M. Reitmayer, R. Rosenberger, Unternehmen am Ende des »goldenen Zeitalters« (Françoise Berger)
Morten Reitmayer, Ruth
Rosenberger (Hg.), Unternehmen am Ende des »goldenen Zeitalters«.
Die 1970er Jahre in unternehmens- und wirtschaftshistorischer
Perspektive, Essen (Klartext) 2009, 338 S. (Bochumer Schriften zur
Unternehmens- und Industriegeschichte, 16), ISBN 978-3-89861-779-6,
EUR 24,90.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Françoise
Berger, Grenoble
Cet ouvrage est le 16e d’une remarquable collection d’histoire des entreprises publiées par le Cercle pour une histoire critique des entreprises et de l’industrie de l’université de Bochum (AKKU1) avec des publications toujours extrêmement stimulantes, abordant tant l’Allemagne que des aires plus larges, de l’échelle micro- à l’échelle macro-économique. Les difficiles années 1970 sont ici vues dans une perspective d’histoire économique globale et d’histoire des entreprises. Les exemples sont essentiellement allemands, avec cependant une incursion comparative en France et en Pologne.
L’ouvrage pose la question de »l’âge d’or« face au recul dû à la crise qui suivit. Cette époque de forte croissance, et le système économique qui lui était lié, portaient-ils en eux les raisons mêmes de ses difficultés à venir (comme l’affirme Eric Hobsbawm, cité par les auteurs2)? Ainsi, l’âge d’or du capitalisme s’achèverait brutalement avec la fin des Trente Glorieuses. Cet ouvrage collectif s’attache à montrer que cette absence de nuance est contraire à la réalité du terrain économique. Il propose une analyse propre à cette période des années 1970–1980, traitée sans regard sur le passé »d’avant le tremblement de terre«, car cette métaphore largement utilisée contraint la pensée à travers le filtre des Trente Glorieuses et ne facilite pas la compréhension des années 1970 comme »début du contemporain«.
Dans une introduction soignée et riche de très nombreuses références, Morten Reitmayer et Ruth Rosenberger exposent les quatre interprétations des années 1970 (suivant quatre phases historiographiques). La première est essentiellement celle d’une conséquence du double choc exogène – crise du système monétaire de Bretton-Woods et première crise du pétrole. La seconde interprétation s’est plus attachée aux conséquences des décisions nationales en matière de politique économique. La troisième a été apportée par des historiens économistes et se focalise sur les problèmes endogènes tels que la surcapacité générée par la haute conjoncture ou le recul de la mobilité des travailleurs. Enfin la dernière interprétation postule un changement majeur de la société.
Il n’y a en soi rien de très nouveau dans toutes ces explications générales et complémentaires de la crise, mais les exemples étudiés permettent une illustration précise de ces théories globales, abordées selon une thématique originale. En effet, à partir des quatre modèles interprétatifs a été développé un cadre d’analyse utilisé par l’ensemble des contributeurs de cet ouvrage collectif dont la présentation s’organise autour de trois grandes parties: producteurs, politique, sémantique.
Du côté des producteurs, le début des années 1970 semble marqué par un nouvel état d’esprit qui concerne l’ensemble de l’environnement et des méthodes de la production. Celle-ci touche tant à l’innovation, la modernisation cogérée ou la diminution de la capacité de production (chez Volkswagen, par exemple). Il s’agit aussi d’une mutation structurelle, comme on le constate tant à la Linde AG (Wiesbaden) où l’ancienne génération d’entrepreneurs familiaux est remplacée par des managers techniciens, qu’à la Rheinmetall AG (Berlin) où l’on passe progressivement d’une structure classique de Konzern à une structure de réseaux. C’est aussi la fin de certains espoirs – tels que la fin de la prétention de la Kienzle Apparate GmbH (Villingen) à devenir un acteur important dans le domaine informatique, ou la fin de certains »modèles«, ici dans le cas de l’industrie sidérurgique française de fin de siècle.
Du point de vue du lien de la production et de la politique, dans une approche plus macro-économique, on constate également, dès les années 1970, de nouvelles options, de nouvelles formes de relations, tout comme un renouvellement marqué de l’organisation patronale (en l’occurrence, la BDI, fédération de l’industrie allemande). La politique économique du gouvernement fédéral semble adopter de nouvelles options pour le commerce, plus libéral (influence de Friedmann?). La crise oblige à reconsidérer les relations entre entreprises, syndicats de producteurs et acteurs politiques, tout comme elle pèse sur les transferts de connaissances entre organismes de recherche et entreprise (exemples allemands) mais aussi, dans un domaine parallèle, en Pologne et en RDA.
La crise enfin laisse son empreinte jusque dans le vocabulaire et l’évolution des concepts sémantiques, tant autour de l’entrepreneur et de sa représentation renforcée par une politique médiatique offensive, que du consommateur et de son changement de posture. Les années 1970 peuvent-elles donc continuer à être analysées seulement comme la décennie de la crise? Les différents exemples ou les questions étudiées laissent plutôt penser que cette approche doit être révisée au vu des transformations multiformes qui n’ont pas été seulement des réponses à la crise. Elles s’expliquent par des mutations plus profondes de l’ensemble des éléments et des acteurs du système économique et industriel, les tensions dues à des adaptations ou des révisions des relations entre les entrepreneurs et leurs clients (reflet des mutations plus générales des sociétés), de la recherche, de l’éthique politique, de la transformation du capitalisme, etc.
Les études d’histoire économique sur le dernier quart du XXe siècle n’en sont qu’à leurs débuts. Ce travail collectif montre le grand intérêt d’une approche multiscalaire et comparative, prenant en compte un environnement plus large que la seule approche d’histoire des entreprises ou d’histoire économique »classique«. On peut espérer que d’autres recherches suivront (à cet égard la troisième partie de l’introduction s’achève sur les perspectives qui s’offrent pour d’autres études sur cette période) pour multiplier les exemples et les approches comparatives et affiner encore les concepts.
1 Arbeitskreis für kritische Unternehmens- und Industriegeschichte.
2 En particulier, avec deux facteurs principaux, la croissance séculaire de la productivité qui finit par détruire plus d’emplois qu’elle n’en génère, et la mise ne place d’une nouvelle division internationale du travail dans le cadre de la mondialisation.
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: Rezension von: Morten Reitmayer, Ruth Rosenberger (Hg.), Unternehmen am Ende des »goldenen Zeitalters«. Die 1970er Jahre in unternehmens- und wirtschaftshistorischer Perspektive, Essen (Klartext) 2009, 338 S. (Bochumer Schriften zur Unternehmens- und Industriegeschichte, 16), ISBN 978-3-89861-779-6, EUR 24,90. In: Francia-Recensio 2010/3 | 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine URL: http://www.perspectivia.net/content/publikationen/francia/francia-recensio/2010-3/ZG/reitmayer_berger Veröffentlicht am: May 19, 2013 Zugriff vom: May 19, 2013

