T. van Rahden, Jews and Other Germans (Dominique Bourel)
Till van Rahden, Jews and
Other Germans. Civil Society, Religious Diversity, and Urban Politics
in Breslau, 1860–1925,
Madison (The University of Wisconsin Press) 2008, VIII–477 p., ISBN
0-299-22694-8, USD 29,95.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Dominique Bourel, Paris
Till van Rahden est l’un des meilleurs connaisseurs de l’histoire du judaïsme allemand dont les travaux sont toujours très attendus. La parution de la version allemande1 a été saluée comme il convenait et il est heureux qu’on puisse en disposer d’une excellente traduction anglaise, dans une série qui rappelle fort opportunément le nom de George L. Mosse, un des pionniers de ces études et qui a encouragé plusieurs générations de chercheurs. Ayant obtenu le prix Fraenkel, cette monographie est non seulement passionnante mais encore très novatrice. Les experts auront remarqué le titre rappelant l’ouvrage classique de Peter Gay ce qui est juste car l’auteur est aussi bon connaisseur des cultures non juives de l’Allemagne du temps, ce qui reste capital pour comprendre le destin des communautés juives. Celle de Breslau a tout pour attirer un chercheur puisque nous avons une étude de cas qui n’est pas Berlin, ni Hambourg, ni la Hesse ou la Bavière déjà abondamment traités et que nous pouvons désormais mettre en regard des monographies récentes dévolues à Köngisberg2 ou Cologne3.
L’originalité est de s’attarder sur les aspects positifs féconds et fructueux de la rencontre entre les juifs et les Allemands. Cette métropole sur l’Oder fut un grand centre culturel et social, très important pour l’histoire européenne et se prête parfaitement à écrire une histoire de l’intégration. L’auteur veut justement repenser les termes de subculture, de milieu, d’assimilation et d’acculturation mais avec le verdict des archives qui ne privilégie nullement le groupe des victimes. Ce sont les contacts qui l’intéressent. Pour lui, les juifs ne souhaitent pas faire partie d’une subculture mais bien partager la culture commune. Il préfère parler de »situational ethnicity«. Un des intérêts supplémentaires de Breslau est qu’elle permet une comparaison à trois termes, juifs, catholiques, protestants. Il existe un véritable libéralisme dans cette ville qui est autant l’œuvre des juifs que des protestants. Il évite aussi d’employer le qualificatif d’»Ostjude« avant 1914 car il ne rentre dans le vocabulaire politique qu’à partir de la Première Guerre mondiale.
L’analyse des structures sociales montre une communauté en essor rapide dans la bourgeoisie municipale puisque avant le début du XXe siècle (1895) sur les 450 médecins de Breslau, 44% sont juifs. Il n’hésite pas à traiter des questions encore un peu tabou: si les mariages mixtes étaient précisément le signe d’une intégration réussie? Une autre manière d’être juif, notamment avec un nouveau type de femmes? Dans les réponses au célèbre texte judéophobe de Treitschke, ce sont deux voies de Breslau qui sont les plus audibles, celle du rabbin Manuel Joel et celle du professeur Heinrich Graetz. Donc on ne peut même pas arguer d’une tiédeur juive, d’autant plus qu’on sait que le prestigieux Jüdisches Theologische Seminar était une place unique en Europe et même au monde en matière de sciences juives. C’est une bonne idée de chercher ceux qui furent citoyen d’honneur, comme Ferdinand Julius Cohn, professeur de botanique et l’un des fondateurs de la bactériologie.
Un livre qui marque une date, et qui surtout devrait intéresser bien plus que les cercles de judaïstes.
1 Till van Rahden, Juden und andere Breslauer. Die Beziehungen zwischen Juden, Protestanten und Katholiken in einer deutschen Großstadt von 1860 bis 1925, Göttingen 2000 (Kritische Studien zur Geschichtswissenschaft, 139).
2 Stefanie Schüler Springorum, Die jüdische Minderheit in Königsberg/Preußen 1871–1945, Göttingen Vandenhoeck 1996.
3 S. Magnus Shulamit, Jewish Emancipation in a German City, Cologne 1798–1871, Stanfort 1997.
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