S. Breuer, Die Völkischen in Deutschland (Reiner Marcowitz)
Stefan Breuer, Die Völkischen in
Deutschland. Kaiserreich und Weimarer Republik, Darmstadt
(Wissenschaftliche Buchgesellschaft) 2008, 294 S., ISBN
978-3-534-21354-2, EUR 49,90.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Reiner Marcowitz, Metz
Stefan Breuer, sociologue à l’université d’Hambourg, est un spécialiste reconnu de de la droite en Allemagne aux XIXe et XXe siècles. Dans son nouvel ouvrage, il se concentre sur une partie de ce spectre politique: les groupes völkisch, qui ont vu le jour au début de l’Empire allemand. En comparaison avec d’autres groupes de la droite, ces derniers avaient, selon Breuer, une particularité, à savoir un profond scepticisme, non pas envers la modernisation en soi – qu’ils saluaient en principe en tant que progrès scientifique et technique –, mais envers ses conséquences. Ils se plaignaient d’une part de la désintégration de la société et de la prépondérance des aspects néfastes du capitalisme, et, d’autre part, de la perte des traditions et de l’harmonie sociale. Parmi les membres et les supporteurs du mouvement völkisch se trouvaient donc avant tout les perdants de cette évolution sociale que Breuer appelle »deuxième époque moderne«, en s’inspirant des catégories définies par le sociologue Ulrich Beck: agriculteurs, petits artisans et représentants de la bourgeoisie – professeurs, prêtres, journalistes et écrivains – préoccupés par la formation de nouvelles structures sociales. Pour échapper à la désorientation, ils se référaient au peuple en tant que communauté de coutume, de droit et de sang ainsi qu’au principe antimoderne de l’inégalité naturelle des hommes. Ainsi, naquit l’idée de créer des associations afin de s’assurer, à l’intérieur, le soutien des personnes partageant leurs idées, mais aussi la volonté de mieux défendre leurs intérêts à l’extérieur.
En se distinguant d’autres études du mouvement völkisch, Breuer se concentre, dans son analyse, sur les associations et les partis politiques qui faisaient, à l’époque de l’Empire allemand et de la république de Weimar, partie du mouvement völkisch. À partir des années 1880 et jusqu’à la fin de l’Empire allemand, on les trouvait dans le milieu antisémites et colonialistes, dans le mouvement de la réforme de la vie (Lebensreformbewegung) et de la culture (Kulturreformbewegung) ainsi que chez les partisans de l’hygiène raciale. Mais en dépit de ce large ancrage dans la société, les représentants du mouvement völkisch ne réussissaient pas à créer des partis politiques effectifs, étant donné que leur degré d’organisation restait limité et leur radicalisme les empêchait de devenir des partenaires efficaces et fiables auprès d’autres partis politiques.
Les bouleversements de la société allemande en 1918/19 – la défaite, la révolution de Novembre, la chute de l’Empire et la création de la république qui en résultèrent, éveillèrent l’intérêt pour l’idéologie völkisch. Les frustrations dues à la défaite et au traité de Versailles et les inquiétudes résultant de l’instabilité politique et socio-économique de la république suscitèrent l’intérêt pour l’idéologie völkisch parmi ceux qui avaient perdu leur orientation ou qui craignaient une déchéance sociale, notamment pendant les périodes cruciales de la république de Weimar, au début et à la fin des années 1920. De telle manière, le mouvement völkisch participait, avec d’autres groupes de la droite, à la destruction de la république de Weimar et préparait ainsi le terrain pour le parti national-socialiste. En revanche, ce dernier élimina, après sa prise de pouvoir en janvier 1933, le mouvement völkisch en intégrant une partie du mouvement dans ses propres rangs et en marginalisant ceux qui tentaient de garder leur indépendance. Par conséquent , les groupes völkisch, eux aussi, étaient responsables de l’échec de la république de Weimar, d’où leur importance pour l’histoire allemande.
L’auteur nous donne une analyse exigeante qui aurait mérité parfois – en plus du résumé de ses résultats – d’explications supplémentaires des notions utilisées. L’ouvrage de Stefan Breuer est cependant d’une grande valeur; il s’agit d’une étude essentielle quant aux idées de ce mouvement politique.

