A. Kwaschik, Auf der Suche nach der deutschen Mentalität (Dominique Bourel)
Anne Kwaschik, Auf der
Suche nach der deutschen Mentalität. Der Kulturhistoriker und
Essayist Robert Minder, Göttingen (Wallstein) 2008, 445 p.,
ISBN 978-3-83530340-9, EUR 38,00.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Dominique Bourel, Paris
Voici une très belle enquête sur une figure aujourd’hui un peu oubliée de la germanistique française, Robert Minder (1902–1980). Pendant longtemps il fut l’homme d’un livre, »Allemagnes et Allemands« (1948) qu’il n’a jamais pu compléter comme il le souhaitait. Né dans l’Alsace allemande, il sera même collé à l’agrégation comme Henri Jourdan, mais rejoindra le Collège de France en 1957 contre Claude Lévi Strauss présenté par Merleau Ponty et surtout Jean Fourquet candidat des philologues! Après sa thèse sur Tieck il est nommé à Grenoble, puis à Strasbourg puis à Nancy et de nouveau comme professeur cette fois à Grenoble. Une recherche minutieuse présente ses relations, son parcours, l’amitié avec Alfred Döblin dès 1937, et l’influence du philosophe Paul-Louis Landsberg, considéré à l’époque comme le successeur de Max Scheler et qu’on redécouvre aujourd’hui. La période d’après la guerre est tout aussi passionnante car il est le médiateur par excellence entre la France et l’Allemagne, participant à toutes les grands questions de la culture allemande en reconstruction, affaire Paul Celan, opposition à la nomination de Werner Bönekamp à l’Institut Goethe à Paris et bien sur la critique virulente de Martin Heidegger.
Non seulement il collectionne les distinctions (Prix Hebel, doctorat honoris causa de l’université de Tübingen), mais encore il intervient souvent dans la presse allemande (»Frankfurter Allgemeine Zeitung«,»Süddeutsche Zeitung«) où il est certainement plus apprécié et connu qu’en France. La parution de ses petits recueils d’essais, »Kultur und Literatur in Deutschland und Frankreich« (1962), »Dichter in der Gesellschaft. Erfahrungen mit deutscher und französischer Literatur« (1966) et »Hölderlin« (1968), est à chaque fois un événement.
Toute la seconde partie traite d’»Allemagnes et Allemands«, bien resitué aux confluences des travaux de Lucien Febvre et de Maurice Halbwachs; il proposait une histoire de sensibilité en avance sur son temps, une sorte d’idéologie sentimentale, conjonction de l’histoire et de la littérature. Ses présupposés sont parfaitement mis en lumière et inscrit dans les débats français et allemands du temps. Il reste le grand exégète du Wurtemberg, l’excellent connaisseur de la civilisation du Rhin, mais l’opposant acharné à la Prusse. Outre une érudition fascinante, un vrai bonheur d’écriture ne doit pas faire oublier les connaissances théologiques et religieuses de celui qui fut le secrétaire général de l’Association Française des amis d’Albert Schweitzer entre 1959 et 1979.
Ce livre d’Anne Kwaschik très documenté et remarquable devrait intéresser les germanistes mais aussi les historiens de la culture. Une bibliographie particulièrement fournie rendra de grands services.
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