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S. Liebold, Starkes Frankreich – instabiles Deutschland (Nicole Piétri)

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Sebastian Liebold, Starkes Frankreich – instabiles Deutschland. Kulturstudien von Curtius/Bergstraesser und Vermeil zwischen Versailler Frieden und Berliner Notverordnungen

Francia-Recensio 2010/2 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine

Sebastian Liebold, Starkes Frankreich – instabiles Deutschland. Kulturstudien von Curtius/Bergstraesser und Vermeil zwischen Versailler Frieden und Berliner Notverordnungen, Münster (LIT) 2008, XVIII–162 p. (Chemnitzer Beiträge zur Politik und Geschichte, 3), ISBN 978-3-8258-1030-6, EUR 19,90.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Nicole Pietri, Neuilly-sur-Seine

En 1930 Ernst Robert Curtius et Arnold Bergstraesser publient ensemble les deux volumes de »Frankreich«. Curtius (1886–1956) est un des plus éminents romanistes de l’époque de Weimar. Il est l’auteur du premier tome intitulé: »Die französische Kultur. Eine Einführung« (La culture française. Une introduction), qui connut en France un énorme succès. Il écrit une histoire de la culture française, au cœur de laquelle réside l’unité culturelle de cette nation, telle qu’il la conçoit, unité incarnée, selon lui, par Paris. Curtius décrit l’histoire réussie de l’idée nationale en France, laquelle est en accord parfait à ses yeux avec l’idée de culture.

Le second volume conçu par Arnold Bergstraesser est intitulé: »Staat und Wirtschaft Frankreichs« (L’État et l’économie de la France). Son auteur (1896–1964) issu de la bourgeoisie protestante libérale, professeur à Heidelberg où il a dirigé l’Institut für Sozial und Staatswissenschaften (1932–1935), s’est vu contraint d’émigrer aux États-Unis où il enseigna à l’université. Revenu en Europe en 1954, il est l’un des fondateurs de l’école de science politique dite »de Fribourg«. Dans son ouvrage, il s’attache à analyser la relation entre le citoyen et l’État, à l’aide d’une méthode qui se situe entre la sociologie de la culture et la science politique. Il ne se limite cependant pas à décrire le système politique français. Il montre comment les citoyens vivent ensemble dans la société. Il dresse ainsi un portrait politique du citoyen au sein d’une démocratie qu’il juge, comme Vermeil, conservatrice mais respectueuse des droits démocratiques fondamentaux.

Le germaniste français Edmond Vermeil (1878–1964), professeur d’histoire de la civilisation allemande à l’université de Strasbourg, puis à la Sorbonne, publie en 1925: »L’Allemagne contemporaine«. Il analyse essentiellement le système politique allemand à l’époque de Weimar. Il montre comment les groupes d’intérêt agissant dans une société »fragmentée« et associés aux décisions politiques, condamnent le système à l’inaction. Il analyse avec précision la culture politique de Weimar. Ses commentaires sur la philosophie, les arts ou la littérature ne se rapportent cependant qu’à la vie politique.

Ernst Robert Curtius surtout, Arnold Bergstraesser et Edmond Vermeil également, ont fait l’objet de publications notamment dans des ouvrages collectifs ou des revues spécialisées recensées dans la bibliographie. Sebastian Liebold introduit cependant un élément nouveau en comparant les »regards croisés« sur le pays voisin contenus dans les trois »Kulturstudien«, dont les analyses constituent la majeure partie de son ouvrage (p. 1–126).

Il se pose au départ une question simple: quelle image du pays voisin se dégage du côté allemand comme du point de vue français? Cette image dépend en fait de la motivation des auteurs. Or celle-ci diffère des deux côtés du Rhin. Le propos de Liebold est cependant plus ambitieux: il s’interroge sur le rôle que pourraient jouer les écrits de ces trois intellectuels (qui se connaissaient personnellement) dans la conclusion d’un accord (Verständigung) franco-allemand. Cette question est d’autant plus fondée que Bergstraesser a participé aux travaux du cercle de Sohlberg ayant trait à un rapprochement franco-allemand, alors que Curtius et Vermeil appartenaient au Comité Mayrisch. Concernant leurs motivations les deux universitaires allemands étaient-ils guidés par l’intérêt national du moment ou par la volonté de réaliser un accord mûrement réfléchi? Vermeil avait en revanche répondu déjà clairement à la question: il entendait présenter aux décideurs de son pays une expertise sur l’Allemagne, susceptible de les aider à formuler la politique allemande de la France. Mais au delà des différences de méthode sensibles entre Français et Allemands (Curtius a critiqué la méthode de Vermeil) et en dépit des stéréotypes, les trois auteurs ne développaient-ils pas implicitement une thèse commune: la France stable et »homogène« sur les plans culturel et politique, comme dans son caractère national, pouvait-elle servir de »modèle« à l’Allemagne »instable« de Weimar? Vermeil, qui jette sur cette dernière un regard très critique, voyait même planer sur elle un danger de »décomposition«, qu’il concevait comme le risque d’une désintégration du système, et probablement pas comme la mise en danger de l’unité de l’État.

Concernant les relations franco-allemandes, Curtius, Bergstraesser et Vermeil étaient favorables à une entente entre les deux pays, pour des raisons et selon des modalités différentes, néanmoins. Curtius estimait que cet accord revêtait de l’importance pour l’Allemagne, alors que Vermeil le considérait comme utile à la position de la France en tant que puissance. Les trois auteurs différaient également à propos du rôle que la jeunesse était susceptible de jouer dans sa conclusion. Bergstraesser, qui avait fait partie du »Wandervogel« lui conférait un rôle déterminant, contrairement à Curtius et Vermeil qui considéraient celui-ci comme négligeable.

Curtius raisonnait à l’échelle européenne. En dépit des oppositions, il y avait, selon lui, entre la France et l’Allemagne des similitudes fondées sur un humanisme latin, qui pouvaient constituer le socle d’une nouvelle Europe. Par ailleurs une Allemagne solide sur les plans intellectuel, économique et politique devait faire partie intégrante d’une Europe occidentale forte.

Pour Bergstraesser une entente franco-allemande, conçue comme un moyen de concilier des intérêts (point de vue proche de celui des conservateurs allemands), était au cœur de la genèse de son livre sur la France. À cet égard il accordait une grande importance à la coopération économique. Cet accord aurait impliqué néanmoins une révision du traité de Versailles, à laquelle Vermeil était hostile.

Les trois auteurs considéraient en revanche la France comme un »modèle« (Vorbild) pour l’Allemagne. Sa situation favorable, son système politique, son économie modeste mais en progrès, »l’idée de civilisation« et son rôle directeur sur le continent européen inscrit dans le traité de Versailles, étaient mis en valeur dans les deux ouvrages. Liebold compare les trois conceptions de ce rôle de »modèle« de la France, entre les trois auteurs, dans un tableau synoptique (p. 147). Les critères, qu’il a retenus, synthétisent les conclusions tirées au terme de sa réflexion. Ils méritent d’être cités soit: »histoire et société homogènes«, »État-nation équivalant à »Kulturnation«, »civilisation au lieu de culture«, »conception occidentale de la nation à la place du concept racial«, »traduction de l’égalité sociale«,»liberté et égalité«, »autolimitation«, »entente et rôle de la jeunesse«, »culture nationale et culture européenne (pour Curtius), »culture nationale et culture internationale« (pour Bergstraesser et Vermeil).

Cette analyse du rôle de »modèle« que la France aurait pu jouer à l’égard de l’Allemagne de Weimar, selon ces trois intellectuels, constitue, selon nous, l’apport majeur de cet ouvrage.

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In: Francia-Recensio, 2010-2, 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine
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Zugriff vom: May 25, 2012