A. Ehlers, Die Ablasspraxis des Deutschen Ordens im Mittelalter (Mathieu Olivier)
Axel Ehlers, Die
Ablasspraxis des Deutschen Ordens im Mittelalter. Quellen und Studien
zur Geschichte des Deutschen Ordens, Marburg/Lahn (Elwert Verlag)
2007, X–659 S., 19 Abb., ISBN 978-3-7708-1307-0, EUR 48,00.
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On reconnaîtra avec l’auteur que les indulgences médiévales en lien avec l’ordre Teutonique étaient demeurées jusqu’à présent une quasi terra incognita, alors même que l’historiographie de cet ordre religieux-militaire est riche et profuse. Nul ne pourra plus en dire autant en refermant les quelque 660 pages de l’étude que leur consacre Axel Ehlers, version légèrement remaniée et augmentée d’une thèse soutenue à l’université de Göttingen en 2003. S’attaquer à un terrain historiographiquement vierge comporte de réels avantages; l’auteur eut en quelque sorte les coudées franches pour construire de bout en bout son objet d’étude, et pour soumettre son corpus d’analyse à la question sans être gêné par le legs positiviste. Il choisit de placer au cœur de ses investigations l’indulgence dans sa double dimension pragmatique et matérielle – une approche revendiquée par l’usage de la notion d’»Ablasspraxis«, par laquelle Axel Ehlers entend la pratique mais aussi, très concrètement, le maniement et la circulation de l’indulgence en milieu teutonique.
Pareille entreprise expose cependant son artisan à de nombreux écueils, dont le premier réside sans doute dans l’énorme travail archivistique qu’il implique, en l’absence presque totale de sources éditées en la matière. Axel Ehlers se sort avec brio de ce défi. Méticuleusement, il est parti à la rencontre d’une tradition textuelle méconnue. Plus encore que par son éparpillement, somme toute attendu, elle surprend le profane par sa diversité. Copies informes et copies notariées, mais aussi textes latins et versions en langue vulgaire coexistent tout au long du Moyen Âge, constituant de nombreux cas de double ou triple tradition qui font le délice du philologue chevronné qu’est Axel Ehlers. Il revient surtout à l’auteur d’avoir – enfin – arraché à l’oubli un ensemble d’une grande richesse, les »recueils d’indulgences«, les Summarien, qui se multiplièrent dans les rangs de l’ordre aux XIVe–XVe siècles et dont une situation documentaire très favorable nous permet, grâce au patient travail d’Axel Ehlers, de suivre la circulation géographique. La profusion de ces recueils constitue bien, aux yeux de l’auteur, l’un des traits distinctifs de la pratique teutonique en la matière. Supports très rarement conservés, deux Ablasstafeln autrichiennes de la fin du Moyen Âge (1466 et 1513) offrent du reste à lire l’un de ces récapitulatifs.
Le parcours proposé par l’auteur dans ce corpus a le mérite de la clarté. Trois premières parties sont dévolues à l’inventaire et à la caractérisation de trois groupes textuels distincts: indulgences générales au bénéfice de l’ordre tout d’abord; indulgences pour des commanderies ou des églises particulières ensuite; recueils d’indulgences enfin. Analytique et philologique, ce premier temps en précède un second où prévaut une approche plus synthétique, placée sous l’égide de la notion d’»l’indulgence[s] en usage« (Ablässe im Gebrauch). Axel Ehlers s’attarde sur les aspects les plus variés de la vie de l’indulgence, de son mode de présentation orale et visuelle à la dimension pécuniaire, en passant par la question des faux et des forgeries. Il n’oublie pas de prendre en compte, autant que la documentation le lui permet, l’accueil réservé au trésor d’indulgences constitué par l’ordre Teutonique depuis le début du XIIIe siècle. Beaucoup plus brèves, prenant en quelque sorte la forme d’épilogues, deux parties consacrées aux indulgences délivrées personnellement pour des membres de l’ordre d’une part, et aux campagnes d’indulgences au bénéfice de la branche livonienne de l’ordre à l’aube du XVIe siècle viennent compléter le corps de l’étude.
Le dossier de pièces transcrites, éditées, confrontées est si fourni – près de 200 pages – que l’on hésitera à employer à son propos l’expression habituelle d’appendice éditorial. Historien méticuleux des textes d’indulgence, l’auteur s’y révèle en philologue hors pair, habile à ajuster la technique éditoriale aux caractères fluctuants des traditions auxquelles le confronte son corpus.
On referme le gros ouvrage d’Axel Ehlers saisi d’admiration pour la précision et l’érudition d’une enquête qui en aurait découragé plus d’un. L’auteur fait mieux que relever le défi d’une quête archivistique impressionnante; il apporte une contribution capitale à la compréhension de l’ordre Teutonique comme institution religieuse et administrateur du sacré d’une part, et comme fabrique d’écrits d’autre part. Le lecteur, malgré tout, peine à se défaire d’un léger sentiment de frustration. Tout à sa tache philologique, Axel Ehlers fait le choix de constituer un objet d’étude assez refermé sur lui-même. En témoignent l’introduction et encore plus la trop maigre conclusion – moins de quatre pages. Même si les lacunes historiographiques en ce domaine rendent la tache malaisée, on aimerait mieux percevoir la spécificité de la praxis d’un ordre en lequel Hartmut Boockmann, un peu rapidement peut-être, voyait un collectionneur d’indulgences par excellence. Pareillement, on aimerait pouvoir arrimer la longue durée chronologique de l’étude (du début du XIIIe siècle au début du XVIe siècle) à celle de l’évolution des pratiques religieuses et de la spiritualité, que l’auteur ne signale que de façon très allusive. Admettons cependant que pareil élargissement eût excédé le cadre d’un travail doctoral. Beaucoup plus qu’un reproche, ce regret se voudrait donc un souhait pour l’avenir: espérons que dans la foulée de ce très beau travail, Axel Ehlers poursuive son exploration du marché médiéval de l’indulgence sur des bases documentaires plus larges.
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