vor 1918, dans Historische Zeitschrift 185 (1958) p. 550-602; Über einige Grundzüge der deutschen Parteigeschichte, dans Festschrift für Hans-Carl Nipperdey zum 70. Gebunstage, 21.1.1965, hg. von Rolf Ditz, München 1965, Bd. 2, p. 815-841; Grundprobleme der deutschen Parteigeschichte im 19. Jahrhundert, dans Beiträge zur deutschen und belgischen Verfassungsgeschichte im 19. Jahrhundert, hg. von Werner Conze, Stuttgart 1967, p. 147-169; Grundprobleme der deutschen Parteigeschichte im 19. Jahrhundert, dans Deutsche Parteien vor 1918, hg. von Gerhard A. Ritter, Köln 1973 (Neue wissenschaftliche Bibliothek, Geschichte, 61) p. 32-55; Die Organisation der bürgerlichen Parteien in Deutschland, dans ibid. p. 100-119; Über einige Grundzüge der deutschen Parteigeschichte, dans Moderne deutsche Verfassungsgeschichte 1815-1918, hg. von Ernst-Wolfgang Böckenförde, 2. veränd. Aufl. Königstein/Ts. 1991 (Neue wissenschaftliche Bibliothek, Geschichte, 51) p. 274-294; Christliche Parteien und Öffentlichkeit, dans Kommunikation im Wandel der Gesellschaft. Otto B. Rögele zum 60. Geburtstag, hg. von Erhard Schreiber, Düsseldorf 1980 (Journalismus, Neue Folge, 15) p. 233-247. 16 Die deutsche Landbevölkerung und die Politik: 1918-1933. Zum Aufstieg des Nationalsozialismus in Schleswig-Holstein, dans Neue politische Literatur 9 (1964) p. 389-399; Interessenverbände und Parteien in Deutschland vor dem Ersten Weltkrieg, dans Moderne deutsche Sozialgeschichte, hg. von Hans-Ulrich Wehler, Köln 1966 (Neue wissenschaftliche Bibliothek, Geschichte, 10) p. 369-399, 540-541; Verein als soziale Struktur in Deutschland im späten 18. und frühen 19. Jahrhundert, dans Beiträge zur Geschichte historischer Forschung in Deutschland, hg. von Hartmut Boockmann, Göttingen 1972 (Veröffentlichungen des Max-Planck-Instituts für Geschichte, 1) p. 1-44; Nationalis¬ mus im 20. Jahrhundert, dans Vom Staat des Ancien Regime zum modernen Parteienstaat. Festschrift für Theodor Schieder, hg. von Helmut Berding, München 1978, p. 385-404; Organisierter Kapitalis¬ mus? Verbände und die Krise des Kaiserreichs, dans Geschichte und Gesellschaft 5 (1979) p. 418-433. 17 Nationalidee und Nationaldenkmal in Deutschland im 19. Jahrhundert, dans Historische Zeitschrift 206 (1968) p. 529-585; Hermannsdenkmal und nationale Tradition, dans Heimatland Lippe 68 (1975); Zum Jubiläum des Hermannsdenkmals, dans Ein Jahrhundert Hermannsdenkmal: 1875-1975, hg. anläßlich der 100jährigen Wiederkehr der Einweihung des Hermannsdenkmals von Günther Engel¬ bert, Detmold 1975 (Sonderveröffentlichungen des Naturwissenschaftlichen und Historischen Ver¬ eins für das Land Lippe, 223) p. 11-31; Kirchen als Nationaldenkmal, dans Festschrift für Otto von Simon zum 65. Geburtstag, hg. von Lucius Griesbach, Frankfurt/M. 1977, p. 412-431; National¬ denkmäler und wir, dans Süddeutsche Zeitung, Nr.173 vom 19.10.1977, p. 79; Kirche und National¬ denkmal: Der Kölner Dom in den 40er Jahren, dans Staat und Gesellschaft im politischen Wandel: Beiträge zur Geschichte der modernen Welt, hg. von Werner Pols, Stuttgart 1979, p. 175-202; Der Kölner Dom als Nationaldenkmal: Hermann Heimpel zum 19. September 1981, dans Historische Zeitschrift 233 (1981) p. 595-613; Der Kölner Dom als Nationaldenkmal, dans Religion - Kunst - Vaterland: Der Kölner Dom im 19. Jahrhundert, hg. von Otto Dann, Köln 1983, p. 109-120. 18 Deutsche Geschichte 1800-1866. Bürgerwelt und starker Staat, München 1983, 838 p.; 5. durchges. Aufl. 1987; Deutsche Geschichte 1866-1918, Bd. 1, Arbeitswelt und Bürgergeist, München 1990, 885 p.; 2. Aufl. 1991; Deutsche Geschichte 1866-1918, Bd. 2, Machtstaat vor der Demokratie, München 1992, 948 p. Les deux premiers volumes ont été traduits en anglais: Germany from Napoleon to Bismarck, Vol. 1: Germany 1800-1848, Vol. 2: Germany 1848-1866, Dublin 1993. Nekrolog 333 »Am Anfang war die Tat«. Il voulait simplement rappeler le rôle joué par la domination napoléonienne dans la genèse de l'Allemagne du XIXe siècle et non donner à penser qu'il croyait que celle-ci était redevable de tout à Napoléon. Dans ce chef d'oeuvre - le mot n'est pas trop fort - Nipperdey allait montrer qu'à ses yeux toutes les formes d'histoire étaient égales en dignité et qu'il n'entendait pas en privilégier une aux dépens des autres, car tous les aspects du passé méritent de retenir l'attention des historiens, bref qu'il était capable de briser les frontières que trop de ces derniers se plaisaient à édifier ( entre les différentes formes de l'histoire. Il a montré que le spécialiste de l'histoire des idées qu'il était incontestablement ne méprisait nullement celle des phénomènes économiques, sociaux, culturels, mieux même qu'il connaissait leurs travaux et savait en extraire ce qu'ils avaient de meilleur. Michelet disait volontiers que l'histoire était résurrection. Je ne sais si Thomas Nipperdey avait cette formule en tête lorsqu'il entreprit de rédiger son ouvrage, mais il est sûr qu'il a su ressusciter le passé de l'Allemagne du XIXe siècle dans sa totalité. A côté de la politique, il a su faire revivre l'éco¬ nomie et la société dans leur diversité et leur complexité ainsi que l'ensemble des domaines de la vie culturelle: la vie quotidienne, l'évolution de la famille et des relations familiales, les Eglises, la religion, l'éducation, les sciences, les arts et les lettres sous leurs différentes formes, la philosophie, etc., en dégageant, avec bonheur, ce qui faisait leur originalité. On connaît le danger d'une pareille méthode: celui de donner naissance à un ouvrage qui ne serait que la juxtaposition de fiches de lectures, bref à une histoire globale qui serait une collection d'histoires spécifiques placées les unes à la suite des autres. Disons que Thomas Nipperdey s'est bien gardé de succomber à pareille tentation parce qu'il a su trouver les éléments qui reliaient ces histoires entre elles et mettre en lumière les influences réciproques qu'elles ont exercées les unes sur les autres. Sans chercher à minimiser ce que ses trois volumes devaient aux recherches de ses collègues, il montre qu'il a su pleinement les assimiler, les repenser évitant ainsi que ce gros ouvrage apparaisse comme un digest qui se serait contenté d'apporter les points de vue up to date sur tous les sujets abordés. Il est d'ailleurs des thèmes pour lesquels Nipperdey ne doit rien à personne, par exemple lorsqu'il apporte son point de vue sur le poids que les églises et la religion continuent à exercer sur les structures politiques et sociales, en dépit de la sécularisation progressive et ininterrom¬ pue de la société. Dans cette histoire totale de la nation allemande au XIXe siècle sont parfaitement dégagées les relations et les tensions entre modernité et tradition entre unité et diversité. Dans son gros ouvrage comme dans d'autres études plus brèves antérieures ou concomittan- tes, Nipperdey s'est beaucoup intéressé au problème de la continuité de l'histoire allemande jusqu'en 1933. Cela le conduisit à adopter des thèses souvent en opposition avec celles exposées surtout par Hans-Ulrich Wehler. ° On sait que, pour le maître de Bielefeld, le national-socialisme s'est coulé dans la continuité de l'histoire allemande qui conduit de Bismarck à Hitler via Miquel, Bülow et Tirpitz,21 partant du postulat selon lequel, en Allemagne, l'évolution de la société et de l'Etat qui avait pris un très grand retard sur la croissance rapide de l'économie industrielle, avait conduit le gouvernement, les grands 19 II est certain que dans l'histoire de l'économie et des groupes sociaux, il montre qu'il a parfaitement assimilé les apports de »l'école« de Bielefeld. 20 Voir à ce propos Thomas Nipperdey, Wehlers »Kaiserreich«: Eine kritische Auseinandersetzung, dans Geschichte und Gesellschaft 1 (1975) p. 539-560 (compte-rendu de Hans-Ulrich Wehler, Das deutsche Kaiserreich, 1871-1918, Göttingen 1973) et Thomas Nipperdey, Wehlers Gesellschaftsge¬ schichte, dans Geschichte und Gesellschaft 14 (1988) p. 403-415 (compte-rendu de Hans-Ulrich Wehler, Deutsche Gesellschaftgeschichte, Bd. 1-2, München 1987). On remarquera le bon esprit dans lequel cette polémique s'est développée. C'est en effet dans une revue dont Wehler est l'un des rédacteurs en chef que Nipperdey a pu critiquer les ouvrages de celui-ci. 21 Voir en particulier Hans-Ulrich Wehler, Krisenherde des Kaiserreichs, 1871-1918, Studien zur deutschen Sozial- und Verfassungsgeschichte, Göttingen 1970, p. 161. 334 Nekrolog propriétaires fonciers, la grande bourgeoisie d'affaires à sceller une alliance reposant sur une politique de »rassemblement« des forces conservatrices contre les »ennemis du Reich«, démocrates et sociaux-démocrates. Entre les mains du gouvernement et des classes dirigeantes la politique étrangère n'aurait été en réalité qu'un instrument de politique intérieure permet¬ tant, à l'aide de slogans nationalistes et de visées impérialistes,22 de détourner l'attention du monde des travailleurs des difficultés intérieures et de la lutte sociale. En 1978, dans un article retentissant de la Historische Zeitschrift23 Nipperdey s'éleva contre la tentation de voir dans l'histoire de l'Allemagne des XIXe et XXe siècles une simple avant-histoire de la période nationale-socialiste. Certes, il ne niait pas que le nazisme avait des racines profondes dans l'évolution antérieure de l'histoire allemande mais il s'élevait contre l'idée que 1933 ne pouvait pas avoir été autre chose que le produit de la continuité existant dans l'histoire allemande. Pour Nipperdey, le destin de celle-ci n'était pas inscrit à l'avance parce que, selon lui, elle ne renfermait pas une mais plusieurs continuités. Dans ces conditions, il est plus juste de voir que 1933 s'est trouvé au point d'arrivée et de confluence de certaines d'entre elles: »...nous dirons que 1933 n'est pas le produit de la continuité de l'histoire allemande mais plutôt que 1933 est en relation avec la plupart des continuités les plus importantes et les plus diverses de l'histoire allemande et que, à défaut d'une telle mise en relation, on ne peut avancer aucune explication historique«.24 Allant plus loin, Nipperdey a posé en principe qu'il n'est pas possible d'expliquer une période par une autre, car le passé (Vergangenheit) ne doit pas être confondu avec l'histoire antérieure (Vorgeschichte): »La question de la continuité permettant d'expliquer le récent par l'ancien est une question légitime et nécessaire. Mais on n'a pas le droit de la retourner: je ne peux pas expliquer l'ancien par le récent seulement (comme s'il existait une quasi-téléologie). Sinon, je raccourcis la réalité passée, je n'en retiens qu'un aspect, je l'arrime à une suite qui n'était que l'une des suites éventuelles«, et encore : »... le passé est davantage qu'il n'apparaît dans une perspective de continuité, il est autre et autrement. Le passé est davantage qu'une préhistoire. Toute époque précédant 1933 est une médiation vers Hitler, tantôt plus, tantôt moins, mais dans son immédiateté elle est encore tout autre chose, elle est elle-même. C'est la signification non mythologique des mots de Ranke, disant que chaque époque est dans son rapport immédiat à Dieu«.25 Wehler avait bien montré26 qu'il existait dans la nation allemande un facteur de déséquilibre dans la mesure où la transformation de l'Etat et de la société avait pris du retard par rapport à la croissance rapide de l'économie industrielle. Nipperdey était bien d'accord pour constater qu'il existait en Allemagne des problèmes nés de réponses divergentes aux questions posées par la modernisation et il considérait que »Le national-socialisme était une réponse à l'ambivalence fondamentale envers la modernité. Il promettait d'un côté la sécurité face au changement, au conflit, à l'aliénation et d'un autre, la productivité, l'efficacité et une certaine égalité sous la forme de reconnaissance sociale. Attentes paradoxales que ne pouvaient satisfaire ni les conservateurs ni les socialistes, ni les libéraux... En d'autres termes, seuls les nazis pouvaient offrir, en dehors des socialistes, une conviction politique capable d'articuler, grâce au nationalisme et au socialisme, les normes et les attentes de la tradition et celles de la modernité, 22 Rappelons que Wehler parle de »impérialisme social«. 23 1933 und die Kontinuität der deutschen Geschichte, dans Historische Zeitschrift 227 (1978) p. 86-111. Cette étude a été traduite en français sous le titre 1933 et la continuité de l'histoire allemande, dans Nipperdey, Réflexions (voir n. 3) p. 266-294. Les citations ici sont extraites de cette traduction. 24 Ibid. p. 282-283. 25 Ibid. p. 293. cf.: Thomas Nipperdey, Jede Epoche ist doch gleich nah zu Gott: Wider die politische Überforderung der Geschichtswissenschaft, dans Die Welt Nr. 50 vom 28.2.1987, Beilage Geistige Welt,p.l. 26 En particulier dans Das deutsche Kaiserreich 1871-1918 (voir n. 20). Nekrolog 335 d'instaurer du sens et de la légitimité«. Mais d'ajouter tout de suite: »Nous savons combien cette articulation était artificielle et illusoire«. 7 Nipperdey trouvait excessif que l'on fît de la bourgeoisie allemande l'unique responsable de tous les maux dont l'Allemagne s'était rendue coupable dans le passé. Sans chercher mécon¬ naître les responsabilités du libéralisme allemand, il ne croit pas que son histoire ait été celle d'une série d'abdications dont l'alliance avec le parti de l'»ordre« en 1848 aurait été le point de départ, l'acceptation d'un compromis avec Bismarck, la suite, et Auschwitz, l'aboutissement. En particulier il a vivement contesté l'opinion selon laquelle la société wilhelminienne n'aurait été qu'une »société de sujets«. Sur ce point, Nipperdey reproche à Wehler de n'avoir mis en lumière que les tares de la bourgeoisie allemande: archaïsme, passivité, soumission à l'autorité, conformisme, et d'avoir négligé ses qualités d'initiative et ses aspects modernes, enfin d'avoir exagéré le blocage des institutions politiques et sociales alors que progressivement, le système gouvernemental se dirigeait vers le parlementarisme. N Bref Nipperdey demande justice pour les générations allemandes qui ont précédé 1933: celles des »grands-parents« et »arrière-grands-parents«. Il demande surtout qu'elles ne soient pas jugées en fonction des perspectives actuelles et selon des critères moraux propres à notre temps. Il a tenté de comprendre leurs comportements et leurs façons de penser en se replaçant dans les conditions de vie de leur époque, tout en refusant de faire l'apologie d'un passé dont il ne méconnaissait ni les défauts, ni les fautes. Il a voulu, également, que l'histoire s'intéressât à ce qu'il appelait, selon une formule rappelée par M. Birnbaum »die historischen Verlierer«, les perdants de l'histoire: c'est-à-dire aux idées, aux courants, aux conceptions sociales et économiques qui n'ont pu aboutir et qui, à ses yeux, ont le même droit que les »vainqueurs historiques« à ne pas être négligés par l'historien. Nipperdey ne se contenta pas d'exposer concrètement, dans son uvre, sa conception du métier d'historien. Il le fit également dans de nombreuses et importantes études dans lesquelles il se voulut d'abord théoricien de la science historique, de même que dans des recueils d'études d'historiographie dont il assura l'édition29 et dans des comptes-rendus.30 Les plus importantes des études de Nipperdey invitant les historiens au défrichement de nouvelles terres, ont été rassemblées en deux volumes.31 Dans une d'entre elles, publiée en 1973: Die anthropologische 27 Les problèmes de la modernisation en Allemagne, dans Réflexions (voir n. 3) p. 78. Cette étude avait paru sous le titre Probleme der Modernisierung in Deutschland, dans Saeculum 30 (1979) p. 292-303. 28 War die Wilhelminische Gesellschaft eine Untertanen-Gesellschaft, dans Deutsche Frage und europäi¬ sches Gleichgewicht: Festschrift für Andreas Hillgruber zum 60. Geburstag, hg. von Klaus Hilde¬ brand, Köln 1985, p. 67-82. Traduit sous le titre La Société de Guillaume II fut-elle une société de sujets? dans Réflexions (voir n. 3) p.246-265. Voir aussi: Wie modem war das Kaiserreich? Das Beispiel der Schule, Opladen 1986 (Gerda-Henkel-Vorlesung) 18 p.; Die Organisation der Wissen¬ schaften im Wilhelminischen Berlin und ihre Beziehungen zur Wirtschaft, dans Berlin und seine Wirtschaft: Ein Weg aus der Geschichte in die Zukunft; Lehren und Erkenntnisse, Berlin 1987 (Vorlesungsreihe der Industrie- und Handelskammer zu Berlin zum 750jährigen Stadtjubiläum) p. 113-131. 29 Theorie und Erzählung in der Geschichte, hg. von Jürgen Kocka und Thomas Nipperdey, München 1979 (Beiträge zur Historik, 3) 1979, 369 p.; Geschichte und politisches Handeln: Studien zu europäischen Denkern der Neuzeit; Theodor Schieder zum Gedächtnis, hg. von Peter Alter, Wolfgang J. Mommsen und Thomas Nipperdey, Stuttgart 1985. 30 Thomas Nipperdey, Geschichte der Erziehung, allgemeine Geschichte, historische Anthropologie, dans Göttingische Gelehrte Anzeigen 216 (1964) p. 249-272, compte-rendu de Wilhelm Roessler, Die Entstehung des modernen Erziehungswesens in Deutschland, Stuttgart 1961, 513 p. 31 Reformation, Revolution, Utopie.: Studien zum 16. Jahrhundert, Göttingen 1975, 146 p.; Gesell¬ schaft, Kultur, Theorie: Gesammelte Aufsätze zur neueren Geschichte, Göttingen 1976 (Kritische Studien zur Geschichtswissenschaft, 18) 466 p. 336 Nekrolog Dimension der Geschichtswissenschaft32 entend replacer les hommes au centre de l'étude his¬ torique ce qui traduisait son inquiétude de la prépondérance prise par les études des ins¬ titutions et des structures sociales. Il entendait par là favoriser le développement d'une histoire qui chercherait à mettre en lumière les rapports existant entre, d'une part, les structures et les institutions et, de l'autre, les mentalités et les comportements des hommes. Il suggérait que l'on s'attaquât, par exemple, à l'étude des changements intervenus dans les structures familiales et dans le rôle de la femme, à celle de l'éducation et de son influence pour la transmission des conceptions, des normes et des aspirations de la société, celle de l'influence de l'urbanisation sur les comportements, celle de la jeunesse, celle des conceptions morales et de la criminalité et de leur évolution, enfin la prosopographie des groupes sociaux. L'historien ne se réclamait d'aucune école mais il savait reconnaître les mérites de chacune et apprécier à leur juste valeur ses apports à la connaissance du passé. Lui qui forma tant d'historiens de qualité,35 ne chercha pas à en fonder une dont il eût été le leader, peut-être parce qu'il savait juger équitablement les mérites et les faiblesses de chacune d'elles, mais plus sûrement parce qu'il était un esprit libre de tous les préjugés, surtout d'ordre idéologique et se méfiait de toutes les idées préconçues et de tous les systèmes qui prétendent être les seuls à pouvoir apporter une réponse aux questions que les hommes de notre temps sont conduits à se poser sur leur passé. Un grand historien doublé d'un humaniste, tel était Thomas Nipperdey. Il restera pour les générations à venir le modèle de ce que pouvait être un grand historien à une époque où tant de gens mettaient en cause la nécessité de l'histoire36 - ce qui n'était pas son cas - attitude dans laquelle les historiens avaient leur part de responsabilité.37 II aura été grand par son uvre à laquelle on se référera encore pendant longtemps, mais aussi par sa fidélité à l'éthique qui a présidé à son accomplissement, car il avait une haute idée des devoirs et des obligations intellectuelles et morales qui s'imposaient à lui et dont il savait qu'elles conféraient sa grandeur à la mission d'historien. 32 Dans Geschichte heute: Positionen, Tendenzen und Probleme, hg. von Gerhard Schulz, Göttingen 1973, p. 225-235. Cf. aussi, Kulturgeschichte, Sozialgeschichte, historische Anthropologie, dans Theorieprobleme des Geschichtswissenschaft, hg. von Theodor Schieder, Darmstadt 1977 (Wege der Forschung, 378) p. 286-310. 33 Nipperdey a abordé ce problème par ex. Volksschule und Revolution im Vormärz, dans Politische Ideologien und nationalstaaliche Ordnung, Studien zur Geschichte des 19. und 20. Jahrhunderts. Festschrift für Theodor Schieder zu seinem 60. Geburtstag, hg. von Kurt Kluxen, München 1968, p. 117-142. 34 II s'y attaqua, cf. Jugend und Politik um 1900, dans Kulturkritik und Jugendkult, hg. von Walter Rüegg, Frankfurt/M. 1974 (Neunzehntes Jahrhundert) p. 87-114. 35 Voir la liste des dissertations et des habilitations qui furent rédigées sous sa direction dans Nipperdey, Bibliographie (voir n. 4) p. 69-76. On compte ainsi 44 titres. 36 Cf.: Historismus und Historismuskritik heute, dans Die Funktion der Geschichte in unserer Zeit, hg. von Eberhard Jäckel, Stuttgart 1975, p. 82-96; Wozu noch Geschichte? dans Die Zukunft der Vergangenheit: Lebendige Geschichte, klagende Historiker, hg. von Gerd-Klaus Kaltenbrunner, München 1975, p. 34-57; Geschichte und Orientierung, dans Krise des Fortschritts, hg. von Grete Klingenstein, Wien 1984 (Studien zu Politik und Verwaltung, 5) p. 11-20; Geschichtswissenschaft, Fortschritt, Identität, oder wozu Geschichte gut ist, dans Wissenschaft im Dienste des Lebens. Vorträge, Seminare und Podiumsdiskussion, Bamberger Universitätstage 1987, Bamberg 1987 (Bei¬ träge und Materialen zur wissenschaftlichen Weiterbildung, 7) p. 104-117; Wozu Geschichte gut ist, dans Militärgeschichtliche Mitteilungen 41 (1987) p. 7-13. Über die Bedeutung der Geschichte, dans Geschichte, Nutzen oder Nachteil für das Leben? Sammelband zum 10jährigen Bestehen der Zeit¬ schrift Geschichtsdidatik, hg. von Ursula A. Becher, Düsseldorf 1986 (Geschichtsdidatikstudien, Materialen, 43) p. 49-51. 37 Geschichte auf dem Abstellgleis, dans Rheinischer Merkur Nr.26 vom 26./27.6.75, p. 15-16; même titre dans Der Arbeitgeber 29 (1977) p. 543-544. Nekrolog 337 Pour lui, elle ne pouvait s'exercer que dans la liberté la plus totale. Confronté aux troubles qui agitèrent le monde universitaire en 1968-1969, et notamment, l'université libre de Berlin où il enseignait. Il fit alors face avec résolution aux assauts lancés par les étudiants extrémistes les plus radicaux qui, sous prétexte de défendre la liberté d'expression rêvaient en réalité d'installer leur dictature intellectuelle sur le monde savant.38 Dans le même temps qu'il ne cessait de défendre farouchement les franchises universitaires face à la pression de l'Etat. Comme doyen de la Faculté de philosophie de Berlin, comme membre de la »Notgemeinschaft für die Freie Universität«, comme coprésident de la »Ligue pour la liberté de la Science« (1973-1980), 9 il a lutté avec énergie pour la liberté de la recherche et l'indépendance du chercheur. De même qu'il se refusait de juger le passé à la lumière des préoccupations du présent, il pensait que le passé ne pouvait pas donner de recettes immédiates pour la solution des problèmes du présent. Mais il pensait aussi que l'histoire pouvait être utile à l'avenir des hommes en leur apprenant à découvrir la force des institutions, des traditions, des forces collectives, les possibilités et les limites de leurs actions et surtout la possibilité qu'ils avaient de pouvoir apporter des changements au monde dans lequel ils vivaient. Pour lui, le plus grand danger qui menaçait l'histoire était son utilisation à des fins de propagande politique. Il redoutait, par dessus tout, que les oppositions politiques entre historiens n'aboutissent à une politisation de toute la corporation. Pour lui l'histoire devait demeurer une science soumise en tant que telle à des obligations, en premier lieu, le devoir d'objectivité40 - et devant conserver sa pleine autonomie dans ses méthodes et à l'abri des préjugés politiques.41 Pour lui, l'historien doit demeurer à l'abri des préjugés politiques, se laisser guider par la curiosité, le doute, la compréhension pour l'héritage du passé. L'homme était d'un commerce agréable, plein d'esprit et d'humour. Il était toujours prêt à aider autrui de ses conseils. Il n'avait rien du savant poussiéreux qui ne savait pas s'évader de ses livres d'histoire. Homme de vaste culture, il se passionnait aussi bien pour la littérature que pour la musique (n'était-il pas pianiste et violoncelliste?). Thomas Nipperdey restera comme un des plus grands historiens de notre siècle finissant, non seulement par son apport à notre connaissance du passé mais encore par ses réflexions sur la science historique et par la conception qu'il se faisait de celle-ci. Ce grand serviteur de Clio mérite d'être donné en modèle à tous ceux qui s'engagent dans le métier d'historien. C'est pourquoi, il restera toujours vivant en nos mémoires. Roger Dufraisse, Paris (E.P.H.E.) 38 Der Rausch ist verflogen - was nun? Zur Situation an den Universitäten und Schulen. Die Hypotheken einer verfehlten Bildungspolitik sind noch nicht getilgt, dans Die Welt, Nr. 279 vom 30.11.1974, Beilage Geistige Welt, p. 1-2; Warnung vor der radikalen Intelligentia: Hauptkampfplätze der gegen¬ wärtigen und künftigen Hochschulpolitik dans Rheinischer Merkur Nr.49 vom 6.12.1974, p.28. 39 Voir Thomas Nipperdey, Die bildungspolitische Lage und der Bund Freiheit der Wissenschaft, dans Die deutsche Universitätszeitung 1974, p. 987-992; idem, dans Freiheit der Wissenschaft 1974, Heft 11, p. 1-6; Bund Freiheit der Wissenschaft sieht seine Position bestätigt, dans Freiheit der Wissenschaft 1975, p. 5-6; Freiheit der Kultur - Kultur der Freiheit, dans Symposium: Der Preis der Freiheit: Grundlagen, aktuelle Gefährdungen und Chancen der offenen Gesellschaft; Referate und Diskus¬ sionsbeiträge, hg. von Michael Zöller, Köln 1988 (Veröffentlichungen der Hanns-Martin-Schleyer- Stiftung, 26) p. 119-130; idem, dans Deutscher Hochschulverband, Almanach 2 (1988) p. 135-143. 40 Kann Geschichte objektiv sein?, dans Geschichte in Wissenschaft und Unterricht 30 (1979) p. 329-342. 41 Wider eine instrumentalisierte Geschichtswissenschaft dans Geschichte, hg. von Jürgen Kocka, München 1966, p. 154-161. Geschichte als Aufklärung, der Historiker muß uns nicht nur von der Übermacht der Traditionen frei halten, sondern auch von der Macht der Ideologien, dans Die Zeit, Nr. 9 vom 22.2. 1980, p. 16. Abstract

