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S. Scholz, Politik – Selbstverständnis – Selbstdarstellung (Michèle Gaillard)

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Sebastian Scholz, Politik – Selbstverständnis – Selbstdarstellung. Die Päpste in karolingischer und ottonischer ZeitSebastian Scholz, Politik – Selbstverständnis – Selbstdarstellung. Die Päpste in karolingischer und ottonischer Zeit

Francia-Recensio 2010/2 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

Sebastian Scholz, Politik – Selbstverständnis – Selbstdarstellung. Die Päpste in karolingischer und ottonischer Zeit, Stuttgart (Franz Steiner) 2006, 512 p., 10 ill. (Historische Forschungen, 26), ISBN 978-3-515-08933-3, EUR 58,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Michèle Gaillard, Coupvray

Dans cet ouvrage issu de son mémoire d’habilitation, S. Scholz se penche sur l’histoire des relations entre les papes et les souverains, carolingiens puis ottoniens, du VIIIe au XIe siècle; en réalité l’espace chronologique est un peu plus vaste, s’étendant depuis l’époque de Grégoire III (732–741), premier pape à se tourner vers les Francs pour obtenir leur aide contre les Lombards, jusqu’à Léon IX, dont le pontificat marque le véritable point de départ de la réforme dite grégorienne. Cette extension chronologique est justifiée par le propos de l’auteur: il ne s’agit pas seulement de faire état des relations entre les papes et les empereurs d’Occident, ce qui a déjà été largement étudié, mais d’étudier comment se définit durant cette période la conscience qu’ont les papes successifs de leur fonction, comment ils représentent dans les écrits (Liber Pontificalis, diplômes, inscriptions) et décors architecturaux la conception qu’ils entendent faire prévaloir de la fonction pontificale, et ainsi comment se définit, par étapes successives, la notion de primauté romaine qui triomphe sous Léon IX avant de provoquer l’affrontement sans merci de Grégoire VII et d’Henri IV.

Ce livre se veut donc à la fois une synthèse des recherches antérieures et un nouvel éclairage sur une période souvent scindée en deux par les recherches historiques et dont il est particulièrement pertinent de vouloir montrer les ruptures et continuités. Cette volonté de ne rien négliger des recherches des historiens antérieurs, tout à fait à l’honneur de l’auteur, aboutit, par son caractère systématique, à d’imposantes compilations qui rejettent trop souvent dans l’ombre les démonstrations originales de l’auteur, en particulier son apport à la compréhension des inscriptions et des programmes architecturaux de certains papes et la mise en valeur des préambules des diplômes pontificaux. On peut regretter aussi le peu de cas fait de la bibliographie en langue française, omettant en particulier le livre d’Yves Congar, »L’ecclésiologie du haut Moyen Âge«, paru en 1968, et celui de Robert Folz, »Le couronnement impérial de Charlemagne«, paru en 1964, certes dans une collection destinée au grand public, mais dont la finesse et la pertinence des analyses méritent bien d’être mentionnées dans un ouvrage d’érudition; de même on peut s’étonner de ne voir aucune référence aux travaux des byzantinistes de langue française à propos du schisme de Photius ou de l’affaire du filioque; enfin, même s’il est en néerlandais, l’ouvrage de Karl Heidecker, »Kerk, huwelijk en politieke macht; de zaak Lotharius II, 855–869«, Amsterdam 1997, aurait mérité de figurer dans la bibliographie. En bref, l’ouvrage aurait gagné en efficacité en brossant plus rapidement d’efficaces synthèses des recherches antérieures et en s’étendant davantage sur les apports novateurs de l’auteur à son sujet, à la fois dans sa démarche et les matériaux utilisés, peut-être en s’affranchissant du carcan, souvent pesant, de la trame évènementielle, qu’on peut supposer connue de ceux qui consultent un tel ouvrage!

Ce livre s’articule donc en deux grandes parties, l’une consacrée aux relations entre la papauté et les Carolingiens, l’autre aux relations entre la papauté et les Ottoniens, encadrées par une introduction montrant l’apport de l’auteur par rapport au champ traditionnel de la médiévistique allemande grâce à l’étude des inscriptions et des programmes iconographiques, et par un chapitre mettant en évidence la continuité et l’innovation sous les premiers papes de l’époque salienne, Clément II et Léon IX, suivi d’une fort utile synthèse finale.

Dans la partie de l’ouvrage consacrée aux relations avec les Carolingiens, il me semble peu utile de s’étendre sur la conclusion selon laquelle les relations entre les papes et les souverains francs était avant tout basée sur l’amicitia et qu’aux yeux du pape le sacre de Pépin et de ses fils, en 754, avait pour but de renforcer le pouvoir royal de Pépin, de lui donner une nouvelle légitimité sacrée et démontrer que Dieu a choisi les rois carolingiens pour protéger son Église … En revanche, il faut mettre en exergue les passages consacrés par l’auteur au lien qui est fait par Hadrien II entre le respect des normes de l’Église de Rome, sa protection et sa dotation avec les prières effectuées par le pape pour le salut du royaume, ce qui apparaît à la fois dans la dédicace de la collection »Dionysio-Hadriana« et dans une inscription gravée sur l’autel de saint Pierre (p. 86–89). Par une analyse très fouillée (p. 113–125), l’auteur démontre ensuite que les mosaïques et inscriptions placées sur l’ordre de Léon III dans le triclinium de la basilique du Latran, vont dans le même sens. Malgré les impeccables démonstrations et l’érudition de l’auteur, en particulier dans son analyse du pontificat de Nicolas Ier, il faut attendre les pages consacrées aux relations de la papauté avec les souverains ottoniens, pour distinguer des apports novateurs, prudemment (trop?) enchâssés au milieu de compilations érudites des œuvres de ses prédécesseurs. Les pages qu’ils consacre au commentaire des épitaphes des papes sont particulièrement précieuses à la connaissance de la conception qu’avaient les papes de leur fonction et de son évolution: l’épitaphe de Sylvestre II (p. 390–395), qui souligne ses excellentes relations avec Otton III, renouvelle la perception qu’on peut avoir du projet de Serge IV, qui la fit sans doute apposer, et qui donc, quoique élu sous l’influence de Jean Crescentius, ne montrait pas d’hostilité à la collaboration avec l’empereur.

Plus généralement, les nuances et les réflexions apportées par l’auteur à l’analyse de cette collaboration entre les empereurs saxons et la papauté, permettent de comprendre la différence entre l’amicitia assortie de collaborations ponctuelles, mais aussi de conflits, à l’époque carolingienne et la collaboration étroite entre empereurs ottoniens et papes qui culmine avec Otton III et Sylvestre II qui se considèrent comme les principes orbis. À partir de là les pages consacrées à Clément II et Léon IX paraissent bien utiles à la compréhension de l’évolution de la papauté vers la revendication de l’exercice absolu de la primauté romaine sur toutes les Églises et de la subordination du pouvoir impérial à la volonté du successeur de saint Pierre: les nombreux conciles tenus par Léon IX et l’usage de la rota (symbolisant le lien étroit du pape avec le Christ et l’autorité du pape sur toute l’Église), montrent que celui-ci n’entendait pas partager le gouvernement de l’Église avec l’empereur. Pour terminer, soulignons également l’intérêt des quelques pages (p. 417–421) consacrées à la coutume, qui s’établit au XIe siècle, du changement de nom pour les nouveaux papes, ce qui montre que la charge papale est désormais perçue comme d’essence différente de celle des autres épiscopats (ce qui permet désormais de passer d’un siège épiscopal à la charge papale voire même, comme le fit, entre autres, Léon IX, de garder un temps son siège épiscopal après l’élection papale). Globalement donc, on doit souligner l’apport décisif de cet ouvrage à la compréhension de la papauté pré-grégorienne et des évolutions et étapes qui ont conduit à la révolution grégorienne. On doit cependant regretter que l’auteur n’ait pas davantage mis en valeur et développé ses propres analyses, quitte à bousculer un peu les modèles académiques et la chronologie.

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Dokument zuletzt verändert am: Jul 01, 2010 05:15 PM
Zugriff vom: May 25, 2012