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P.J.E. Kershaw, Peaceful Kings (Florence Close)

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Paul J. E. Kershaw, Peaceful Kings. Peace, Power, and the Early Medieval Political Imagination

Francia-Recensio 2012/1 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

Paul J. E. Kershaw, Peaceful Kings. Peace, Power, and the Early Medieval Political Imagination, Oxford (Oxford University Press) 2011, XVII–313 p., ISBN 978-0-19-820870-9, GBP 65,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Florence Close, Liège

Le 25 décembre 800, Charlemagne est acclamé »Auguste, couronné par Dieu, grand et pacifique empereur des Romains«, dans une cérémonie qui tend à restaurer l’idée d’empire en Occident. À Metz, en septembre 869, dans un poème louangeur, Sedulius Scottus compare le pacifique Charles le Chauve à Salomon. D’où vient cette volonté de faire de Charlemagne un amateur de paix? Pourquoi et comment Salomon s’est-il imposé comme le modèle vétéro-testamentaire du roi juste, sage et pacificateur? Comment la paix s’est-elle imposée, dans l’esprit de tous ceux qui ont pensé le pouvoir au Haut Moyen Âge comme un élément constitutif de la souveraineté en Occident?

C’est à ces questions que P. Kershaw entend apporter une réponse, par une contribution originale à l’histoire du pouvoir médiéval. Avec ce nouveau livre, il vient fort heureusement renouveler la problématique de la conception du pouvoir au Haut Moyen Âge en proposant, non une étude des rituels et des cérémonies, ou des faits et gestes des souverains, mais une analyse de la relation établie entre les idées de royauté et de paix, dont il relève des traces, dès l’époque post-romaine, dans les royaumes »barbares« occidentaux. L’auteur s’interroge sur la manière dont quelques penseurs et détenteurs du pouvoir ont pensé la paix et les raisons qui les ont poussés à s’en porter garant. Il n’accorde que peu d’attention au contexte dans lesquels les intellectuels ont nourri leur réflexion. De toute évidence, il s’intéresse davantage à ce qu’on dit de la paix qu’à ceux qui en parlent. Il ne s’agit donc pas d’une étude des procédures et autres formes d’applications pratiques de la paix mais d’une réflexion solidement argumentée sur le concept et l’image de la paix ainsi que sur les motifs qui poussèrent les souverains à penser leur mission de gouvernement et leur pouvoir en lien étroit avec ce devoir de maintien de la paix. En d’autres termes, P. Kershaw cherche à comprendre pourquoi on parle tant de la paix dans un monde souvent caractérisé par une violence endémique (p. 2: »why talk about peace, as many did, in a world often characterized by endemic violence?«).

Au détour de cette étude des stratégies rhétoriques, la politique s’impose comme un produit de communication. Dans cette perspective, on comprendra mieux les raisons qui ont présidé à la mise à l’écart des sources diplomatiques dans une enquête fondée sur un catalogue de sources riche et varié, faisant la part belle à la poésie, aux traités politiques et aux rituels. La qualité de ce corpus rend encore plus regrettable l’absence d’une liste des sources en fin de volume que ne peuvent remplacer, quoiqu’en pense l’éditeur, les références de bas de pages. De même, on aurait souhaité une bibliographie exhaustive plutôt que la sélection proposée qui ne manquera pas de vouer à l’oubli quelques travaux moins connus et néanmoins précieux.

La période principalement étudiée dans ce livre correspond aux temps carolingiens, du couronnement impérial de Charlemagne à celui de Charles le Chauve à Metz en 869. Toutefois, on peut compter sur un solide ancrage dans l’Europe romaine chrétienne puis post-romaine La question de l’influence de la pensée chrétienne scripturaire et patristique sur la conception pacifique du pouvoir, en particulier celle d’Augustin, occupe une large place dont témoigne l’importance concédée dans l’ouvrage au roi vétéro-testamentaire Salomon, considéré et présenté comme le souverain idéal à travers tout le Haut Moyen Âge. Moins attendues et, par conséquent, plus originales sont les pages consacrées aux penseurs politiques des royaumes vandale, burgonde, ostrogoth, wisigoth et, bien sûr, franc; le second chapitre certes, nous ramène aux grands classiques – Cassiodore, Grégoire de Tours, Grégoire le Grand – mais, surtout, nous fait découvrir les œuvres de quelques poètes vandales et wisigoths moins connus, tels le poète vandale Félix ou encore Blossius Aemilius Dracontius. On appréciera également que, dans l’ultime chapitre, P. Kershaw ait sondé les sources anglo-saxonnes des VIIIe et IXe siècles pour mieux souligner la spécificité de la pensée carolingienne, tout en regrettant qu’il n’ait poussé plus loin la comparaison. Dépassant largement le cadre d’une récapitulation des résultats de l’enquête, la conclusion s’impose comme une chaleureuse invitation à poursuivre la réflexion bien au-delà de l’an mil, en faisant la part belle à l’évolution de la pensée politique dans l’espace des royaumes francs orientaux des Xe et XIe siècles; on aurait alors souhaité quelques mots sur l’espace anglo-saxon.

Entre histoire culturelle et histoire de la pensée politique, ce volume constitue une heureuse tentative d’explication de la préhistoire de la relation entre les idées de paix et de pouvoir, à la fois héritière de la pensée antique tardive et témoin du développement d’une conception proprement médiévale du pouvoir, qui aboutira à l’idée de la »paix de Dieu«.

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Zitation
 
: Rezension von: Paul J. E. Kershaw, Peaceful Kings. Peace, Power, and the Early Medieval Political Imagination, Oxford (Oxford University Press) 2011, XVII–313 p., ISBN 978-0-19-820870-9, GBP 65,00.
In: Francia-Recensio 2012/1 | Mittelalter - Moyen Âge (500-1500)
URL: http://www.perspectivia.net/content/publikationen/francia/francia-recensio/2012-1/MA/kershaw_close
Veröffentlicht am: Apr 18, 2012
Zugriff vom: Oct 23, 2014
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