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R. Reuth, Hitlers Judenhass (Rita Thalmann)

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Ralf Georg Reuth, Hitlers Judenhass. Klischee und Wirklichkeit

Francia-Recensio 2010/3 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine

Ralf Georg Reuth, Hitlers Judenhass. Klischee und Wirklichkeit, München, Zürich (Piper) 2009, 376 S., 26 Abb., ISBN 978-3-492-05177-4, EUR 22,95.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Rita Thalmann, Paris

Manifestement fasciné par quelques uns des principaux acteurs dont il a écrit les biographies, tout en contribuant aussi à édition partielle du »Journal de Goebbels«, l’auteur se fait fort de démontrer les clichés concernant Hitler et sa haine des juifs. Pour ce faire, il recourt à l’historisation. Démarche plus proche de la relativisation d’Ernst Nolte que des historiens Martin Broszat et Francois Furet, pionniers allemand et français en la matière.

Né en 1952 en Haute-Franconie (Bavière), bastion initial du nazisme, Reuth, en complément d’études germaniques, a suivi des cours d’histoire et soutenu en 1983 une thèse d’histoire (intitulé non mentionné) sous la direction d’Andreas Hillgruber, l’un des trois historiens qui, avec Nolte, au milieu des années 1980, furent au cœur de la controverse allemande sur la singularité de l’extermination des juifs par le régime nazi.

De son activité de journaliste Reuth retient l’art des formules choc dans l’intitulé des six chapitres de l’ouvrage. À savoir: 1. L’incroyable. L’ami initial des juifs. 2. La réalité minimisée. Le Conseil de soldats de la »république juive des conseils«. 3. Le tabou. L’antisémitisme radical comme réaction au bolchevisme juif. 4. La causalité gênante. L’antisémitisme radical comme réaction au capitalisme juif. 5. L’inconcevable. Le théoricien de la conjuration mondiale. 6. La conséquence controversée. Programmateur de la destruction du monde.

On peut néanmoins se demander si, pour évoquer le thème spécifique de la haine des juifs Hitler récusait le terme d’antisémitisme en déclarant qu’il n’avait aucune animosité contre d’autres Sémites comme les Arabes – il suffit de vouloir dépasser ou surpasser (?) les trois biographies principales, selon lui (Alan Bullock, Joachim C. Fest et Ian Kershaw) et de s’appuyer sur des citations en fonction des besoins, souvent de seconde main, jusqu’à faire de Heine un converti au catholicisme, sans référence aux nombreuses études spécifiques, dont notamment »Hitler et les Juifs. Genèse d’un génocide« (Paris 1989) de l’historien suisse Philippe Burrin, né, comme lui, en 1952. Conscient des lacunes documentaires, ce dernier, au lieu d’afficher une thèse univoque du début à la fin, avance prudemment en se fondant »sur des témoignages dûment attestés pour esquisser ce que des historiens américains ont appelé »La voie sinueuse jusqu’à Auschwitz« (The twisted road to Auschwitz).

Reste l’argument de la nouveauté d’une tout autre image d’Hitler obsédé par sa haine des juifs et de la conjuration juive mondiale. Celle-ci n’aurait émergé qu’en 1919 dans le contexte de sa double expérience munichoise du Conseil révolutionnaire de soldats et du choc du diktat de Versailles – sans guillemets. Thèse qui s’inscrit en faux contre le récit des années viennoises et de guerre de »Mein Kampf«. Mais si cette partie relève du mythe, pourquoi l’utiliser par ailleurs sans critique? Suffit-il, par ailleurs, de s’appuyer sur les seuls ouvrages de Brigitte Hamann et d’Anton Joachimsthaler pour réfuter l’existence d’une haine des juifs durant la période viennoise, capitale d’un empire déchiré par les conflits interethniques, qui comptait prés de 10% de juifs, en partie aux origines de l’Est très marquées. Même si Hitler peut avoir eu quelques relations juives (»amis« est sans doute excessif) à une époque où il vivait difficilement, cela conforte tout au plus, comme le note Kershaw, sa capacité d’adaptation. Perceptible en de nombreuses autres circonstances, celle-ci n’exclut pas son admiration pour le tribun viennois antisémite Karl Lueger.

Autre thèse peu plausible: celle de l’apolitisme avant 1919. Car comment qualifier l’abandon en 1913 de l’armée autrichienne et l’engagement en 1914 comme volontaire au service de l’Allemagne en guerre, sinon par le poids du pangermanisme présent chez les Autrichiens de langue et de culture allemande, en réaction aux autres minorités? Comment concevoir aussi que le jeune Hitler, si avide de lectures en tous genres, ait négligé les écrits racistes de Jörg Lanz von Liebenfels, Guido von List, Georg von Schönerer, et surtout de Houston Stewart Chamberlain qu’il a vénéré et même rencontré en 1923. Or, tous ces ouvrages sont d’abord paru à Vienne. À force de mettre la haine des juifs sur la seule obsession du »judéo-bolchevisme« et, dans une moindre mesure, du complot »judéo-capitaliste« puisque l’alliance britannique était souhaitée, il y a sous-estimation manifeste de l’obsession de la pureté raciale indispensable à la régénérescence d’une Allemagne dominant le monde. Thème inlassablement martelé jusqu’aux injonctions du testament. Rappelons le rôle à Munich de la Société d’hygiène raciale et de l’un de ses membres, l’éditeur Julius Lehmann, qui fit parvenir au chef nazi incarcéré le deuxième tome des travaux sur l’hérédité de Friedrich Lenz, futur co-auteur de la loi de stérilisation, nommé directeur de la section Eugénisme de l’Institut Kaiser Wilhelm. Ouvrage de 1921 intitulé »La sélection humaine et les maladies du corps politique«.

Réduire à la dimension idéologique la haine hitlérienne des juifs, revient à ignorer la dimension scientifique, caution importante aux yeux d’une société hautement développée. »La route sinueuse vers Auschwitz« passe par la mise en place d’un service sanitaire d’hygiène raciale contrôlé par l’État prévoyant – comme l’annonce déjà »Mein Kampf«, des mesures d’assainissement impitoyables dont on connait les étapes depuis la loi de stérilisation jusqu’à la mise à mort des malades mentaux et des infirmes juifs et non juifs. C’est cette action réalisée majoritairement par gazage entre 1939 et 1941, mais suspendue dans le »Reich« après les protestations d’évêques et de pasteurs, qui constitue la base décisionnelle et opérationnelle du génocide après les meurtres de masse des Einsatzgruppen. Ensemble criminel, accentué par la »guerre de races«, qui viole délibérément les lois fondamentales d’une société civilisée. Ce que le chancelier se serait gardé de faire du moins jusqu’au pogrom de 1938 puisque, épisode non mentionné par l’auteur, il avait interdit toutes représailles en réponse à un attentat meurtrier similaire perpétré en 1936 en Suisse contre un chef nazi par un étudiant juif. Mais à l’époque, il fallait encore ménager les démocraties après la restauration du service militaire, la réoccupation de la Rhénanie et en prévision des Jeux olympiques de Berlin, enjeu de prestige du régime. C’est dire que la haine des juifs, pour obsessionnelle qu’elle fût, n’était pas le seul motif de la politique hitlérienne et qu’elle s’adaptait à la conjoncture et aux impératifs du régime.

L’échec des plans d’émigration, illustré par le fiasco de la conférence d’Évian où 32 États participants refusent d’accueillir les refugiés du Reich, marque une nouvelle quête de solution par l’expansion territoriale, puis la fuite dans la guerre. Ce n’est qu’après la succession de victoires initiales que la conscience de l’échec, perceptible entre l’été et l’automne 1941, intervient entrainant le génocide et la dynamique meurtrière, non d’un seul homme, même s’il en fut le décideur, mais d’un appareil d’exécutants et d’une logistique conformes à la conception technocratique d’un État hautement développé, fort éloigné des phantasmes d’un Dietrich Eckart des années munichoises.

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: Rezension von: Ralf Georg Reuth, Hitlers Judenhass. Klischee und Wirklichkeit, München, Zürich (Piper) 2009, 376 S., 26 Abb., ISBN 978-3-492-05177-4, EUR 22,95.
In: Francia-Recensio 2010/3 | 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine
URL: http://www.perspectivia.net/content/publikationen/francia/francia-recensio/2010-3/ZG/reuth_thalmann
Veröffentlicht am: May 20, 2013
Zugriff vom: May 20, 2013
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