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U. Braumann, Die Jahrzeitbücher des Konstanzer Domkapitels (Jean-Loup Lemaitre)

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Uwe Braumann, Die Jahrzeitbücher des Konstanzer Domkapitels. Teil 1 u. Teil 2

Francia-Recensio 2010/3 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

Uwe Braumann, Die Jahrzeitbücher des Konstanzer Domkapitels. Teil 1–2, Hannover (Verlag Hahnsche Buchhandlung) 2009, XXX–490 S. u. 491–820 S., 62 Tafeln (Monumenta Germaniae Historica. Libri memoriales et Necrologia. Nova series, 7), ISBN 978-3-7752-5507-3, EUR 220,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Jean-Loup Lemaitre, Paris

En 1888, Franz Ludwig Baumann publiait dans le premier volume de la nouvelle série des MGH, »Necrologia Germaniae«, les principaux obituaires du diocèse de Constance. Les textes concernant le chapitre cathédral furent alors inclus au sein des pages 282–296. Baumann rappelait, dans une introduction ne dépassant pas trois quarts de page, que le nécrologe du chapitre cathédral était perdu et qu’il en reconstituait en quelque sorte le texte à partir de quatre copies des XIIIe, XIVe et XVe siècles conservées aux archives générales du Land à Karlsruhe. Suivant une méthode qui allait être hélas suivie quelques années plus tard dans la série consacrée aux »Obituaires« dans le »Recueil des historiens de la France« publié par l’Académie des inscriptions et belles-lettres en France, il se contentait de donner une transcription partielle des notices, d’en donner le début, le nom et la qualité des défunts, laissant délibérément de côté tout ce qui concernait la fondation, sans préciser nulle part ni la méthode d’édition suivie, ni les raisons du choix. Il suffit de prendre le premier obit du ms. 64/8 pour apprécier la méthode: Obiit magister B(ertholdus), scolasticus Thur(icensis) et canonicus sancti Iohannis Constantiensis. In cuius anniversario fratribus presentibus et prebende sancti Cůonradi dantur quinque solidi de curia sua claustrali. La seconde phrase, in cujus etc., a été supprimée par Baumann. L’annotation était également réduite au minimum.

La nouvelle édition proposée par Uwe Braumann ne compte pas moins de 850 pages in-4°. C’est dire qu’elle n’a plus grand-chose à voir avec l’édition de 1888! U. Braumann s’appuie sur sept textes, dont trois ont été ignorés par Baumann, mais ce n’est pas seulement cet accroissement des sources qui a contribué à la prise de poids du volume. Comme pour les précédents volumes publiés dans la nouvelle série des »Libri memoriales et Necrologia«, on est en présence d’une véritable édition critique et commentée et non plus d’une simple transcription sommaire.

L’édition s’ouvre avec une vaste introduction historique et codicologique, qui fait suite à une vingtaine de pages de bibliographie. On passera sur quelques généralités concernant les obituaires (le travail est à l’origine une thèse de l'université Humboldt de Berlin) et sur les sources complémentaires pour l’histoire du chapitre cathédral. Les pages 9–45 sont consacrées à un survol de l’histoire du chapitre jusqu’à la fin du XVIe siècle, indispensable pour bien comprendre le fonctionnement des anniversaires. Si le chapitre a été fondé à la fin du VIIIe siècle, sous l’évêque Éginon de Constance, c’est surtout au XIIe siècle que se développe la Vita communis et avec elle la pratique des anniversaires. C’est au XIIIe siècle que sont rédigés les premiers statuts, en particulier en 1275 et en 1294. Plus importantes que ces pages, car il ne peut être question de faire ici une histoire exhaustive du chapitre et ce n’en est pas le lieu, sont celles qui traitent du bas clergé, celui qui est le plus directement touché par le fonctionnement des anniversaires et les distributions qui leur étaient liées. Sont successivement passés en revue le procureur, qui était chargé de la collecte et de la distribution des revenus qui leur sont affectées, et le sous-trésorier, qui apparaît en 1192 et qui doit être pris, jusqu’à la fin du XIIIe siècle, parmi les chapelains. L’office de sacristain, qui se met en place à la même époque, est assez vite tenu par deux personnes, des laïcs, jusqu’en 1329; puis la charge de premier sacristain est confiée à un prêtre pour des raisons canoniques car il ne convenait pas qu’un laïc s’occupe des vases sacrés; on trouve encore le sous-chantre. S’y ajoutent diverses prébendes comme la prébende de Saint-Conrad, les deux chapellenies trium lectionum érigées en 1350 et les confréries des chapelains, soit l’ancienne et la nouvelle confrérie (grande confrérie fondée en 1390).

Une partie importante de l’introduction est consacrée à la description des manuscrits (p. 46–110). U. Braumann a ajouté trois nouveaux textes à la liste de Baumann, conservés à Karlsruhe, Generallandesarchiv, ms. 64/70, 64/9 [partie], 64/10. Le plus ancien manuscrit, composé entre 1253 et 1255, est le ms. 64/8 (A de Baumann et K1 de Braumann). Il s’agit d’un manuscrit de très grande taille (50 x 31,5 cm) dont les feuillets renfermant l’obituaire (p. 5–53) sont intégralement reproduits en couleurs avec une légère réduction (78%) en fin de volume. Les descriptions sont particulièrement détaillées et on retiendra les analyses de contenu des ms. 64/8, 64/7, 64/9, qui montrent l’importance de ces textes pour l’histoire du chapitre car ils renferment à la suite du nécrologe non seulement de nombreux actes portant fondation d’anniversaires, mais aussi des statuts du chapitre et des listes de distributions. Le ms. 64/70 n’est représenté que par cinq feuillets écrits dans la première moitié du XVIe siècle; le ms. 64/9 n’avait été que partiellement pris en compte par Bauman (D) qui n’avait retenu que la Tabula anniversariorum de 1498 (p. 97–189 du ms.). Braumann publie ici (»Edition II«) le calendrier abrégé servant de table des distributions des pages 1–95. On trouve le ms. 64/10, soit le »Codex membranaceus circa annum 1475 conscriptus tabularii Caroliruhensis, hodie Ann. Nr 10 nuncupatus, re vera non liber anniversariorum sed liber reddituum ex anniversariis tribuendorum est«, qui avait été rejeté, à tort par Baumann (p. 283, n.1).

L’introduction se poursuit avec deux chapitres plus historiques, qui ne s’imposaient pas dans une édition de texte, mais dont la présence s’explique si l’on se rappelle que l’ouvrage est issu d’une thèse de doctorat en histoire (p. 110–176). Ils sont consacrés à une étude du contenu, aux fondations d’anniversaires et aux inhumations dans l’église de Constance, aux distributions qui en sont la conséquence et l’auteur peut ainsi mettre à profit toute la documentation qui fait suite, dans les principaux manuscrits, aux nécrologes eux-mêmes, et bien sûr les statuts, dont les articles reviennent fréquemment en note. Les nécrologes du chapitre de Constance ne sont pas seulement les mémoriaux de tous ceux qui ont confié leur salut aux prières du chapitre, ils donnent aussi un état, sélectif certes, d’une certaine forme de revenus et des distributions.

L’édition proprement dite occupe les pages 185–441. L’éditeur a pris le parti de donner l’ensemble des notices nécrologiques renfermées par les nécrologes du chapitre à travers deux éditions. L’»Edition I« repose sur l’ensemble des manuscrits en prenant comme base le plus ancien nécrologe (ms. 64/8), dont on trouve le fac-similé en fin de volume. L’»Edition II« s’appuie sur le ms. 64/10, un compte de distributions, dont le texte résume en quelque sorte celui des nécrologes eux-mêmes. Les deux éditions comptent chacune 810 entrées. Un système de symboles (carré, losange, cercle) permet de repérer les entrées de première main contenues dans chacun des manuscrits, la première main du ms. de base étant elle-même imprimée en gras.

Un apparat, donnant les variantes des autres manuscrits pour les entrées communes mais aussi les notices absentes de tel ou tel manuscrit, suit le texte des anniversaires de chaque jour. Le système est assez complexe mais on s’y fait assez vite dès que l’on en a saisi le fonctionnement. L’identification des personnes et des lieux cités est donnée dans de nombreuses notes infrapaginales, dont la plupart renvoient aux notes biographiques qui occupent le second volume. L’importance du chapitre, mais aussi celle de la tradition commémorative locale, font en sorte qu’il y a relativement peu de jours vacants (11, 19, 29 janvier; 7, 15–17, 28 février; 15, 24 mars; 19, 21 avril; 31 mai; 2, 3, 7, 19, 23 juin; 13 juillet; 2, 13, 30 août; 16 septembre; 11, 13, 14, 23, 30 octobre; 15, 17 novembre; 7, 9, 22 décembre) dans le nécrologe (Edition I).

Une annexe renferme les notices de fondations copiées dans les nécrologes, en commençant avec l’ordo prebende per circulum anni copié dans le ms. 64/8, aux pages 53–54, immédiatement à la suite du nécrologe (facs-sim. de la p. 53), soit 57 textes, rédigés entre les années 1253/1255 et 1480/1481.

Le second volume, modestement qualifié de »supplément« ou »annexe« (Anhang) est pour l’essentiel composé des notices biographiques des personnes dont l’obit est consigné dans les nécrologes du chapitre ou qui ont fondé un anniversaire, une fête … Soit 515 notices, classées par ordre alphabétique du nom de baptême pour ceux dont l’identifiant se limite à lui, Adelhaidis, Albertus, ou du nom patronymique ou d’origine pour ceux qui en sont pourvus, Rupert von Aach, Friedrich von Ablach, etc. En cas d’homonymie, les laïcs sont placés avant les clercs. Certaines lettres ont été regroupées: C et K sous C; D et T sous D; F et V sous F; I, J, Y sous I. Vient d’abord son numéro d’ordre suite auquel est donné le nom avec la forme sous laquelle il apparaît dans les textes, suivi de son numéro d’entrée dans le nécrologe, du jour d’inscription, et pour certains de son lieu d’inhumation: »10. Adelhidis (E 703). † XI 18. – Konstanz, Münsterfriedhof«. Chaque notice est ensuite divisée en quatre paragraphes, qui ne sont pas nécessairement tous présents dans la notice: I. Bibliographie. – II. Origine, provenance. – III. Dates connues de la vie. – IV. Tradition commémorative, à partir des autres nécrologes connus.

Dans quelques cas, l’auteur a regroupé les notices concernant les membres d’une même famille, ainsi pour les trois premières entrées, von Aach, 1. Berthold von Aach, 2 Rupert von Aach, 3. Ulrich von Aach, précédées d’une présentation globale de la famille en question, ou d’une manière plus élaborée encore, avec tableau généalogique, comme pour les Staufen, nos 446–452.

Le quatrième paragraphe renvoie essentiellement à des nécrologes publiés, notamment dans les »Necrologia Germaniae«. On redira ici l’intérêt qu’il y aurait, pour la recherche en ce domaine, de faire un relevé des nécrologes manuscrits conservés dans les bibliothèques et archives allemandes. Ce répertoire est complété par celui des officiers du chapitre, malheureusement peu fourni, avec 68 notices au total.

Les nécrologes, on le sait, sont construits sur un calendrier et celui-ci peut donner le sanctoral de l’église où il est en usage, ce qui est le cas ici. Les pages 726–746 offrent, sous forme de tableau synoptique, les fêtes présentes dans les six nécrologes complets du chapitre, sans toutefois entrer dans les détails des fêtes; même sec, ce dépouillement, sera très précieux pour toute étude sur le sanctoral du diocèse de Constance.

L’annexe se poursuit avec le catalogue des scribes (p. 747–763), catalogue qui eut mieux trouvé sa place après la description des manuscrits dans l’introduction, avec le relevé de cinquante mains pour l’édition I (de A à ZZ), et se termine avec le plan du groupe cathédral de Constance et les cartes sommaires des possessions du chapitre en Brisgau et sur le Rhin supérieur et autour du lac de Constance.

Une table alphabétique des noms de personne et de lieu termine le volume, rédigée de manière conventionnelle et non lemmatisée, ce qui ne s’imposait d’ailleurs pas ici (p. 775–820). On regrette toutefois l’absence d’une table des principales matières, d’un Index verborum.

Comme nous l’avons dit, un superbe fac-similé intégral en couleurs du plus ancien manuscrit et quelques pages témoins des autres textes accompagnent ce volume qui met désormais à la disposition des chercheurs un texte de premier ordre. Le travail accompli par U. Braumann sur ce texte rend désormais caduque l’édition de Baumann et conduit du même coup les historiens à s’interroger sur la validité des autres éditions publiées au XIXe siècle dans les »Necrologia Germaniae«.

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