T. von Lucca, Historia ecclesiastica nova, nebst Fortsetzungen bis 1329, hg. von Ottavio Clavuot (Mathieu Olivier)
Tholomeus von
Lucca, Historia ecclesiastica nova nebst Fortsetzungen bis 1329, hg.
von Ottavio Clavuot, nach Vorarbeiten von Ludwig Schmugge, Hannover
(Verlag Hahnsche Buchhandlung) 2009, LXXVIII–784 S. (Monumenta
Germaniae Historica. Scriptores, 39), ISBN 978-3-7752-5539-4, EUR
140,00.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Mathieu Olivier, Toulon
La première édition critique de cette importante chronique du début du XIVe siècle était attendue depuis de nombreuses années, pour ne pas dire quelques décennies déjà. On avait pu suivre de loin en loin, article par article, les progrès du patient travail heuristique et critique entrepris par Ludwig Schmugge dans les années 1970; alors que l’on croyait le projet entré en sommeil, c’est finalement Ottavio Clavuot qui le mena à terme pour enfin offrir au lecteur un texte fiable et périmer par là même la vieille édition précritique de Muratori au XVIIIe siècle.
Le titre, retenu par l’érudition moderne à la suite des manuscrits médiévaux, n’est pas usurpé. Le Dominicain italien Bartolomeo dei Fiadoni – alias Tholomeus Lucensis –, de son propre aveu, entendait composer une histoire ecclésiastique secundum formam Eusebii Cesariensis (épître dédicatoire, p. 3) et livre de fait à la postérité les dernières annales ecclésiastiques universelles de l’époque médiévale. Si, dans une œuvre structurée autour des pontificats, l’auteur s’attache en priorité aux successeurs de saint Pierre et autres viri ecclesiastici illustres (dominicains en particulier …), il élargit l’horizon de son récit au fil des livres pour livrer de nombreux aperçus sur des affaires plus profanes. Si l’on ajoute qu’il s’appuie sur de nombreuses sources aujourd’hui perdues ou en tout cas non identifiables pour les époques les plus récentes traitées dans son œuvre (voir à ce propos p. XLIII–XLV), on comprendra l’intérêt suscité par un texte qui se rattache autant voire plus au genre de la chronique universelle des papes et des empereurs qu’à la veine eusébienne. L’histoire du royaume normand de Sicile, les luttes entre Guelfes et Gibelins en Italie, mais aussi les péripéties militaires en Terre sainte jusqu’à la chute d’Acre en 1291 trouvent ainsi une caisse de résonance privilégiée dans l’»Historia Ecclesiastica Nova«.
Jusqu’aux travaux pionniers de L. Schmugge, de nombreuses questions critiques étaient restées en suspens. O. Clavuot résume ici à grands traits les conclusions que son prédécesseur avait pu tirer de l’examen attentif du texte et de sa traduction complexe (plus de 20 manuscrits médiévaux). Bartolomeo, pour des raisons assez obscures, interrompit la rédaction de son œuvre de longue haleine entre 1314 et 1316 alors qu’il venait d’entamer le récit du pontificat de Boniface VIII. L. Schmugge avait cependant pu démontrer avec de bons arguments que la première des continuations éditées ici, présente dans une partie seulement de la tradition, avait toute chance d’avoir été composée par Bartolomeo lui-même à une date inconnue avant 1329. D’autres suivront, œuvres anonymes et modestes le plus souvent – celle due à la plume de Heinrich von Diessenhofen faisant ici exception (p. 689–701). Trois groupes peuvent être isolés au sein de la tradition, chacun étant représenté par plusieurs bons témoins. Sur ce point encore, O. Clavuot fait siennes les conclusions de L. Schmugge – et l’on pourra tout de même s’étonner en l’espèce que le tableau de la tradition tel qu’il ressort d’une étude de ce dernier publiée en 1976 dans le »Deutsches Archiv« n’ait apparemment pas fait l’objet d’un complément d’enquête pour la présente édition.
Établi sur la base d’un groupe restreint de quelques manuscrits dont les variantes sont données dans l’apparat critique, le texte lui-même est donné à lire selon les normes de présentation propres aux MGH. Le lecteur averti retrouvera donc, pour son plus grand bonheur, l’appareil fourni de notes critiques qui a fait la réputation des Monumenta. Au vu de l’extraordinaire richesse du texte, l’éditeur s’en est logiquement tenu à un programme minimum: identification des sources, des toponymes et des anthroponymes, explicitation de passages obscurs. Moins compréhensible peut-être est la prise en compte très lacunaire de la bibliographie de ces dix ou quinze dernières années. Notons également au passage quelques approximations – à propos, par exemple, de la fondation de l’ordre Teutonique et de la conquête de la Livonie (p. 517 note 72–73) –, quelques interprétations discutables du texte – l’ordo Hospitalariorum dont la fondation à Jérusalem est évoquée au livre XIX, chapitres 20–21 ne renvoie-t-il pas tout simplement aux hospitaliers de Saint-Jean plutôt qu’aux antonins ou à l’ordre de Saint-Lazare (p. 454, notes 187–188)? On ne saurait cependant en tenir vraiment rigueur à l’éditeur, tant la masse d’informations brassées par Bartolomeo dei Fiadoni est impressionnante. L’édition présentée ici répond en tout point aux exigences d’un travail critique de haut niveau et conduira assurément à un regain d’intérêt pour l’œuvre et sa réception.
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