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A. Williams, The World before Domesday (Frédérique Lachaud)

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Ann Williams, The World before Domesday. The English Aristocracy 871–1066

Francia-Recensio 2010/2 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

Ann Williams, The World before Domesday. The English Aristocracy 871–1066, London (The Continuum International Publishing Group) 2008, XVI–240 p., ISBN 978-8472-5239-5, GBP 60,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Frédérique Lachaud, Paris

La découverte, en juillet 2009, dans un champ du Staffordshire, d’un trésor qui compte environ 1500 d’objets de métal précieux, a rappelé au grand public l’importance de la culture matérielle de l’aristocratie du haut Moyen Âge insulaire. Tout permet de penser que nous ne nous trouvons pas en présence d’un site funéraire, mais d’une cache d’ornements métalliques arrachés à des pièces d’équipement militaire, sans doute à la suite d’une bataille, une occurrence qui devait être fréquente si l’on en croit l’évocation des derniers moments de l’ealdorman Byrhtnoth dans le poème dit de la Bataille de Maldon. Pour ceux qui, après une visite au British Museum où une partie du trésor est exposé, seraient curieux de poursuivre l’enquête, la courte mais précieuse synthèse d’Ann Williams permet mieux de comprendre ce qu’était la culture matérielle de l’aristocratie de la période anglo-saxonne, pour une période plus tardive sans doute que le trésor du Staffordshire: en effet, à partir de la fin du IXe siècle, les ornements d’or laissèrent progressivement la place, dans la culture matérielle de l’aristocratie, aux ornements d’argent niellé. Mais l’étalage somptuaire dans l’équipement militaire – épées à la poignée de métal précieux, fourreaux et ceinturons ornés, équipement équestre somptueux notamment –, fut bien une constante de toute la période anglo-saxonne, et peut être suivie dans l’évolution du here-geat, l’équipement militaire des guerriers décédés remis au chef de guerre.

Pendant la période qui va du règne d’Alfred à la Conquête normande, l’aristocratie comportait deux groupes principaux. Les ealdormen, un terme qui, sous influence scandinave, laissa la place à celui d’earl (du scandinave jarl), constituaient sa couche supérieure. Les thegns – répartis en thegns du roi et thegns d’autres seigneurs – formaient la seconde catégorie. Alors que les stallers (regis aulici), un groupe proche du roi, était placé directement en dessous de celui des earls par sa richesse, il devait être difficile, à l’autre extrémité de la catégorie des thegns, de différencier le simple homme libre du thegn de rang modeste. Il est en tout cas certain qu’au cours de la période considérée, le groupe aristocratique subit un phénomène de différenciation croissante: celui-ci conduisit notamment à l’émergence, vers le milieu du Xe siècle, à la suite de l’expansion du pouvoir des rois du Wessex, d’une sorte de classe moyenne dont l’œuvre de l’archevêque Wulfstan sur le statut reflète l’importance, et qui semble avoir survécu à la Conquête.

La terre, le pouvoir sur les hommes, la richesse mobilière, la culture matérielle et le style de vie déterminaient le rang. La possession du domaine aristocratique (land) associé au burh, ou résidence manoriale fortifiée composée de plusieurs bâtiments organisés autour de cours, continuait à être le critère essentiel du rang. Le burh était le centre administratif du domaine, et le burgheat, ou portail, parfois surmonté d’une galerie d’où le seigneur s’adressait à ses hommes, symbolisait la puissance seigneuriale. Le healla (salle) jouait aussi un rôle significatif dans l’expression de l’identité du domaine, tout comme le belhus, ou beffroi de bois. La possession d’une église domaniale dans le burh ou à proximité était également un signe de rang élevé, et cette période inaugura les rapports étroits qui devaient dominer l’histoire des relations entre le clergé paroissial et le groupe qu’on peut qualifier d’»aristocratie seconde«. Toutefois, la période connut une urbanisation et une commercialisation croissantes, et la notion de »richesse« à proprement parler se transforma pour inclure avant tout la possession de biens mobiliers: les seigneurs écoulaient une partie significative de leur production dans les villes, où ils possédaient souvent une résidence. L’interpénétration des élites urbaines et rurales semble d’ailleurs avoir été un trait caractéristique de l’aristocratie insulaire à la veille de la Conquête. Cette transformation explique que l’on ait pu importer en nombre croissant de biens de luxe venus d’Orient, en particulier les soieries, et permet de comprendre l’importance nouvelle prise par le vêtement dans l’expression du rang: les bijoux – comme les armillae, ou encore les paires d’anneaux ou les bracelets – semblent être alors passés au second rang, le métal précieux étant désormais plutôt conservé sous la forme de pièces de monnaie. À côté de la possession de la terre et de la richesse mobilière, les modes de divertissement de l’aristocratie contribuaient à la singulariser. Le banquet était l’occasion d’un étalage somptuaire et d’une distribution de la nourriture aux dépendants: le seigneur (hlaford, hlafweard) était, étymologiquement, le »gardien du pain«, la dame (hlafdige), celle qui »fait le pain«. La chasse était le moyen de pourvoir en partie aux besoins du banquet: elle se pratiquait avec des chiens ou des oiseaux de proie, parfois à courre, mais il est difficile de déterminer l’aspect précis des réserves de chasse ou des parcs avant le XIIe siècle, même s’il est probable que le concept d’une terre »en dehors« (foris) de la coutume existait dès le début du XIe siècle.

À côté de ces critères, l’office et le service contribuaient aussi à déterminer le rang, comme le suggère la terminologie sociale. Le terme ealdorman était clairement associé à une fonction, à un office. Le rang d’ealdorman ou d’earl n’était d’ailleurs pas automatiquement héréditaire – contrairement à celui de thegn, qui ne perdit pourtant pas non plus sa connotation de service; les earls étaient les agents du roi, présidant sa cour, levant son geld, sans être autorisés à délivrer leurs propres diplômes, et les earldoms ne devinrent jamais l’équivalent des principautés territoriales continentales. Certaines terres semblent avoir été associées à des offices particuliers, et pouvaient être ôtées à leurs détenteurs, un fait qui permet de saisir certains aspects des démêlés entre Édouard le Confesseur et l’earl Godwine. L’appartenance à l’entourage royal ou à celui d’un grand était souvent la voie de l’ascension sociale. Le jeune membre de la retenue, cniht, devenu huscarl après la conquête danoise, pouvait ainsi espérer rejoindre, grâce à la faveur de son seigneur, les rangs des propriétaires terriens grâce à la concession d’un bocland.

On peut regretter que l’ouvrage ne fasse pas davantage de place à la question des valeurs de l’aristocratie. Mais il constitue un apport éclairant sur des questions complexes et permet de saisir de manière commode les développements les plus récents dans le domaine de l’histoire de l’aristocratie insulaire avant la Conquête.

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In: Francia-Recensio, 2010-2, Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)
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Dokument zuletzt verändert am: Jul 01, 2010 05:16 PM
Zugriff vom: May 25, 2012