K. Keats-Rohan, Prosopography Approaches and Applications (Hélène Millet)
K. S. B.
Keats-Rohan (ed.), Prosopography Approaches and Applications. A
Handbook, Oxford (Unit for Prosographical Research, Linacre College)
2007, XIX–635 p. (Prosopographica et Genealogica, 13), ISBN
978-1-900934-12-1, GBP 65,00.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Hélène Millet, Paris
Le volume édité par K. S. B. Keats-Rohan s’annonce comme un manuel divisé en deux parties: une introduction à la méthode prosopographique suivie par un recueil d’exemples. Mais ce n’est qu’un habillage donné à un ensemble hétérogène, qualifié de »caméléon ou chimère«, dans le titre donné à l’introduction. En effet, aux actes d’un colloque intitulé »Prosopography Approaches and Applications« qui a eu lieu en 2005, l’éditrice a ajouté quelques textes résultant de commandes individuelles ainsi que la traduction en anglais d’un document publié en néerlandais sur le site de l’université de Gand: un »Short Manuel to the Art of Prosopography« rédigé par Myriam Carlier, Jan Dumolyn et Koenraad Verboven (p. 35–69). Cet essai à trois voix correspond, quant à lui, tout à fait à ce que l’on attend d’un manuel: dans un style simple et direct, il donne aux apprentis chercheurs une définition et un aperçu de la méthode prosopographique, de ses champs d’application et des fruits qu’on en peut escompter. On s’étonne de ce qu’il n’ait pas été placé en tête du volume, car l’introduction qui le précède, due à l’éditrice, poursuit un objectif assez similaire sans balayer la totalité de la question, et, sur les points qui leur sont communs, l’introduction est généralement plus bavarde que le manuel. Il faut donc inverser l’ordre de lecture pour éviter la curieuse impression de régresser.
Tout le reste du livre est dévolu à 27 contributions, dont certaines développent des exemples d’enquêtes prosopographiques pour en tirer un enseignement méthodologique, tandis que les autres se bornent à décrire les tenants et les aboutissants des projets. Les entreprises ainsi présentées peuvent être individuelles ou avoir occupé plusieurs générations de chercheurs. Les sujets abordés se signalent par leur grande diversité et balayent 2500 ans d’histoire (du Ve siècle avant J.-C. au XXe siècle de notre ère); ils portent majoritairement sur l’Occident, avec des fenêtres ouvertes sur les aborigènes du Canada (Heather Devine, p. 361–386) et, pour l’époque médiévale, Byzance (Claudia Ludwig, p. 241–251) et surtout le Proche-Orient arabe. Les sources islamiques se prêtent admirablement à l’emploi de la méthode, en particulier les recueils de biographies de notables qui font figure d’ancêtres de la prosopographie (R. Kevin Jaques, p. 387–414).
Faute de pouvoir rendre compte de toutes les contributions, j’en signalerai quelques-unes qui répondent particulièrement bien à l’orientation didactique du recueil. Ralph W. Mathisen (p. 95–126) a cherché les raisons pour lesquelles tant de projets de création de bases de données annoncés dans les années 1980 ont disparu ou n’ont pas abouti. Ses analyses le conduisent à formuler des conseils pratiques fort judicieux et à plébisciter la simplicité, gage d’utilité et de pérennité: un article à lire attentivement avant de lancer toute nouvelle entreprise! Dans une veine un peu similaire, Dion C. Smythe expose la manière dont un prosopographe doit interroger ses sources et organiser les informations qu’il peut en tirer (p. 127–137). Les intérêts de K. S. B. Keats-Rohan pour l’anthroponymie l’ont conduite à écrire elle-même une longue méditation sur la compréhension et l’usage des noms (p. 139–181) tandis que deux autres contributions ont montré comment pouvait être relevé le défi d’inclure les anonymes dans une population (David E. Pelteret, p. 183–196 et Francesca Tinti, p. 197–209).
Certains des projets décrits ont aussi recours à la généalogie (le recueil est lui-même le 13e volume de la collection »Prosopographica et Genealogia«) et à l’analyse de réseaux (Nuno Camarinhas, p. 555–566). Des orientations bibliographiques sont données à la fin de chaque contribution, ce qui n’a pas empêché l’éditrice de proposer in fine une bibliographie sélective de quinze pages. Celle-ci dresse un état de l’art qui s’appuie majoritairement sur les travaux en langue anglaise et, à lire l’introduction de K. S. B. Keats-Rohan, il pourrait sembler que le seul nom de Bourdieu suffit à résumer la recherche française en la matière. Malgré ce regard quelque peu univoque, un constat s’impose: des deux côtés de la Manche, on partage la même conception de la prosopographie, laquelle doit être distinguée de la Personenforschung telle qu’elle a été pratiquée dans le monde germanique. Un index analytique, une présentation des auteurs et, situés au début, des résumés de chaque contribution s’offrent comme d’utiles outils pour naviguer dans un livre qui reste touffu et non exempt de répétitions.
Lizenzhinweis: Dieser Beitrag unterliegt der Creative-Commons-Lizenz Namensnennung-Keine kommerzielle Nutzung-Keine Bearbeitung (CC-BY-NC-ND), darf also unter diesen Bedingungen elektronisch benutzt, übermittelt, ausgedruckt und zum Download bereitgestellt werden. Den Text der Lizenz erreichen Sie hier: http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/de
Your download should start automatically.
To download manually click: here
- Zitation
-
: Rezension von: K. S. B. Keats-Rohan (ed.), Prosopography Approaches and Applications. A Handbook, Oxford (Unit for Prosographical Research, Linacre College) 2007, XIX–635 p. (Prosopographica et Genealogica, 13), ISBN 978-1-900934-12-1, GBP 65,00. In: Francia-Recensio 2011/2 | Mittelalter - Moyen Âge (500-1500) URL: http://www.perspectivia.net/content/publikationen/francia/francia-recensio/2011-2/MA/keats_millet Veröffentlicht am: May 21, 2013 Zugriff vom: May 21, 2013

