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B. Jähnig, Verfassung und Verwaltung des Deutschen Ordens und seiner Herrschaft in Livland (Sylvain Gouguenheim)

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Bernhart Jähnig, Verfassung und Verwaltung des Deutschen Ordens und seiner Herrschaft in Livland

Francia-Recensio 2011/4 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

Bernhart Jähnig, Verfassung und Verwaltung des Deutschen Ordens und seiner Herrschaft in Livland, Münster (LIT) 2011, 333 S. (Schriften der Baltischen Historischen Kommission, 16), ISBN 978-3-643-11005-3, EUR 29,90.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Sylvain Gouguenheim, Lyon

Voici un livre qui vient combler un vide. Il n’y avait en effet pas de synthèse sur l’histoire de la domination de l’ordre Teutonique en Livonie (Lettonie et Estonie actuelles, y compris la Courlande). Des aperçus avaient été fournis dans les synthèses bien connues d’Hartmut Boockmann ou de Klaus Militzer; on disposait des travaux de chercheurs baltes, tel Juhan Kreem et, récemment, d’une première synthèse en polonais dirigée par Marian Biskup (Inflanty w sredniowieczu. Wladztwa zakonu krzyzackiego i biskupow, Torun 2002). Grâce donc à B. Jähnig, professeur honoraire à la Freie Universität de Berlin et ancien président (1995–2010) de la Historische Kommission für Ost- und Westpreußische Landesforschung, on bénéfice d’un ouvrage très clair, pourvu des références scientifiques nécessaires, livrant à la fois des conclusions synthétiques et des mises au point nombreuses sur tel ou tel point précis. Une volumineuse bibliographie, des index, des cartes, les listes des maîtres et des commandeurs de Livonie viennent en annexe compléter un ouvrage entamé il y a de nombreuses années.

Comme le titre l’indique, l’auteur a centré son propos sur les questions de l’administration du territoire et l’organisation du pouvoir. Systématiquement des comparaisons sont opérées avec la situation prussienne mais aussi avec le développement des principautés au sein du royaume d’Allemagne, situant de la sorte l’histoire de la branche livonienne de l’ordre dans son contexte et faisant ressortir son originalité.

Le livre est subdivisé en neuf chapitres, dont sans les résumer systématiquement, je présenterai ici quelques unes des conclusions les plus significatives. La domination de l’ordre, aussi efficace fût-elle, n’eut pas l’envergure de celle d’un État moderne. Ce qui intéresse l’auteur est de montrer sous quelles formes s’est exercée la puissance politique des Teutoniques; il exclut de son champ d’analyse le développement urbain et économique, celui du monde paysan comme de la seigneurie pour se concentrer sur les vecteurs, les outils et les limites de la construction politique établie en Livonie.

Si les Teutoniques n’ont pas érigé un État »moderne«, ils ont néanmoins exercé le monopole de la violence légale tout en partageant avec une puissante strate épiscopale (Riga, Léal) les dominations spatiale et judiciaire: l’ordre n’exerce son autorité que sur les deux-tiers du territoire, sans bénéficier par ailleurs de tous les droits conférés à la branche prussienne par la bulle de Rimini de 1226/1235. La domination territoriale, entamée avec l’absorption de l’ordre des Porte-Glaive en 1238, fut lente à se construire: l’Ordre teutonique n’acquit entièrement l’Estonie que par achat au Danemark en 1346. Elle reposa à la fois sur des privilèges impériaux et pontificaux, des traités conclus avec les puissances voisines et des accords élaborés avec les populations locales. L’ordre détenait par ailleurs de vastes domaines, qu’il inféoda fort peu et tardivement. L’ensemble de son pouvoir se maintint jusqu’au XVIe siècle en dépit de violentes et longues oppositions de la part de l’évêque et de la ville de Riga (qui dut capituler en 1330) notamment. Néanmoins B. Jähnig juge anachronique l’emploi du terme de souveraineté qui n’illustre pas correctement la nature d’un pouvoir plutôt »confédéral« qui s’exerça sur la Livonie (p. 56).

La construction de forteresses fut, comme en Prusse, un instrument et un signe de la puissance de l’ordre, même si aucune d’elles ne peut se comparer à celle de Marienbourg. Avec le plus puissant, Riga, se dressaient à Segewold, Wenden, Ascherade d’imposants châteaux rectangulaires (64 au total) dont le réseau protégeait les frontières et quadrillaient l’espace interne, contrôlant des points stratégiques, servant de siège aux commanderies et dont l’utilité fut mise en valeur lors des révoltes comme celle des Estes en 1343. La Courlande et le Nord de l’Estonie furent, en revanche, moins solidement défendues. L’efficacité de ce maillage se mesure à l’absence de Fehden, de guerres privées en Livonie (p. 75).

L’ordre par ailleurs, sans exercer l’avouerie si répandue en Empire, contrôla l’Église, même si le pouvoir épiscopal lui opposa une réelle résistance. Contrôlant les chapitres cathédraux, le maître de Livonie prit en main assez souvent les sièges épiscopaux, en accord avec le grand maître de l’ordre et la curie pontificale. Le siège de Riga lui échappa toutefois en partie lors des règnes des empereurs Charles IV et Sigismond ou fut l’occasion de violents conflits. L’apogée de la domination de l’ordre sur le monde épiscopal se situe à l’époque du maître Wolter de Plettenberg (1494–1535). La Livonie se montra par ailleurs pauvre en monastères, l’essentiel relevant de l’Ordre cistercien ou de les ordres Mendiants, ces derniers étant comme en Prusse assez liés aux Teutoniques. Quant au réseau paroissial, en l’absence de paysans venus d’Allemagne, il fut largement constitué par l’ordre lui-même, autour des communautés indigènes christianisées dont les élites constituèrent une couche sociale au service de l’ordre (p. 199). À la fin du XVe siècle les Teutoniques étaient les patrons de 90 des 172 paroisses de Livonie. Mais ce réseau paroissial était encore à mailles bien larges à la fin du XVe siècle (p. 116).

L’administration territoriale dériva de celle mise en place par les Porte-Glaive. Elle dut composer avec les frontières diocésaines. Le réseau mis en place par l’ordre reposait sur le système des commanderies dont les limites ne respectaient pas toujours celles des territoires des tribus baltes. L’ordre constituait une »corporation« (p. 127) qui reposait sur un nombre assez médiocre de frères chevaliers, épaulés par des prêtres et des sergents. Leur nombre est mal connu, estimé à quelques centaines et seule la Visite de 1451 donne un nombre précis et fiable: à cette date la branche livonienne comptait dans ses rangs 197 chevaliers, 43 prêtres et 27 frères sergents. Ces faibles effectifs assuraient pourtant l’encadrement d’une façon efficace. Au contraire de ce qui se passa en Prusse seule une faible minorité provenait du pays lui-même: la grande majorité de membres de la branche livonienne était issue de Westphalie et de la petite noblesse ou de la ministérialité. Au XVIe siècle encore les maîtres de Livonie étaient issus de ces couches sociales (ainsi Wolter de Plettenberg). On manque malheureusement de sources pour évaluer le cursus des différents dignitaires. On connaît moins bien pour la Livonie que pour la Prusse le contenu de la politique intérieure conduite par les maîtres du pays. Ceux-ci, installés à Riga, se déplaçaient certes, délivraient des diplômes, rendaient la justice, mais en des termes qui demeurent flous. Pour des raisons de sécurité et à cause de l’opposition avec la ville et l’évêque, les forteresses de Wenden et Fellin devinrent tôt des centres secondaires de résidence et de pouvoir. Les activités de la chancellerie du maître de Livonie sont moins bien connues que celles de Prusse; elle était sous la main des chapelains du maître tel le chroniqueur Hermann de Wartberge (1364–1380). Comme en Prusse l’ordre développa les activités agricoles et commerciales, s’efforçant d’en dégager les revenus nécessaires à sa politique intérieure et extérieure (p. 191–192).

B. Jähnig termine son exposé en insistant sur le rôle de l’écrit dans la domination teutonique (p. 215–220), l’encadrement exercé par les commandeurs locaux (p. 220–230) qui se distingue de celui de la Prusse par l’absence des officiers subalternes comme les avoués (Vogt), et par un rapide aperçu de l’exercice de la justice, marqué encore au XVIe siècle par la faible pénétration du droit savant. La branche livonienne de l’ordre, conclut l’auteur, était bien aux marges de la chrétienté (in extremis christianitatis).

Comme l’indique B. Jähnig dans son introduction, ce travail appelle des compléments, notamment en utilisant des sources non éditées, dont l’inventaire est encore en partie à faire (ainsi dans les archives de Stockholm). L’étude de la domination de l’ordre Teutonique en Livonie du XIIIe au XVIe siècle devrait attirer de nouveaux chercheurs. En attendant, on aimerait voir ce livre traduit en français tant il offre au lecteur curieux un riche panorama, et au chercheur un solide marche pied.

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Zugriff vom: May 25, 2012