C. Neumann de Vegvar, É. Ó Carragáin, Roma Felix – Formation and Reflections of Medieval Rome (Yann Coz)
Éamonn Ó Carragáin,
Carol Neumann de Vegvar (ed.), Roma Felix – Formation and
Reflections of Medieval Rome, Aldershot, Hampshire
(Ashgate Publishing) 2008, XIV–353 p., 63 ill. (Church, Faith and
Culture in the Medieval West), ISBN 978-0-7546-6096-5, GBP 60,00.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Yann Coz, Paris
Dans la lignée du recueil édité par Julia Smith, »Early Medieval Rome and the Christian West« (2000) et d’autres contributions récentes traitant du rôle joué par Rome au haut Moyen Âge, cet ensemble de communications s’intéresse à la liturgie et au culte des saints à Rome ainsi qu'à l’influence de la ville de saint Pierre sur d’autres régions au Moyen Âge. Alan Thacker livre une analyse méticuleuse des débuts du culte des martyrs dans la ville de saint Pierre: il souligne que, jusqu’au milieu du IVe siècle, ce culte n’était pas développé, ce qui fait apparaître comme une nécessité l’activité de promotion des saints menée par le pape Damase (366–384), afin de montrer que Rome dans son ensemble avait été victime des persécutions. Par la suite, Rome devint le foyer de la distribution des reliques à partir du VIe siècle, en même temps qu’un but de pèlerinage – un développement intervenu surtout après les guerres gothiques. La contribution de Caroline J. Goodson constitue un pendant architectural à celle d’A. Thacker. L’auteure y analyse les constructions successives et les évolutions majeures, en prêtant un intérêt bienvenu non seulement aux translations intra muros de saints enterrés à l’origine dans le suburbium, à partir du VIIe et surtout au VIIIe siècle, mais aussi à l’accueil dans Rome de reliques de saints venus d’ailleurs. Si les papes de l’Antiquité tardive refusaient de déplacer les corps des saints romains, ils avaient bien moins de scrupules lorsqu’il s’agissait par exemple de recevoir dans la seconde moitié du VIIe siècle les restes des sept frères Maccabées.
Les textes suivants analysent des exemples précis qu’on se contentera ici de résumer brièvement.
Joseph Dyer utilise les sources les plus diverses pour reconstruire la cérémonie des Litanies majeures, adaptation chrétienne des Robigalia païennes dont elle reprenait le tracé en passant par le pont Milvius avant de revenir dans la ville. À une date que l’auteur situe avant 1071, cette procession s’était divisée en deux ou trois, et celle conduite par le pape avait adopté un tracé purement urbain dans le but d’affirmer le pouvoir pontifical sur la ville. Dorothy Verkerk souligne que le remploi de sarcophages antiques était loin d’être purement utilitaire mais que cette pratique répondait également à des considérations religieuses et de prestige. Carol Neuman de Vegvar montre que l’imagerie de l’église romaine Santa Maggiora est structurée par les sexes des personnages et coïncide avec la répartition des membres de l’assemblée lors des célébrations liturgiques. Stephen J. Lucey montre comment l’analyse de l’imagerie de l’église romaine Santa Maria Antiqua nous renseigne sur ses patrons: le grec, utilisé seul dans les inscriptions de la fin du VIe siècle au VIIe siècle puis au VIIIe en association avec le latin, ainsi que la disposition de ces dernières suggère qu’elles furent réalisées pour une communauté laïque orientale, avant le développement progressif d’une communauté mixte. Kirstin Noren revient sur l’utilisation de l’icône du Christ par la confrérie du Santissimo Salvatore pour affirmer son pouvoir dans Rome à partir du XIIIe siècle. John Osborne propose de redater au XIIe siècle les peintures murales de l’église romaine de San Lorenzo, généralement considérées comme du VIIIe siècle, et fournit ce faisant un remarquable discours de la méthode. Martine Bagnoli analyse les peintures de la crypte de la cathédrale d’Anagni (XIIIe siècle) et les liens qu’elles entretiennent avec les peintures romaines. Dale Kinney montre que les itinéraires des Mirabilia urbis Romae combinent informations textuelles, parfois archaïsantes, et observations directes. Damian Bracken revient sur la correspondance entre saint Colomban et les papes pour en montrer les subtilités puisque, tout en reconnaissant Rome comme fons et origo de la foi chrétienne, le saint laisse entendre que ce statut n’a de validité qu’autant que la pure doctrine, qu’il vient rappeler aux papes, est respectée. Charles Doherty souligne que l’élévation d’Armagh en Irlande, à l’image de Rome, impliquait la promotion d’un roi oint au-dessus des autres. Anna Gannon montre la complexité et la subtilité que revêt l’influence romaine sur les monnaies anglo-saxonnes. L’étude menée par John Doran d’un texte composé en 1195 par Lucien, moine de Chester, vient conclure ce volume en montrant que même à cette époque de tensions entre l’Angleterre et Rome, cette dernière jouissait d’une image positive et pouvait être utilisée en exemple pour louer sa ville.
Si l’on peut regretter une certaine impression d’éclatement, le lecteur trouvera cependant dans ce volume, parfois difficile (d’autant qu’il est imprimé en caractères tout petits), des analyses riches et pertinentes sur un nombre important de sujets.
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