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J. Feuchter, Ketzer, Konsuln und Büßer (Ludovic Viallet)

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Jörg Feuchter, Ketzer, Konsuln und Büßer. Die späten Eliten von Montauban vor dem Inquisitor Petrus Cellani (1236/1241)

Francia-Recensio 2010/3 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

Jörg Feuchter, Ketzer, Konsuln und Büßer. Die späten Eliten von Montauban vor dem Inquisitor Petrus Cellani (1236/1241), Tübingen (Mohr Siebeck) 2008, XIV–607 S. (Spätmittelalter, Humanismus, Reformation, 40), ISBN 978-3-16-149285-3, EUR 119,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Ludovic Viallet, Saint-Just-Saint-Rambert

Issu d’une thèse de doctorat soutenue en février 2006 à l’université Humboldt de Berlin, cet ouvrage vient nous démontrer, en plus des travaux de Jörg Oberste, qu’on peut être un jeune historien allemand et enquêter sur le Midi de la France. Au-delà de la boutade, il faut se féliciter de pareil »décloisonnement« géographique, a fortiori lorsqu’il s’agit d’aborder l’hérésie qui a souvent pâti, on le sait, d’un traitement excessivement méridional. Le pivot de l’étude est la condamnation par l’inquisiteur Pierre Cellani, en 1241, de 256 habitants de la cité de Montauban en raison de leurs liens avec des hérétiques cathares et vaudois; mais en remontant en amont à la fondation de la ville (1141) et en aval jusqu’au début du XIVe siècle, Jörg Feuchter nous livre une véritable radiographie des élites urbaines, saisies sur une longue durée qui, seule, permet d’appréhender les dynamiques, stratégies et processus de fonctionnement d’une société locale.

L’organisation du livre décevra les adeptes du plan en trois parties – »à la française«, pourrait-on dire! – ou d’une structuration qui participe pleinement du travail de problématisation, puisqu’il s’agit d’une succession de huit chapitres ouverte avec l’introduction et la présentation des sources (chap. 1 et 2). L’auteur a le souci de justifier l’usage des concepts et des termes, et de les définir, tant en ce qui concerne les questions relatives aux contours des »élites« que celles touchant à »l’hérésie«, cette vaste nébuleuse ayant servi tant de desseins à partir des XIIe–XIIIe siècles. Affichant d’emblée sa volonté de réaliser une micro-histoire totale (»totale Mikrostudie«, p. 5), Jörg Feuchter croise les sources produites par l’Inquisition, principalement le registre des pénitences (Paenitenciae fratris Petri Sillani) concernant 653 habitants du Quercy comtal, qui nous est parvenu grâce à la fameuse »Collection Doat«, et les actes émanant des institutions urbaines – notamment le cartulaire dit »Livre rouge« – comme de l’Église locale. La description de la ville, qui comptait environ 5000 habitants dans la première moitié du XIIIe siècle, et surtout de ses élites, occupe le troisième chapitre, clos sur un jalon important: la présentation de neuf lignées montalbanaises particulièrement influentes, dont on va suivre la trajectoire jusqu’aux années de la crise, puis le destin après celle-ci.

Consacré à l’étude des conditions dans lesquelles se sont implantées l’hérésie des bons hommes et celle des pauvres de Lyon, le quatrième chapitre avait pour enjeu de parvenir à tirer toute la richesse potentielle contenue dans un matériau documentaire faisant état, de façon exceptionnelle, de deux mouvements hétérodoxes. Jörg Feuchter s’attache tout d’abord à cerner les contours de la communauté cathare, qui comportait des femmes, les lieux dans lesquels se déroulait la vie des »parfaits«, les facettes de leur activité religieuse ainsi que les modalités du soutien économique qui leur était apporté. La présence des Vaudois, elle, moins bien structurée dans la ville, est aussi moins bien documentée. Les Paenitenciae font connaître une maison et un cimetière, ainsi qu’une particulière aptitude à la guérison des malades. Quel avait été le passé, et quel pouvait encore être le présent, dans le giron de l’Église catholique, des personnes qui reçurent une pénitence? Ou, si l’on renverse les termes de la question, quel était le niveau d’adhésion aux croyances cathares et vaudoises, chez ceux que l’on condamna pour leurs relations avec l’hérésie, parfois, pour presque un cinquième d’entre eux, en raison de contacts avec les deux mouvements? La documentation émanant de l’Inquisition ne laisse pas facilement percevoir les degrés de l’engagement, ce qui laisse notamment supposer que ces derniers pouvaient aisément concilier des relations avec les tenants de deux hérésies pourtant très différentes, voire nettement opposées. En fait, Jörg Feuchter réfute tout réel syncrétisme et montre que les adhérents de chacun des mouvements peuvent être clairement distingués, d’autant que la cohabitation, loin d’être harmonieuse, fut notamment marquée par des controverses dogmatiques. Les »clientèles des deux hérésies« sont analysées dans des pages centrales de l’ouvrage (p. 243–256). De fait, peut-être aurait-il été plus pertinent d’intervertir ce chapitre et le suivant, consacré à la présentation de la carrière – et au-delà, certes, de tout un contexte – de cet inquisiteur septuagénaire, Pierre Cellani (chap. 5), dominicain de la première heure, mais entré dans l’ordre à l’âge d’une cinquantaine d’années après une vie laïque passée à la cour du comte et au sein des élites économiques de Toulouse. Délivrées entre le 28 avril et le 4 mai 1241, les sanctions ont transformé un groupe sociopolitique dominant en un groupe de pénitents, pour la plupart condamnés à des pèlerinages. On est bien loin, tel que l’écrit Jörg Feuchter en conclusion de son ouvrage (p. 451), de la formation locale d’une »société persécutrice« (Robert I. Moore). Les pénitences imposées font l’objet d’un chapitre entier (chap. 6), où elles sont mises en perspective, avant que l’enquête ne s’achève sur l’étude des prolongements sociopolitiques et religieux de cet événement dans la ville jusqu’en 1317, date de création de l’évêché de Montauban (chap. 7).

Certes, ce livre fort riche n’est pas exempt de quelques maladresses: ainsi de cette présentation de l’implantation et de l’activité des ordres Mendiants, abordée en un Exkurs à la fin du chapitre 7, place dont la justification semble tenir essentiellement à la volonté de faire subir un »examen critique« (p. 32) aux thèses de Jean-Louis Biget sur le rôle décisif de la réponse mendiante au Catharisme; ou de la conclusion construite en grande partie sur une juxtaposition de résumés des chapitres successifs; ou de l’insertion, parmi les nombreuses et intéressantes annexes, d’une carte intitulée »Ziele der Wallfahrten für die Montalbaner Büßer« (p. 548–549) qui est en fait une carte des »Chemins de Saint-Jacques« tirée de l’ouvrage publié il y a près de trente ans par Yves Bottineau. L’auteur de ces lignes n’est pas spécialiste de l’hérésie méridionale, et il ne s’agit pas de se positionner »pour« ou »contre«. Toutefois, il y a dans la bibliographie quelques manques que les dates de publication n’expliquent pas, ou pas entièrement: ce qui concerne la nébuleuse vaudoise aurait pu être enrichi de certaines études italiennes, notamment celles de Grado Merlo; en outre, plusieurs travaux de Jacques Chiffoleau, Uwe Brunn, Monique Zerner, voire ceux de Franck Mercier sur la »vauderie« d’Arras – certes postérieure de deux siècles au procès montalbanais – auraient pu nourrir la réflexion sur le rôle des pouvoirs dans l’invention de l’hérésie. On osera alors poser la question de la distanciation critique par rapport à la source inquisitoriale, ici principalement les Paenitenciae, source magnifique et fascinante peut-être un peu trop.

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J. Feuchter, Ketzer, Konsuln und Büßer (Ludovic Viallet)
In: Francia-Recensio, 2010-3, Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)
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Dokument zuletzt verändert am: Sep 13, 2010 04:31 PM
Zugriff vom: May 25, 2012