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S. Kmec, B. Majerus, M. Margue, P. Péporté, Dépasser le cadre national des »Lieux de mémoire« (Claire Gantet)

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Sonja Kmec, Benoît Majerus, Michel Margue, Pit Péporté, Dépasser le cadre national des »Lieux de mémoire«/Nationale Erinnerungsorte hinterfragt. Innovations méthodologiques, approches comparatives, lectures transnationales/Methodologische Innovationen, vergleichende Annäherungen, transnationale Lektüren

Francia-Recensio 2010/2 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine

Sonja Kmec, Benoît Majerus, Michel Margue, Pit Péporté, Dépasser le cadre national des »Lieux de mémoire«/Nationale Erinnerungsorte hinterfragt. Innovations méthodologiques, approches comparatives, lectures transnationales/Methodologische Innovationen, vergleichende Annäherungen, transnationale Lektüren, Bruxelles, Bern Berlin et al. (Peter Lang) 2009, 274 p. (Comparatisme et Société, 9), ISBN 978-90-5201-561-3, EUR 34,90.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Claire Gantet, München

Partant de la difficulté à formuler des lieux de mémoire luxembourgeois – quand bien même les structures mémorielles, caractérisées par la conjonction entre l’État (la Maison grand-ducale) et l’Église catholique et le lien entre l’historiographie et la politique, s’y signalent, du moins jusque récemment, par leurs continuités – et des dix années de débats écoulés depuis la parution du premier tome des Lieux de mémoire de Pierre Nora, les auteurs entendent proposer une approche attentive aux processus de construction, aux évolutions dans le temps et aux luttes d’influence (en particulier quant aux mémoires minoritaires et aux phénomènes de non-mémoires) de lieux de mémoire entendus comme des »points d’ancrage ou ‘points de cristallisation’ d'une mémoire collective d’ordre matériel, symbolique, idéel ou fonctionnel d’un ‘lieu’ où une communauté reconnaît son histoire« (p. 12). Les auteurs sont par là menés à mettre en cause le cadre national dans lequel Nora avait enfermé son objet d’étude. Le dépassement réflexif du projet initial de Nora, l’interdisciplinarité délibérée et l’ouverture aux lieux de mémoire transnationaux et européens (ou en Europe) inspirent dix-huit contributions qui ne peuvent ici être rendues que de façon lapidaire.

Quatre contributions, issues d’horizons disciplinaires variés, esquissent les contours de possibles méthodologies: en-deçà et au-delà d’un cadre national figé, Jean-Louis Tornatore souligne la dimension anthropologique de »l’espace-temps de la mémoire de la Lorraine sidérurgique«, Maarten Van Ginderachter dénonce l’adéquation de la mémoire collective aux productions des élites et en appelle à l’exploitation des »écritures ordinaires«; Christina Kleiser met en garde à l’inverse face aux chausse-trapes de l’usage de la biographie d’après l’exemple de l’œuvre écrasante de Jorge Semprún; Sara B. Young met en cause la distinction proposée par Jan et Aleida Assman entre la mémoire culturelle (normative) et la mémoire communicative (négociée au quotidien) à propos des immeubles préfabriqués de la RDA (les Neubauten), considérés avant la chute du mur comme des symboles du progressisme socialiste, réinterprétés après 1989 tantôt comme l’expression de la tristesse et monotonie du régime socialiste, tantôt au contraire dans le cadre de l’»Ostalgie« largement alimentée par les productions littéraires et filmographiques, comme un symbole identitaire positif.

La deuxième partie, sur le cadre national, est introduite par Jakob Vogel et illustrée par trois contributions, très diverses par leur objet et leur angle d’approche. Irène Herrmann expose l’échec, en Suisse, de l’entreprise des lieux de mémoire dans les années 1990, dû à la crispation économique, politique et idéologique. Martin Reisigl expose de façon abstraite les différences rhétoriques et linguistiques entre »Erinnerungsort« (qui repose sur une opération cognitive) et »Gedächtnisort« (pas toujours conscient). D’après l’exemple de l’activité et de la mémoire de la RAF dans les années 1970, Annette Vowinckel souligne la dimension émotionnelle de constructions mémorielles complexes, tissées d’oublis et de refoulements.

La troisième partie, centrée sur les notions de lieux de mémoires transnationaux et européens, est la plus fournie. Philippe Martin évoque les difficultés de la notion de lieu de mémoire pour l’Europe et la nécessité de hiérarchiser les »niveaux du souvenir«. Cette question est d’autant plus importante, renchérit Birgit Schwelling, que les mémoires incluent ou excluent et que l’universalisation de l’holocauste et d’Auschwitz comme mythe de fondation négatif de l’Europe n’est pas sans poser problème. D’après l’exemple de la reconversion de musées d’ethnologie nationale en ‘musées de l’Europe’ dans les années 1980, Camille Mazé relate la problématique définition d’un patrimoine européen. Carol Bergami aborde l’émergence d’une mémoire Sar-Sor-Lux transfrontalière, fluide et contradictoire dans les années 1990, sous l’effet de l’immigration et de l’européanisation. Vincent Calay expose les controverses liées à l’édification de monuments en l’honneur de l’Union européenne à Bruxelles, Luxembourg et Strasbourg et les imaginaires qu’ils servent et les valeurs qu’ils affichent. Cornélia Constantin se penche sur les logiques institutionnelles, régionales, nationales et européennes sous-tendant la topographie des lieux consacrés à la mémoire de Robert Schuman, »père de l’Europe«, entre sa mort en 1963 et 1990. Anne Sophie Krossa étudie les discours conflictuels portés en Pologne sur l’histoire, sur l’Europe et sur la mémoire. Rainer Hudemann rassemble les idées-clefs exposées ici ou là dans les contributions: interdisciplinarité, réflexion conceptuelle, transnationalité et comparaison, les difficultés de l’échelle européenne, l’oubli toujours relatif et recomposé, la diversité des sources à mobiliser; il souligne la temporalité, formée d’époques denses et de ruptures, la nécessité de conceptualiser et d’analyser les facteurs, vecteurs, blocages et ambivalences des mémoires transnationales.

Le caractère hétéroclite de cet ouvrage est une conséquence de son parti-pris très stimulant interdisciplinaire et transnational. À l’issue de sa lecture se posent les questions, abordées souvent de façon abstraite seulement, de l’inscription géographique et sociale, des hiérarchisations et imbrications des différentes mémoires invoquées. Il n’en reste pas moins qu’il démontre de façon très convaincante la nécessité de mettre en question le cadre national. En ceci, il est un jalon important dans la recherche sur notre nouveau »régime d’historicité« (François Hartog) hanté par la mémoire, habité par le présent.

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S. Kmec, B. Majerus, M. Margue, P. Péporté, Dépasser le cadre national des »Lieux de mémoire« (Claire Gantet)
In: Francia-Recensio, 2010-2, 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine
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Dokument zuletzt verändert am: Jul 08, 2010 10:05 AM
Zugriff vom: May 25, 2012