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G. Barone, A. Paravicini Bagliani, Gesta di Innocenzo III (Olivier Hanne)

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Giulia Barone, Agostino Paravicini Bagliani (a cura di), Gesta di Innocenzo III. Traduzione di Stanislao Fioramonti

Francia-Recensio 2011/2 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

Giulia Barone, Agostino Paravicini Bagliani (a cura di), Gesta di Innocenzo III. Traduzione di Stanislao Fioramonti, Roma (Viella Libreria Editrice) 2011, 304 p. (La corte dei papi, 20), ISBN 978-88-8334-387-2, EUR 27,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Olivier Hanne, Gap

L’ouvrage consiste en une traduction italienne des »Gesta Innocentii Papae III«, introduite par une présentation de la source (p. 7–16) et une courte biographie d’Innocent III (p. 17–45). La signature de Werner Maleczek donne à l’ensemble une caution scientifique de poids, puisque le professeur de l’Institut für Österreichische Geschichtsforschung de Vienne est depuis quarante ans chargé de l’édition critique des registres d’Innocent III. Il est certainement aujourd’hui le meilleur spécialiste de ce pontificat et de la prosopographie des cardinaux au tournant des XIIe et XIIIe siècles. Si le domaine de Giulia Barone est la vie religieuse et la sainteté en Italie médiévale, elle s’est intéressée depuis déjà une dizaine d’années à Innocent III, à son rôle dans l’évolution des mouvements spirituels et aux »Gesta« elles-mêmes. Enfin, Stanislao Fioramonti, qui a assuré la traduction complète de la source, achève ici son défi commencé en 1998 d’offrir au lecteur italien l’ensemble des œuvres théologiques d’Innocent III. L’ouvrage est donc le fruit d’une riche collaboration de spécialistes.

La courte introduction de Giulia Barone rappelle l’importance des »Gesta« pour la connaissance d’Innocent III. Malgré l’absence de prologue, sa structure et ses objectifs obéissent au modèle qu’est la vita pontificale, celle du »Liber pontificalis«. L’auteur anonyme, qui a achevé son travail en 1208, a eu accès aux archives de la chancellerie, possédait une solide culture juridique et devait être un proche du pape. Giulia Barone propose de l’identifier à Giovanni, cardinal-diacre de Sainte-Marie in Cosmedin, de préférence à Ottaviano, cardinal-diacre des Saints-Serge-et-Bacchus ou à Pietro Collaviccino de Bénévent, hypothèses défendues respectivement par David P. Gress-Wright dans son édition des »Gesta«, »The Gesta Innocentii III. Text, Introduction and Commentary« (Ph. D. Diss., Ann Arbor, Michigan 1981), et James M. Powell dans sa traduction anglaise de la même source, »The Deeds of Pope Innocent III by an Anonymous Author« (Washington, 2004). Concernant la structure de l’ouvrage, Giulia Barone, fidèle à la tradition historiographique, souligne l’hétérogénéité des »Gesta«, lesquels associent des séquences narratives soignées à un dossier de lettres qui semble plaqué dans le récit, mais utilisé »avec une grande habileté«. Giulia Barone pense que cette différence de style littéraire dans la source peut être attribuée à l’état d’avancement de la politique d’Innocent III, les parties narratives ayant été mises en forme par l’anonyme lorsque l’un des objectifs du pape avait été atteint (victoire contre Markward d’Annweiler, soumission de Rome, récupérations dans le Patrimoine), tandis que les autres thématiques étaient laissées en friche sous forme de compilation épistolaire en attendant la victoire pontificale (lutte avec l’Empire ou contre l’hérésie par exemple). Cette présentation de la source reprend donc l’essentiel des informations et des débats autour des »Gesta«. Elle a le défaut de négliger tous les enjeux codicologiques et le problème de la datation des strates de rédaction, aspects dégagés par David Gress-Wright et Wilhelm Imkamp, »Das Kirchenbild Innocenz’ III. 1198–1216« (Stuttgart 1983), et que l’on peut désormais difficilement ignorer.

Werner Maleczek propose ensuite une biographie d’Innocent III, laquelle est une simple reprise de sa notice parue en 2004 dans le »Dizionario biografico degli Italiani« (vol. 62, Rome, p. 419–435). Le début de son récit suit une trame chronologique assez classique (origines, formation intellectuelle, élection pontificale), puis envisage l’ensemble du pontificat sous l’angle thématique (œuvres, ecclésiologie, rôle de la curie, IVe croisade, hérésies, mouvements religieux, politique en Italie centrale et à Rome, conflit avec l’Empire, relations avec la France, l’Angleterre et les autres royaumes d’Europe), avant de terminer par le Concile de Latran IV. La présentation, qui s’adresse avant tout à un public de non spécialistes, est claire, argumentée et prend en compte les révisions historiques des dernières décennies, notamment sur la place du droit dans la pensée du pape, les relations avec l’épiscopat, la réforme de l’Église. Elle reste toutefois limitée dans ses apports précis et ses références aux sources.

La traduction elle-même des »Gesta« s’appuie sur l’édition de la source parue dans la Patrologie latine, même si Stanislao Fioramonti assure avoir consulté les travaux de David Gress-Wright et de James M. Powell. Son ambition était de conserver au texte sa saveur tout en le rendant accessible au lecteur moderne, objectifs qu’il a parfaitement réalisés. La traduction italienne est en effet d’une grande clarté, même lorsqu’il aborde les actes pontificaux, dont le style une fois traduit aurait pu aboutir à des lourdeurs ou à un éloignement du texte, écueils qu’évite Stanislao Fioramonti. Le traducteur accompagne son texte de quelques notes qui, pour l’essentiel, donnent des précisions sur les personnages dont il est question (dates, fonctions exercées), et termine l’ouvrage par une liste des cardinaux cités et un index des noms et des lieux. Le texte italien n’a de défauts qu’à l’intérieur de son propre genre, aussi semble-t-il vain de critiquer des choix sémantiques imposés par l’interprétation que génère toujours une traduction. Faut-il, par exemple, traduire l’expression latine scolastica studia par »studi scolastici«, laissant penser que les écoles de la fin du XIIe siècle étaient déjà marquées par un enseignement de type scolastique? Qu’est-ce que la tenax memoria sinon une »mémoire fidèle«, plutôt que »tenace«? Ce sont là des questions de détail. Plus sérieusement, le médiéviste regrettera l’absence de toute référence à la tradition manuscrite et à l’édition de David Gress-Wright, au profit de celle de Migne, souvent fautive. L’absence d’un véritable apparat critique nuit à l’étude du texte, car les »Gesta« ayant une structure thématique, les aller-retour dans la chronologie des années 1198–1208 sont permanents, et peu de notes rappellent au lecteur à quelle date il se situe, d’autant que le traducteur ne renvoie pas à la biographie du pape de Werner Maleczek, pourtant située en début de volume. Le non-spécialiste sera en outre facilement dérouté par un texte qui n’est scandé par aucune rupture, ni titre de chapitre, ni rubrique, qu’il était pourtant légitime à un traducteur d’ajouter sans trahir sa source. Dans un texte qui fait référence à un grand nombre de toponymes romains, de villes et de castra d’Italie centrale, l’absence de cartes s’avère particulièrement gênante. Le traducteur semble finalement négliger un siècle et demi de recherches et de commentaires sur la source, réalisant ainsi une traduction agréable et lisible mais épurée, comme on pouvait parfois en faire au XIXe siècle.

Plus qu’un apport à la recherche, l’ouvrage constitue surtout une nouvelle étape dans l’indispensable diffusion de la connaissance scientifique du pontificat d’Innocent III auprès d’un plus large public italien. Le médiéviste y trouvera toutefois un outil pratique lui facilitant le repérage et lui permettant de vérifier sa propre traduction, faite sur l’édition de David Gress-Wright.

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: Rezension von: Giulia Barone, Agostino Paravicini Bagliani (a cura di), Gesta di Innocenzo III. Traduzione di Stanislao Fioramonti, Roma (Viella Libreria Editrice) 2011, 304 p. (La corte dei papi, 20), ISBN 978-88-8334-387-2, EUR 27,00.
In: Francia-Recensio 2011/2 | Mittelalter - Moyen Âge (500-1500)
URL: http://www.perspectivia.net/content/publikationen/francia/francia-recensio/2011-2/MA/barone_hanne
Veröffentlicht am: Jun 20, 2013
Zugriff vom: Jun 20, 2013
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