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A. Mitchell, Nazi Paris (Fabrice Grenard)

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Allan Mitchell, Nazi Paris. The History of an Occupation, 1940–1944

Francia-Recensio 2010/2 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine

Allan Mitchell, Nazi Paris. The History of an Occupation, 1940–1944, Oxford (Berghahn Books) 2008, XIV–230 p. ISBN 978-1-84545-451-7, GBP 37.50.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Fabrice Grenard, Montreuil

Parmi les nombreux ouvrages portant sur la période de l’Occupation en France, Allan Mitchell observe que beaucoup s’intéressent davantage aux »occupés« qu’aux »occupants«. Mobilisant les archives allemandes conservées à Paris (série AJ 40), Fribourg (archives militaires), Berlin (ministère des affaires étrangères) ainsi que les archives d’institutions françaises impliquées dans la collaboration (administration, Police, Commissariat général aux questions juives), il décide de renverser cette perspective en s’intéressant à l’activité des services allemands installés à Paris entre 1940 et 1944.

La lecture de l’ouvrage peut se faire à deux niveaux dans la mesure où la démarche adoptée est à la fois chronologique et thématique. L’attitude allemande évoluant en fonction du contexte militaire, Mitchell organise son étude en quatre parties chronologiques, à l’intérieur desquelles des sous-parties thématiques permettent d’aborder les aspects militaires, politiques, économiques, culturels et antisémites de l’occupation allemande.

La première partie met en évidence le manque de préparation qui suivit l’entrée des troupes allemandes dans Paris (»si l’organisation des opérations militaires allemandes en mai–juin 1940 fut brillante, on ne peut en dire autant du système d’occupation qui s’ensuivit« p. 3). Elle s’intéresse ensuite au fonctionnement de l’administration militaire allemande (MBF), à l’imposition de la loi de l’occupant et ses conséquences sur la vie quotidienne et économique, à la volonté d’influencer l’opinion par le biais de la culture et de la propagande, à l’application des premières mesures antisémites visant à séparer les juifs du reste de la population.

Les répercussions de l’offensive allemande contre l’URSS en juin 1941 (développement de la résistance communiste) ouvrent une seconde phase: les actions »terroristes« (assassinats de soldats allemands, sabotages) firent de Paris une »place dangereuse« (p. 55) pour l’occupant après une première année plutôt calme. Ces actions entraînèrent une aggravation de la répression allemande et une réorganisation de l’appareil policier sous l’autorité de Carl Albrecht Oberg. Dans tous les domaines, le contrôle de l’occupant se renforçait et sa politique raciale franchissait un seuil supplémentaire avec les débuts de l’aryanisation et les premières déportations.

Le débarquement allié en Afrique du Nord (novembre 1942) constitue un nouveau tournant avec »le retour de la guerre en France«, alors que »depuis l’été 1940 le vacarme des batailles s’était déplacé vers des lieux éloignés« (p. 93). La décision d’étendre le système d’occupation à la zone sud entraîna une réorganisation de l’administration militaire tandis que l’intensification des activités de résistance, l’accumulation des difficultés conjuguée à une pénurie croissante de personnel aggravèrent les pressions allemandes sur la police et l’administration française. Le passage à la »guerre totale« accentua l’exploitation économique tandis que la détermination de déporter tous les juifs de France se décuplait avec les revers militaires.

À partir du débarquement allié en Normandie (juin 1944), alors que l’administration militaire préparait pourtant son évacuation vers l’est, les autorités occupantes ont tout fait, jusqu’à l’insurrection de la fin août 1944, pour montrer »qu’elles étaient toujours aux commandes et qu’elles avaient le pouvoir et les moyens d’imposer leur volonté aux Français« (p. 147).

Loin d’être planifiée, organisée et consensuelle, la nature de l’occupation allemande manqua considérablement de cohérence et fut marquée par des »batailles bureaucratiques« (p. 37) entre services: »à bien des égards, l’occupation nazie dysfonctionna de ses débuts jusqu’à la fin« (p. XI). Au-delà des conflits personnels (entre le chef du MBF Otto von Stülpnagel et son subordonné Werner Best par exemple) une véritable »lutte triangulaire« (p. 37) opposa ainsi le MBF, l’ambassade allemande et la Gestapo pour des questions de compétences et de pouvoirs. Le MBF dut également subir les interventions de représentants de divers services ministériels envoyés de Berlin, qui avaient des points de vue sur l’occupation souvent différents de responsables davantage au fait des réalités locales et conscients des conséquences désastreuses que pouvaient avoir une politique trop brutale. Tous les responsables allemands cherchaient à contrôler et exploiter la France dans l’intérêt du Reich, mais de nombreux désaccords se développèrent sur les méthodes à employer: si les dirigeants du MBF pouvaient parfois se montrer plus »modérés« que leurs homologues de Berlin, ce n’était pas tant pour préserver la France que pour assurer au mieux l’ordre public, la sécurité des troupes d’occupation et l’efficacité de la collaboration politique ou économique.

Plusieurs crises importantes éclatèrent, notamment sur la question de l’exécution d’otages en représailles d’actions »terroristes« (craignant qu’elles ne renforcent les sentiments anti-allemands en France, Otto von Stülpnagel protesta contre les exécutions de masse préconisées depuis Berlin); sur les méthodes et le calendrier à adopter pour la résolution de la »question juive« en France (face à l’impatience de Dannecker, l’ambassade et le MBF souhaitaient une politique plus graduelle afin de ne pas heurter l’opinion), sur la manière enfin d’exploiter l’économie française (contre la stratégie de »siphonage« des travailleurs français vers l’Allemagne préconisée par Sauckel, les dirigeants du MBF estimaient que la relance de l’économie française serait plus efficace dans l’intérêt du Reich).

Mal préparée, minée par les divisions entre services, l’occupation de Paris n’en fut pas moins globalement efficace du point de vue de l’occupant. Malgré une recrudescence d’attentats à partir de l’été 1941 (surtout localisés en banlieue), Paris fut sans doute la capitale »la plus calme et la plus sûre« de toute l’Europe (p. 109). La faiblesse des moyens allemands souligne d’autant plus la responsabilité de l’État français. Sans une collaboration active et volontaire de la police et des fonctionnaires français, il aurait été beaucoup plus difficile aux Allemands de réprimer les mouvements d’opposition et de satisfaire les quotas fixés par Berlin concernant les prélèvements économiques ou la déportation des juifs.

Si l’ouvrage se montre parfois hésitant sur la définition même de son sujet (s’agit-il de la politique d’occupation allemande uniquement pour Paris ou pour l’ensemble de la France?) et ne fait que confirmer sur plusieurs aspects des conclusions déjà soulignées par des travaux antérieurs, il offre une très bonne analyse à partir du cas français de ce que fut la »polycratie« nazie et présente l’ensemble des logiques à l’œuvre du côté de l’occupant ainsi que les nombreuses contradictions de sa politique d’occupation. Il évoque enfin, à travers les nombreux rapports utilisés, de mieux comprendre comment l’attitude et les réactions des Parisiens occupés furent perçues par leurs occupants (insistant à la fois sur la »germanophobie« de la population mais aussi sa grande »passivité« jusqu’au soulèvement final de l’été 1944).

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A. Mitchell, Nazi Paris (Fabrice Grenard)
In: Francia-Recensio, 2010-2, 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine
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Dokument zuletzt verändert am: Jul 02, 2010 12:21 PM
Zugriff vom: May 25, 2012