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A. Assmann, Geschichte im Gedächtnis (Rita Thalmann)

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Aleida Assmann, Geschichte im Gedächtnis. Von der individuellen Erfahrung zur öffentlichen Inszenierung

Francia-Recensio 2010/2 19./20. Jahrhundert – Histoire contemporaine

Aleida Assmann, Geschichte im Gedächtnis. Von der individuellen Erfahrung zur öffentlichen Inszenierung, München (C. H. Beck) 2007, 220 p. (Krupp-Vorlesungen zu Politik und Geschichte am Kulturwissenschaftlichen Institut im Wissenschaftszentrum Nordrhein-Westfalen, 6), ISBN 978-3-406-56202-0, EUR 16,90.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Rita Thalmann, Paris

»Impossible«, conclut Aleida Assmann, »de rétablir l’ancienne symbiose entre nation et histoire après deux guerres mondiales et l’Holocauste« (terme repris en Allemagne de la formulation américaine, qui désigne en fait l’immolation de bétail en sacrifice expiatoire, totalement inadaptée aux victimes de la »solution finale«).

C’est une impropriété qui révèle déjà le fossé entre histoire et interprétation mémorielle. Et l’on sait gré à l’universitaire de Constance, angliciste et spécialiste de littérature, née en 1947, de ne pas avoir esquivé les autres difficultés d’interprétation dans ses conférences de l’hiver 2006–2007 sous l’égide de la fondation Krupp réunies dans cet ouvrage. Singulier paradoxe en vérité que cette métamorphose du marchand de canons préférée d’Hitler en mécène de la culture politique illustrant la relève des générations. Ce dernier aspect constitue d’ailleurs l’axe central de l’auteur en réponse à la question de savoir, si l’histoire allemande est de longue ou de courte durée. D’où un premier chapitre consacré aux sept générations successives et croisées entre 1910 et la chute du Mur. Avec une attention particulière aux générations proches de 1945 et 1968 dans le refus plus violent de la seconde des traditions anciennes perverties marquant une rupture de la chaîne générationnelle renouée en 1976 par une génération plus portée aux innovations techniques qu’à la culture mémorielle. C’est pourtant elle qui effectue le passage du ressentiment à la réconciliation avec les pères, mais après leur mort et à travers leurs archives, itinéraire illustré par deux romans familiaux des années 1978: l’un d’un conflit fille-père, l’autre d’un conflit fils-père.

Contrairement à des États-nations comme la France et la Grande Bretagne, l’Allemagne a connu depuis le XIIe siècle huit changements fondamentaux d’états dont chacun a certes laissé des traces souvent effacées cependant par la planification nazie et les bombardements alliés. Sans parler des changements de noms de rues, comme celle dévolue au président Ebert modifiée huit fois, dont une pour Göring ou, encore récemment, la »rue Clara Zetkin«, icône des femmes socialistes qui a crû céder la place à la princesse électrice Dorothée de Brandebourg. Sans parler de la destruction des vestiges de la RDA; ce qui conduit l’auteur à s’interroger sur le sort réservé à l’histoire courte de cette dernière. Les jeunes de cet État se plaignant de ne retrouver aucun endroit familier sauf sur les marchés aux puces. Pendant ce temps le nouvel engouement pour l’histoire longue va jusqu’à ressusciter le château des Hohenzollern sans provoquer de vives polémiques entre conservateurs et rénovateurs. Concession à ces derniers un forum Humboldt dédié aux nouveaux savoirs du monde. Opération censée opérer un retour de Berlin sur la scène historique internationale. Dans ce troisième chapitre, consacrée aux traces mémorielles dans l’espace public, Berlin est opposé à Bonn qualifié de »musée du provisoire«. Constat également appliqué aux constructions fonctionnelles de l’après-guerre.

En s’engageant dans le »memory boom« l’Allemagne met en scène l’histoire à travers les musées les expositions et les nouveaux médias, thème du quatrième partie ouverte sur l’année 1977. Époque à la fois meurtrière des attentats de la Fraction armée rouge, mais aussi des grandes expositions historiques: expositions Stauffer à Stuttgart en mars avec 671 000 visiteurs pour le 25e anniversaire de la fusion entre Bade et Wurtemberg, Wittelsbach à Munich et à Berlin (1980–1981) et en 1992 le gouvernement offre un musée historique à la capitale pour le 750e anniversaire de sa création. Mais ce n’est qu’en 1998 qu’est créé un ministère d’État de la Culture, domaine dépendant jusqu’alors de la seule compétence des Länder signe de l’évolution: alors que le président Scheel déclarait en 1976 au Congrès des historiens »Nous sommes en danger de devenir un pays sans histoire«, Michael Stürmer, conseiller historique du chancelier Kohl, déclarait dix ans plus tard, dans le contexte de la »Querelle des historiens«: »Dans un pays sans histoire, l’avenir appartient à celui qui remplit la mémoire, forge les concepts et interprète le passé«. Pourtant jusqu’en 2000, les expositions traitent encore de préférence du Moyen Âge et du Ier Reich; même en 2006 on commémore encore le 8e centenaire du Saint Empire romain germanique à Magdebourg et à Berlin, à la demande, il est vrai, du Conseil de l’Europe. Mais c’est aussi à cette époque que s’ouvre la grande exposition sur les crimes de la Wehrmacht, qualifiée par l’auteur »d’élément décisif« sans mention des réactions souvent violentes et des attentats – dont je fus le témoin lors d’une conférence en Sarre. Il est vrai que les légendes erronées incriminant à tort certains acteurs purent y contribuer. Sa suspension passagère, après corrections, rétablit quelque peu le calme. Autre motif de polémiques: la confrontation historique entre RDA et RFA. Ainsi, lorsque la première ouvre au Palais du prince héritier une exposition de portraits de souverains et des splendeurs de leurs cours, s’ouvre en face une exposition sur la masse des victimes anonymes des expulsions d’Europe de l’Est mêlant non sans ambiguïté victimes et bourreaux. Avec notamment le retour d’une pédagogie nationale de l’histoire, on assiste à un déplacement symptomatique de perspective et d’interprétation historique au cours des années 1990. Ainsi, après les sites mémoriels comme la »Topographie de la Terreur«, le monument de la Shoah de la Villa am Wannsee, de la mémoire de la Résistance et de la Nouvelle garde, l’image se tourne vers la mémoire majoritaire allant jusqu’à inclure l’association irrédentiste d’Erika

Erika Steinbach, présidente des expulsés de l’Est persona non grata en Pologne, éveillant la crainte que leurs activités et leur ressentiment, perceptible dans l’exposition sur les expulsés (»Erzwungene Wege«) soient inconciliables avec les aspirations à la nouvelle Europe. Préoccupation manifeste dans l’exposition sur le même sujet à la Maison de l’histoire à Bonn, conçue dans la perspective des violences dans l’Europe du XXe siècle, en présentant sans commentaire les brutalités de la colonisation allemande en Pologne, la destruction de groupes ethniques et des juifs dans le contexte des transferts de »Volksdeutsche« expulsés sauvagement à leur tour en 1945. Walter Benjamin rappelait que les objets exposés ou vendus sont souvent des trophées de guerre.

Parmi les réalisations d’»histoire vivante«, le »son et lumière du Scheunenviertel«, ancien quartier de juifs pauvres échappés aux pogroms, exposition à ciel ouvert par éclairage et projections. Autre spectacle d’»histoire vivante«: la reconstitution en 2006 de l’entrée avec 200 soldats, sous la porte de Brandebourg, de Napoléon incarné par un Américain de 37 ans! Spectacle réalisé avec le concours de 1200 sociétés historiques d’Europe, du Canada, des États-Unis, en présence de 15 000 spectateurs, commenté en allemand, français et anglais. En présentation audio fut commémoré aussi le bicentenaire de la bataille d’Iéna-Auerstedt, qui vit la défaite des années prussiennes. Dans un tout autre registre, la commémoration du 62e anniversaire de la libération du camp de Gusen fut réalisée en audio par Christian Mayer, né en 1975 en ce lieu, où il a grandi mais où périrent 37 000 détenus du système nazi. Reste à mentionner le succès de masse des films sur Hitler et la période nazie, aussi divers que »La liste de Schindler« ou »La chute« (sur les derniers jours du »Führer«) ou »Valkyrie« (conjuration antihitlérienne de juillet 1944) tourné à Berlin avec Tom Cruise, adepte de la scientologie, objet d’une polémique pour oser incarner Claus von Stauffenberg. Réponse des producteurs: il faut bien une vedette pour attirer le public. Allant plus loin, le film aborde désormais aussi des sujets de l’après-guerre comme »Le Baader-Meinhof Komplex« (sur la Fraction armée rouge) ou »The Reader« (adaptations dans les deux cas des livres de Stefan Aust et Bernhard Schlink).

Avec la chute du Mur et l’unification des deux Allemagnes, s’est engagée une fin abrupte du renoncement national soulevant, selon l’auteur la question: »Comment sortir du post-nationalisme de gauche sans tomber dans le piège d’un nationalisme de droite?« L’Allemagne ne peut, comme d’autres pays, se prévaloir, comme le souhaitait Habermas, d’un patriotisme constitutionnel comme support d’identité politique dans la mesure où «elle lui fut offerte en cadeau dans des circonstances honteuses«. Faut-il alors, comme le suggère l’historien Hagen Schulze, confier à l’État national le soin d’assurer en fin de compte l’identité des citoyens? En février 2007, l’hebdomadaire »Der Spiegel« lançait une série historique intitulée »L’invention des Allemands« à croire qu’ils éprouvent encore des difficultés à endosser leur nouveau rôle sur la scène mondiale. Ce qui n’est manifestement pas le cas d’Aleida Assmann très à l’aise dans le recours aux sources tant allemandes qu’occidentales avec une ouverture d’esprit plutôt rassurante.

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Zugriff vom: May 25, 2012