Nekrolog Karl-Georg Faber (1925-1982), par Roger Dufraisse
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Autor / Rezensent Dufraisse, Roger
Titel Untertitel Institut BSB digitale Bibliothek http://francia.digitale-sammlungen.de/Blatt_bsb00016286,00941.html Seiten 927-932 BSB Band-ID bsb00016286 BSB Seiten Anfang 00941 BSB Seiten Ende 00946 Lizenz DDC-BSB Geo-SW DDC-BSB Sach-SW DDC-BSB Zeit-SW Zeit-SW Geo-SW (GKD) Sachschlagwort (SWD) Personenschlagwort (PND) Fachgebiet OCR-Text Nekrolog Karl-Georg Faber (1925-1982) La mort de Karl-Georg Faber, survenue, le 15 septembre 1982, endeuille non seulement le monde des historiens allemands mais encore toute la communauté scientifique internationale. Les lecteurs de Francia ressentent sa disparition avec une peine toute particulière puisqu'il était un de ses tout premiers collaborateurs et aussi l'un des plus fidèles. N'avait-il pas, dans le premier numéro, donné une étude, »Die Rheinländer und Napoleon«, texte d'une communica¬ tion que la maladie l'avait empêché de présenter lors du colloque que l'Institut historique allemand de Paris avait organisé à Brème, en 1969, pour le bicentenaire de la naissance de l'Empereur et qui se signalait autant par l'étendue de la documentation que par la finesse de l'analyse? Né le 21 juillet 1925 à Kirn, ancienne capitale de la principauté de Salm-Kyrburg, il devait être, très tôt, attiré par l'histoire du Palatinat rhénan, au sens large du terme, par celle des pays de la rive gauche du Rhin et surtout par celle des problèmes nés de l'annexion de cette région à la France de la Révolution et de Napoléon puis de son retour au monde germanique après 1815. C'est d'ailleurs ce qui avait valu à l'auteur de ces lignes d'entrer, à la fin des années cinquante, en contact avec K.-G. Faber, d'abord par lettres puis par de nombreuses rencontres aux Archives et à la Bibliothèque Nationales, à l'Institut historique allemand (dans les locaux de la rue du Havre) et, enfin, en divers points de l'Allemagne à l'occasion de nombreux colloques. C'est rendre justice à la mémoire de K.-G. Faber de dire que celui qui reçut le plus de l'autre, au cours de ces fructueux échanges d'idées, ce fut l'historien français. Après la guerre et ses épreuves, K.-G. Faber put reprendre les études qu'il avait dû interrompre. A l'Université de Mayence, récemment ressuscitée par la volonté des autorités françaises d'occupation - le général Koenig réparait l'erreur de Napoléon - il se lança dans la Landesgeschichte rhénane sous l'impulsion, notamment de Leo Just et de Ludwig Pétri. Ses préférences, sa curiosité d'esprit, ses talents d'analyste - il appliquait à l'explication des problèmes humains les plus difficiles la clarté et la logique d'un raisonnement mathématique -, sa prodigieuse culture, fruit de ses nombreuses lectures, devaient le porter, plus particulière¬ ment vers l'histoire des idées, d'abord étudiée dans le cadre régional. D'instinct, il n'allait pas vers les grands penseurs dont la postérité a retenu le nom - bien qu'il n'ignorât rien d'eux -, mais vers ceux qui, de leur vivant, à un moment ou à un autre, avaient déployé une grande activité et avaient exercé une grande influence sur l'opinion. C'est ainsi qu'il se préparait à devenir l'un des plus brillants parmi les jeunes spécialistes allemands de la »Geistesgeschichte« de l'après-guerre. Sous la direction de Leo Just, il rédigea sa dissertation, consacrée au célèbre »Rheinischer Antiquarius« de Christian von Stramberg \ montrant déjà tout l'intérêt qu'il portait à la manière 1 Christian von Strambergs Rheinischer Antiquarius im Rahmen des rheinischen Geisteslebens der Restaurationszeit, manuscrit, Mayence 1952, XI - 193 p. Un extrait de cette dissertation a été publié sous le titre Christians von Strambergs »Rheinischer Antiquarius«, als Geschichtswerk der rheinischen Restauration, dans: Jahrbuch f. Geschichte u. Kunst d. Mittelrheins u. seiner Nachbargebiete, 4./5. Jg. 1952/1953, p. 7-51. Faber devait consacrer une autre étude plus biographique, à l'auteur du »Rheinischer Antiquarius«, Christian von Stramberg (1785-1868), dans: Rheinische Lebensbilder, Bd. II, Düsseldorf 1966, p. 159-178. 928 Nekrolog dont on écrit l'histoire. Il replaçait cette uvre gigantesque (34 volumes!) dans le cadre plus vaste de la vie intellectuelle rhénane à l'époque de la Restauration. Il montrait, déjà, qu'il se refusait à séparer l'histoire de ceux qui l'écrivent et de la période qui la voit naître; il rappelait, en outre, qu'à condition d'être utilisé avec précautions, »le Rheinischer Antiquarius« vaut plus par les renseignements qu'il apporte sur les préoccupations historiques du temps de sa publication que par les informations qu'il renferme sur l'histoire des pays rhénans, bref qu'il constitue, finalement, un excellent témoignage sur une certaine histoire qui plaisait au grand public entre 1843 et 1868 et aussi sur la place que l'étude du passé prenait alors dans la société. Peu après, K.-G. Faber rédigeait son mémoire pour le »Staatsexamen«. Il y montrait qu'aucun domaine des sciences humaines ne lui était étranger puisqu'il était consacré à la géographie du peuplement des hautes terres du Hunsrück2. En 1953, il entrait comme référendaire à l'Office fédéral de Géographie et d'aménagement du territoire (Bundesanstalt für Landeskunde und Raumforschung) de Remagen/Bad-Godesberg. Tout en poursuivant ses activités professionnelles, il se consacre avec ardeur à l'étude de la vie intellectuelle et à l'activité des publicistes rhénans de l'époque de la Restauration3. Il s'interroge, alors, sur ce que pensaient et voulaient des populations qui venaient de passer de la domination française sous la domination de plusieurs princes allemands4. Il entreprend d'expliquer pour quelles raisons et de quelle manière elles pouvaient tenter de concilier leur attachement aux institutions héritées de la domination française avec leur loyauté envers leurs nouveaux gouvernants. L'influence de la domination française sur la vie de ces régions lui apparaissait, en effet, comme un facteur de premier ordre parce qu'elle leur avait conféré une place originale dans le monde germanique et il entreprit de le démontrer dans un esprit libéré de tout préjugé nationaliste en étudiant l'uvre de ceux qui se firent les éducateurs et les porte-parole de l'opinion publique. C'est ainsi qu'il s'occupa de Johann-Adam Boost5, de Johann Weitzel, de Goerres6 et surtout d'Andréas Georg-Friedrich Rebmann7. Attentif aux questions de continuité et de rupture dans l'histoire, la carrière et le rôle de gens comme Rebmann, successivement publiciste jacobin, haut magistrat français puis bavarois, qui s'était illustré sous tous les régimes, le passionnaient. Il se rendait compte, en effet, que si, dans l'Allemagne de la Restauration, les pays rhénans avaient pu jouer un rôle original, dans le domaine des idéologies et dans celui de la politique, ils le devaient en grande partie à ce qu'un grand nombre de personnalités marquantes avaient pu conserver l'influence qu'elles avaient acquise sous la Révolution et au temps de Napoléon. Ses recherches devaient ainsi le convaincre que, dans cette continuité et dans l'attachement des populations aux institutions françaises et au droit français, ressentis alors comme typiquement »rhénans«, les fonctionnaires, les hommes de loi qui avaient servi l'Ancien Régime, pour quelques uns, la Révolution et Napoléon, pour tous, avaient joué un rôle considérable8. 2 Siedlungsgeographie der Hunsrückhochfläche, Staatsexamenarbeit, Mayence 1952 (manuscrit). 3 II a donné une vue générale de ces problèmes, Rheinisches Geistesleben zwischen Restauration und Romantik, dans: Rheinische Vierteljahresblätter 1956, p. 245-278. 4 Par exemple, Die rheinischen Probleme in Johannes Weitzels Rheinischen Blättern (1816 bis 1819), dans: Nassauische Annalen 1954, p. 145-166. 5 Johann-Adam Boost, ein rheinischer Publizist der Restaurationszeit, dans: Neue Mitteilungsblätter des Rheinischen Kulturinstituts, H. 3 (Dez. 1953) p. 22-26. 6 Görres, Weitzel und die Revolution (1819), dans: Historische Zeitschrift 194 (1962) p. 37-61. 7 Die Übernahme von Andreas Georg-Friedrich Rebmann in den bayerischen Dienst, dans: Mitteilungen des Historischen Vereins der Pfalz 56 (1958) p. 137-157. Ultérieurement, Faber devait donner une biographie exaustive de Rebmann, Johann Andreas Georg-Friedrich Rebmann (1768-1824), dans: Pfälzer Lebensbilder, I, Speyer 1964, p. 191-217. Il s'intéressa, aussi, à la biographie de Karl Marx, Zur Biographie von Heinrich und Karl Marx, dans: Geschichtliche Landeskunde 3 (1966) p. 161-171. 8 Verwaltungs- und Justizbeamte auf dem linken Rheinufer während der französischen Herrschaft. Eine personengeschichtliche Studie, dans: Aus Geschichte und Landeskunde, Festschrift für Franz Stein¬ bach, Bonn 1960, p. 350-388. Karl-Georg Faber (1925-1982) 929 En 1962, K. -G. Faber retourne à l'Université de Mayence pour y poursuivre la préparation de sa thèse d'habilitation, sous la direction de Ludwig Pétri. La mise au point de ce gros travail ne l'empêcha pas d'approfondir ses recherches sur la fidélité des populations aux »institutions rhénanes«, c'est à dire à celles introduites par la domination française, démontrant que la lutte pour leur maintien fut une des grandes composantes du mouvement libéral rhénan9. Elargissant son champ d'investigations, il montrait comment, de la confrontation de l'héritage français et de la législation prussienne, s'était implantée, dans la Prusse rhénane une administration commu¬ nale autonome10. Décidé à prouver qu'il n'était pas seulement le spécialiste d'un seul problème, d'une seule région, d'une seule époque, il faisait paraître, en 1963, deux volumes sur la publicistique allemande de 1866 à 1871, particulièrement intéressants par leur analyse des attitudes des partisans et des adversaires de l'intégration dans une Allemagne dominée par la Prusse11. A l'automne de 1964, K.-G. Faber acheva sa thèse d'habilitation: »Die Rheinlande zwischen Restauration und Revolution. Probleme der rheinischen Geschichte von 1814 bis 1848 im Spiegel der zeitgenössischen Publizistik«12. Dès sa parution, l'ouvrage fut salué unanimement, des deux côtés du Rhin, comme un grand événement. C'est qu'il montrait, de façon éclatante, tout ce que pouvait apporter pour la connaissance historique du passé, à côté des témoignages recueillis à l'état brut, toutes les attitudes et les réflexions des acteurs et des témoins qui accompagnaient et commentaient les événements en traduisant les intentions, les espérances, les déceptions de ce qui constitue l'opinion publique. S'appuyant sur une documentation considérable, constituée par des centaines de libelles, de journaux, de brochures, de livres, l'ouvrage englobait toute une activité publicistique sous ses différents aspects, en étudiait l'influence et aussi les limites devant les inerties politiques et sociales. Pour exposer et expliquer la spécificité de l'histoire rhénane ou, si l'on veut les manifestations, entre 1815 et 1848, d'un particularisme plongeant ses racines dans 20 années de domination française, Faber avait retenu ce qui, selon lui, avait constitué les principaux thèmes du débat d'idées: le sort réservé aux régions rhénanes dans les tractations diplomatiques de 1814-1816, la lutte pour ou contre les »institutions«, la question constitutionnelle, les rapports avec le reste du monde allemand, surtout la Prusse, et avec la France. Il démontrait que, dans la dernière décennie précédant la Révolution de 1848, le temps faisant son uvre, les souvenirs de la domination française commencèrent à s'estomper dans la pensée politique des Rhénans, que la prise de conscience romantique du Rhin comme symbole de la patrie et comme noyau de l'histoire allemande, qui était née dans l'Allemagne de »l'intérieur«, commençait à s'enraciner sur les bords du fleuve, non seulement dans la classe politique mais aussi dans la masse de la population, qu'à côté des problèmes sociaux qui commençaient à agiter l'opinion, l'enjeu des discussions politiques n'était plus la défense des »institutions« françaises, mais le problème national allemand, que ce soit pour soutenir la voie prussienne ou l'idée de la grande Allemagne. Le cours public d'habilitation que K.-G. Faber devait prononcer en mai 1965, devait montrer avec quel art il savait dominer les difficultés de la »Geistesgeschichte« en exposant comment, en 1866, la »Realpolitik« suivie par Bismarck avait donné naissance à une idéologie13. 9 Die Rheinischen Institutionen, dans: Hambacher Gespräche 1962, Wiesbaden 1964 (= Geschichtliche Landeskunde I, p. 20-40). 10 Die kommunale Selbstverwaltung in der Rheinprovinz im 19. Jahrhundert, dans : Rheinische Vierteljah¬ resblätter 30 (1965) p. 132-151. 11 Die national-politische Publizistik Deutschlands von 1866 bis 1871, 2 vol., Düsseldorf 1963. (Voir, par exemple, l'étude de l'attitude de Mgr. Ketteler après 1867, vol. 1, p. 55 et suiv.) 12 Wiesbaden 1968, 491 p. 13 Realpolitik als Ideologie. Die Bedeutung des Jahres 1866 für das politische Denken in Deutschland, dans: Historische Zeitschrift 209(1966) p. 1-48. Dans Pétude de la vie politique K.-G. Faber ne se limita pas au XIXe siècle, cf. Das politische Leben im Regierungsbezirk Köln von 1816 bis zur Gegenwart, dans: 150 Jahre Regierungsbezirk Köln, Köln 1966. 930 Nekrolog En 1967, K.-G. Faber était appelé comme professeur à l'Université de Sarrebruck qu'il devait quitter, en 1976, pour celle de Münster où il devait enseigner jusqu'à sa mort. Ses tâches professorales ne mirent nullement un frein à son activité de chercheur. Il n'abandonna pas, dans ce domaine, les secteurs dans lesquels il s'était acquis une renommée non usurpée: la biographie historique, l'histoire des idées, celle des régimes rhénanes, mais il ne devait pas s'y cantonner. C'est ainsi que, dans le premier de ces genres, il nous donna une remarquable étude sur Andreas Van Recum, tour à tour serviteur de l'Electeur Palatin, des institutions révolutionnaires, de l'Empire, du royaume de Bavière, »baronisé«, successivement, par Napoléon et par le roi de Bavière, bref, le type même de ces personnages qui devaient constituer la classe des notables du Vormärz14. Ailleurs, il revient sur l'importance du rôle politique joué par le droit »rhénan«15. Débordant largement le cadre chronologique de la période du Vormärz, il rédige aussi une magistrale synthèse de l'histoire des régions sud de la rive gauche du Rhin allemande de 1816 à 1846, ouvrage aussi riche par l'information qu'il apporte que par ses indications bibliographi¬ ques, dans lequel l'auteur a su trouver le ton juste pour quiconque voudrait acquérir des bases scientifiques solides avant de se lancer dans l'approfondissement de telle ou telle question, bref un modèle de synthèse dans la »Landesgeschichte«16. Voulant aller plus loin et tirant, en quelque sorte, les leçons d'une expérience déjà riche, il allait s'efforcer de définir une méthode qui ferait une large place à la notion de »paysage politique«, de »région historique«, celle-ci étant présentée comme la synthèse de l'apport du passé historique »vécu«, de l'histoire des mentalités, de la psychologie collective, de la géographie, etc.17. Ce nouveau pas montrait que K.-G. Faber pensait que l'historien ne méritait pleinement son nom que s'il s'interrogeait sur sa discipline. C'est pourquoi, sans abandonner tout à fait les domaines dans lesquels il était devenu un maître18, il se lança hardiment dans l'historiographie et dans l'histoire de l'historiographie. En 1971, il publia, à l'intention des étudiants, un manuel »Theorie der Geschichtswissenschaft«19 qui, d'emblée, le plaçait au premier rang des théoreticiens de la science historique. Il allait le confirmer par de nombreuses publications. En 1971, toujours, il donnait, par exemple, dans la collection »Deutsche Historiker« de H.-U. Wehler, une biographie et une analyse pénétrante de l'uvre de J. Ziekursch, un des représentants du petit groupe des historiens libéraux qui, après 1918, adhérèrent à la République de Weimar et qui, en raison de cela, étudia, de façon critique, les origines politiques et sociales de l'effondrement de 191820. K.-G. F. fut un des co-fondateurs et des participants les plus actifs du groupe de travail »Theorie der Geschichte« qui, depuis 1973, réunit régulièrement historiens et philosophes, et a, jusqu'à ce jour, publié quatre volumes de sa collection »Theorie der Geschichte. Beiträge zur Historik«. K.-G. Faber, en collaboration avec Christian Meier avait eu la responsabilité de la 14 Andreas van Recum 1765-1828. Ein rheinischer Kosmopolit, Bonn 1969 (Pariser Historische Stu¬ dien 8), 240 p. 15 Recht und Verfassung. Die politische Funktion des rheinischen Rechts im XIX. Jahrhundert, 1970. 16 Die südlichen Rheinlande von 1816 bis 1956, dans: Rheinische Geschichte, hg. von Franz Petri und Georg Droege, Bd. 2, Düsseldorf 1976, p. 369-472. 17 Rheinlande und Rheinländer. Umriß einer politischen Landschaft, dans: Landschaft und Geschichte, Festschrift für Franz Petri, hg. von G. Droege u. a., 1970. Voir aussi Geschichtslandschaft - Région historique - Section in History; Ein Beitrag zur vergleichenden Wissenschaftsgeschichte, dans: Saeculum 31 (1979) p. 421 et suiv. 18 Die deutsche Revolution. Aspekte der Reichsgründungsepoche im zeitgenössischen Urteil, dans: Die Reichsgründung von 1871 im Urteil der Gegenwart, 1971, et Strukturproblem des deutschen Liberalismus im 19. Jahrhundert, dans: Der Staat 14 (1975) p. 201-227. 19 Theorie der Geschichtswissenschaft, München 1971 (4. Auflage) Beck'sche Schwarze Reihe, Bd. 1. 20 Johannes Ziekursch dans: Deutsche Historiker III, hg. v. H.-U. Wehler, Göttingen 1972, p. 109-123. Karl-Georg Faber (1925-1982) 931 publication du second volume, »Historische Prozesse«. Il avait également donné deux études parues en 1977, dans le premier volume de la série: »Gervinus oder das Elend einer Geschichtsphilosophie. Ein Diskussionsbeitrag >et< Zur Instrumentalisierung historischen Wissens in der politischen Diskussion« 21. Cette dernière étude montre à quel point K. -G. Faber était averti des dangers qu'il y avait à utiliser l'histoire comme arme dans le débat politique, dangers pour celui-ci et surtout pour l'histoire elle-même. Il avait d'ailleurs appuyé son opinion sur l'analyse d'un cas concret: les débats de l'Assemblée de Francfort22. Dans deux études ultérieures, il devait, en quelque sorte, tirer la philosophie des rapports existant entre les données de l'histoire et les arguments de la politique23. Dans les derniers temps, K.-G. Faber devait élargir encore le domaine de ses recherches en s'occupant activement de toutes les questions touchant l'histoire des sciences et du savoir depuis le XVIe siècle. Malgré la maladie qui, à plusieurs reprises, l'obligea à interrompre ses activités, il demeura, jusqu'au bout, un lecteur assidu des bibliothèques et des dépôts d'archives, un travailleur acharné et probe se remettant sans cesse en question. Enfin, en 1979, il publia dans la série d'un grand manuel d'histoire allemande une importante synthèse de la première moitié du XIXe siècle24. La présente chronique ne peut donner qu'une image bien imparfaite de sa prodigieuse activité. Les comptes-rendus, mises au point, chroniques, qu'il a publiés dans de nombreuses revues savantes séduisent par la finesse de l'analyse, le sérieux de la réflexion25. Il avait également abordé avec bonheur les problèmes d'histoire de l'administration et de géographie historique26 et prêté sa collaboration à plusieurs grandes collections27. La communauté des historiens allemands le considérait comme un de ses meilleurs représen¬ tants. Il est vrai qu'il était aussi un militant de la science historique. Son activité inlassable de professeur et de chercheur, la très grande qualité de ses travaux, ses qualités humaines: c'était un esprit ouvert, un homme de contact et de dialogue, toujours prêt à répondre, avec le sourire, aux questions qu'on lui posait, firent, qu'à partir de 1976, ses collègues l'appelèrent à siéger au bureau de l'Association des Historiens allemands, au sein duquel il se vit confier les fonctions de trésorier. En 1976/77, il exerça la présidence de la section »Histoire« de la Deutsche Forschungsgemeinschaft. Son uvre lui avait valu d'être élu, en 1978, membre correspondant de l'Académie des Sciences et Lettres de Mayence et, en 1979, membre ordinaire de la division »Histoire« de l'Académie des Sciences de Bavière. Sa renommée avait largement dépassé les frontières de sa patrie et il n'est donc pas surprenant qu'en 1980, lorsque le Comité International des Sciences Historiques décida la création d'une commission d'histoire de l'historiographie, il ait été appelé à y siéger comme vice-président et 21 Voir aussi sa mise au point, Zum Stand der Geschichtstheorie in der Bundesrepublik Deutschland dans : Jahrbuch der historischen Forschung 1976/1977 p. 13-28. 22 Nationalität und Geschichte in der Frankfurter Nationalversammlung, dans: Archiv für Frankfurts Geschichte und Kunst, Heft 54 (1974) p. 103-122. 23 Zum Einsatz historischer Aussagen als politisches Argument, dans: Historische Zs. 221 (1975) p. 265-303 et The Use of History in Political Debate, dans : History and Theory 17(1978) p. n° 4, p. 36-67. 24 Handbuch der deutschen Geschichte, Bd. 3/1, 2. Teil: Deutsche Geschichte im 19. Jahrhundert. Restauration und Revolution. Von 1815 bis 1851, Wiesbaden 1979, 319 p. 25 On peut citer en exemple, Sulpiz Boisserée in französischer Sicht, dans: Rheinische-Vierteljahresblätter, 23, 1958, p. 97-106 et Mitteleuropäischer Adel im Wandel der Neuzeit. Literaturbericht, dans: Geschichte und Gesellschaft 7 (1981) p. 276-296. 26 Par exemple, Die Entstehung der Großgemeinden im Oberbergischen Kreis, dans: Rheinische Vierteljahresblätter 25 (1961) p. 233-299 et Zu geschichtlichen Grundlagen und Anfängen des Landkreises Kreuznach, dans: Landeskundliche Vierteljahresblätter 12 (1966). 27 Outre celles déjà citées dans la présente chronique, voir: Das bürgerliche Zeitalter, dans: Die Weltgeschichte, Der Weg der Menschheit..., 1971. 932 Nekrolog comme co-responsable de la publication »Histoire de l'historiographie. Revue internationale«, dont le premier numéro devait paraître l'année même de sa mort. C'est pourquoi, tout comme la revue Francia ressent avec peine la perte d'un grand savant et d'un ami fidèle, la communauté scientifique internationale et celle des historiens français et allemands s'associent au chagrin de Madame Faber et de ses enfants. Roger Dufraisse, Paris Abstract

