Michel François (1906-1981), par Karl Ferdinand Werner
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Autor / Rezensent Werner, Karl
Titel Untertitel Institut BSB digitale Bibliothek http://francia.digitale-sammlungen.de/Blatt_bsb00016284,00923.html Seiten 907-910 BSB Band-ID bsb00016284 BSB Seiten Anfang 00923 BSB Seiten Ende 00926 Lizenz DDC-BSB Geo-SW DDC-BSB Sach-SW DDC-BSB Zeit-SW Zeit-SW Geo-SW (GKD) Sachschlagwort (SWD) Personenschlagwort (PND) Fachgebiet OCR-Text Michel François (1906-1981) Michel François, débordant d'activité jusqu'à un âge avancé, nous semblait plus fatigué depuis la perte de sa femme, en 1977. Mais il avait continué à exercer de nombreuses responsabilités, et il est mort le 11 juillet 1981 d'un arrêt du cur, après avoir encore dirigé, le 3 juillet, une importante séance de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, comme le rappelait Robert- Henri Bautier dans le »Monde« du 19/20 juillet 1981. Pour l'Institut historique allemand de Paris, il a été, en tant qu'ami d'Eugen Ewig, un soutien important depuis sa fondation en 1958 jusqu'à la fin de sa vie. Le 29 septembre 1980, à Xanten, il a dirigé, pour la dernière fois, une des séances de nos colloques historiques franco-allemands dont il n'avait guère manqué un seul. Malgré sa fatigue, il avait partagé son temps entre notre colloque de Xanten et un autre, très important, sur Philippe Auguste qui se tenait à Paris, n'hésitant pas devant ce déplacement supplémentaire. Ce geste, nous voulons le garder en mémoire comme un symbole de l'amitié chaleureuse, avec laquelle il a toujours suivi et encouragé notre travail. Il est vrai que les relations franco-allemandes étaient un problème qui allait droit au cur de ce Lorrain des Vosges, né à Dommartin-lès-Remiremont, problème qui devait, plusieurs fois, jouer un rôle dans sa vie. Son épouse Simone née Vives, également de Lorraine, avait fait des études historiques dont l'aboutissement fut une thèse sur l'histoire lorraine, »Les seigneurs de Commercy au moyen âge, XIe siècle-1429«, Nancy 1938, comme celle de Michel François, »Histoire des comtes et du comté de Vaudémont des origines à 1473«, Nancy 1935. Chartiste (major de la promotion de 1927), élève diplômé de l'Ecole pratique des Hautes Etudes, F. était dès 1932 Membre de l'Ecole Française de Rome où il s'occupait de la correspondance du Cardinal François de Tournon, cet homme d'Etat français sous François Ier qui, évincé de la direction des affaires sous Henri II, était devenu un des cardinaux les plus importants du XVIe siècle, protecteur des Jésuites dont il introduisit l'enseignement en France. La grande thèse née de ces travaux ne put être publiée qu'après la 2e Guerre mondiale, en 1951, chez de Boccard: »Le Cardinal François de Tournon. Homme d'Etat, diplomate, mécène et humaniste, 1489-1562«. Entre-temps, Michel François, après une activité aux Archives nationales, avait exercé d'importantes responsabilités au sein du gouvernement militaire de la zone d'occupation française en Allemagne (1945-1950) où il fut nommé Chef du Service des Affaires artistiques et culturelles. En tant que tel, il a su protéger les archives, bibliothèques et collections artistiques de la région et a réussi, de concert avec le Dr Kurt Martin, à contribuer d'une façon très efficace à la reprise de la vie intellectuelle et artistique - l'avance de cette région allemande dans ce domaine pendant la première période de l'Après-Guerre est notoire. Si tous les amis les plus anciens de notre Institut se distinguent par leur magnanimité envers un pays qui venait d'être un ennemi et un occupant et qui était surtout souillé par les crimes nazis, Michel François a l'insigne mérite d'avoir uvré activement dans le domaine de la réintégration de l'Allemagne dans le monde occidental et dans la société internationale. Ce qu'il a fait, dès son élection, en 1950, comme Secrétaire général du Comité international des Sciences historiques en assurant, de concert avec Gerhard Ritter, la réintégration des historiens allemands dans ce Comité. Il était là aussi quand, beaucoup plus tard et dans des circonstances toutes autres, un Allemand, Karl-Dietrich Erdmann, a été élu, en 1975, Président du Comité international. Pendant toute cette période, Michel François a mené de front son immense activité au service de la Science historique internationale et une brillante carrière d'enseignant et d'érudit en France: professeur d'histoire du moyen âge à l'Institut catholique de Paris en 1949; Membre du CNRS 908 Nekrolog en 1950; professeur d'histoire des institutions de la France à l'Ecole nationale des Chartes en 1953; secrétaire général de la Société de l'Histoire de France en 1954; Doyen de la Faculté libre des Lettres de Paris en 1964 et jusqu'en 1970; Membre de l'Institut en 1969; Directeur de l'Ecole des Chartes en 1970 jusqu'à sa retraite en 1976. Tout cela était donc combiné, pour ce grand organisateur, avec d'incessants voyages autour du globe, avec la direction de l'International Bibliography of Historical Sciences et du Bulletin d'information du Comité international des Sciences historiques, et, surtout, avec la préparation des grands Congrès internationaux du Comité à Rome (1955), Stockholm (1960), Vienne (1965), Moscou (1970), San Francisco (1975) et Bucarest (1980) où Madame Hélène Ahrweiler a succédé à Michel François. Toutes ces charges écrasantes ne l'ont pas empêché d'écrire et de faire des recherches, surtout dans le domaine des institutions du bas moyen âge et du début de l'époque moderne pour lequel il a publié plusieurs articles importants dans l'Encyclopaedia Britannica, la New Catholic Encyclopedia, et le Lexikon des Mittelalters. En dehors de cela, il dirigeait le t. II, consacré au moyen âge, de la Collection »Les Hommes d'Etat célèbres« en invitant plusieurs collègues allemands à collaborer. Après avoir contribué au volume de l'Encyclopédie de la Pléiade, dirigé par Charles Samaran, »L'Histoire et ses méthodes« (Paris 1961), par des rapports sur le microfilm, les filmothèques et l'organisation collective de la recherche historique (pp. 783-801, 1179-1183,1454-1464), il a dirigé lui-même, dans la même collection, le magnifique volume de XVII-1675 pages sur »La France et les Français«, une encyclopédie peut-être insuffisamment utilisée à laquelle ont collaboré entre autres Philippe Ariès, Jacques Boussard, Roland Mous- nier, Georges Duby, Robert Mandrou, Bernard Guenée, Jacques Le Goff, Jean Imbert, René Rémond, Albert Soboul etc. Tout en dirigeant les éditions de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres dans les collections des Documents financiers et des Pouillés, il éditait lui-même, en collaboration avec Ch.-E. Perrin et J. de Font-Réaulx, les »Pouillés des provinces d'Auch, de Narbonne et de Toulouse« (2 vol., Paris 1972), et prépara le volume consacré à la province ecclésiastique de Bordeaux. Pour les Archives nationales, série »Inventaires et documents«, il avait édité, en collaboration avec Suzanne Clémenzet, dès 1961, les »Lettres reçues et envoyées par le Parlement de Paris, 1376-1596, inventaire analytique«. Pour la Société de l'Histoire de France, il a donné l'édition des »Lettres de Henri III, roi de France«, recueillies par Pierre Champion, p.p. M. François (3 vol., Paris 1959-1972). Enfin, il publia pour les »Classiques Garnier«, »L'Heptaméron« de Marguerite d'Angoulême, reine de Navarre (Paris 1960). A côté des synthèses pour l'enseignement et pour le grand public, parmi lesquelles nous citons son »Le Moyen Age« (Paris 1967, Collection Civilisations, peuples et mondes, 3), F. a réussi à se consacrer à des études plus spécialisées dont nous retenons »>Auxilium< et >consilium< dans la langue et la pensée médiévale« (Bulletin de la Société des Antiquaires de France 1967, pp. 111- 120), »Initiatives de saint Louis en matière administrative. Les enquêtes royales« (dans: Le siècle de saint Louis, Paris 1970, pp. 210-216), enfin cette très belle communication devant l'Acadé¬ mie sur »Les bonnes villes« (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Compte rendu des séances 1975, pp. 550-560), pour laquelle il a entrepris des recherches en vue d'une comparaison entre la dénomination des villes en France et dans l'Empire. Voilà une vie d'une grande richesse, accomplie au service des autres. On peut être assuré, avec M. Robert-Henri Bautier, »que le nom de Michel François demeurera attaché à l'histoire du mouvement historique international«. Quant à la science historique allemande, elle a su exprimer sa gratitude par le Doctorat honoris causa de l'Université de Mayence. Nous autres historiens de l'Institut historique allemand de Paris, nous avons eu le privilège de connaître de près cet homme petit et dynamique, au regard vif et dont la voix pouvait être, le cas échéant, autoritaire; c'était un être charmant et plein de compréhension. En ce qui concerne son attachement à l'idée de la réconciliation franco-allemande, nous considérons comme un symbole le fait qu'il a fait graver, sur son épée d'académicien, les armoiries de la ville de Baden- Baden, et que, Commandeur de la Légion d'Honneur et décoré d'autres distinctions françaises Michel François (1906-1981) 909 et internationales les plus hautes, il ait tenu à porter les insignes de la Croix du Mérite de la République fédérale d'Allemagne, pour nous montrer tout le prix qu'il attachait à ce côté de ses activités. Le nom de Michel François restera gravé dans l'histoire de l'Institut historique allemand de Paris. Karl Ferdinand Werner Abstract

