S. Georges, Das zweite Falkenbuch Kaiser Friedrichs II. (Jean-Marie Martin)
Stefan Georges, Das zweite
Falkenbuch Kaiser Friedrichs II. Quellen, Entstehung, Überlieferung
und Rezeption des Moamin. Mit einer Edition der lateinischen
Überlieferung, Berlin (Akademie Verlag) 2008, 459 p.,
8 ill. (Wissenskultur und gesellschaftlicher Wandel, 27), ISBN
978-3-05-004483-5, EUR 79,80.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Jean-Marie Martin,
Paris
Le Moamin est un traité latin, traduit de l’arabe au XIIIe siècle, d’élevage et de dressage des faucons et chiens de chasse, dont le texte est ici scientifiquement édité (p. 118–288). La chasse au faucon est sans doute née dans les steppes de l’Asie centrale dans les premiers siècles de l’ère chrétienne. Connue dans le nord de l’Occident pendant le très haut Moyen Âge, puis abandonnée, elle renaît dans les milieux aristocratiques au XIIe siècle et est couramment pratiquée jusqu’au XVIe. Jusqu’au XIIe siècle, la littérature latine concernant la fauconnerie se limite à de courts traités, anglais ou italiens; quatre sont composés dans le royaume de Sicile au XIIe siècle (»Dancus rex«, »Guillelmus falconarius« dédié au roi Guillaume Ier, »Gerardus falconarius«,»Alexander medicus«); un peu plus tôt, en Angleterre, Adalard de Bath écrit son »Tractatus de avibus«. Au XIIIe siècle, on traduit des traités arabes, nombreux depuis l’époque préislamique (Imru’ al-Qays): à la fin du VIIIe siècle, al-Ġiṭrīf a composé un traité dont la traduction latine constitue le premier livre du »Moamin«; les quatre autres livres sont la traduction du »Kitāb al-Mutawakkilī«, écrit vers 860 pour le calife al-Mutawakkil par Muhammad al-Bāzyār (dont le nom, raccourci, a servi à désigner le traité latin). Le »Moamin«, dans sa version latine, en adaptations et en traductions, a connu une diffusion particulière: on compte 73 manuscrits, dont 37 sont conservés; un stemma hors-texte, repris dans chaque étude des groupes particuliers, expose de façon impeccable l’histoire du texte, dont les cinq livres portent respectivement sur une présentation générale des oiseaux de proie et de leur dressage [I], leurs maladies internes (egritudines intrinsece) et la façon de les soigner [II], les soins des maladies apparentes (apparentes egritudines) [III], les chiens de chasse (rapaces quadrupedes) [IV], enfin leurs maladies [V]; un glossaire, joint à l’édition, permet de saisir les termes techniques, parfois simplement translittérés de l’arabe.
À la suite de l’édition, le long chapitre 6 (p. 299–425) analyse les différentes étapes de l’histoire du traité. Elle part de la cour de Frédéric II, dont l’intérêt, pratique et intellectuel, pour la fauconnerie est attesté par le »De arte venandi cum avibus«, bien édité récemment par A. L. Trombetti Budriesi. C’est l’empereur qui a fait traduire par son médecin Théodore d’Antioche (qui enseignait peut-être à Salerne), vers 1240, le »Kitāb al-Mutawakkilī«, sur un exemplaire venant probablement de Tunis, et a fait ajouter la traduction du traité d’al-Ġiṭrīf; il y a sans doute travaillé lui-même. La traduction comportait des adaptations (ajouts, notamment empruntés au dernier traité et insérés dans l’autre) et d’assez nombreuses erreurs (nervum au lieu de venam, pennis au lieu de pannis). L’auteur suppose que l’empereur a fait copier le »Moamin« pour l’envoyer aux différents centres de dressage de faucons du royaume. Seconde étape: on a continué à copier le »Moamin« à la cour angevine, puis aragonaise de Sicile. Troisième branche: le texte est arrivé à Rome (d’où il a aussi gagné la France); il y a été traduit en italien, en 1517, par Sebastiano de Martinis, clerc piémontais, qui en a laissé deux manuscrits; il s’agit simplement, en fait, d’un résumé des livres concernant les oiseaux. Quatrième branche: à Venise, au plus tard en 1370, Andrea Bragadino fait entrer le Moamin dans une compilation de livres de fauconnerie; de Venise, un manuscrit gagne l’Allemagne. Cinquième branche: un manuscrit gagne la Hongrie; au même rameau appartient la traduction toscane, faite en 1317 par le médecin maestro Moroello (peut-être apparenté aux Malaspina), qui remanie sérieusement le texte et l’adapte (le désert est remplacé par la forêt, la gazelle par la chèvre). On rattache encore à la même branche le livre de chasse composé par Domenico Boccamazza, »capocaccia« du pape Léon X, pour un prince titulaire de Macédoine vivant à Rome, qui intègre le »Moamin« passablement remanié. Sixième branche: pour le roi Enzo, bâtard de Frédéric II, qui a fini sa vie, de 1249 à 1272, prisonnier à Bologne, Daniel de Crémone (peut-être fauconnier de Frédéric II) donne du »Moamin« une traduction franco-italienne (forme légèrement italianisée du français); peut-être corrigée par Enzo lui-même, cette traduction clarifie le texte; provenant de la même branche, un livre du traité entre dans la »Practica avium« de Simon Herbrant, clerc gallois, professeur de médecine à Bologne; le »Moamin« est encore l’une des sources du petit manuel de fauconnerie d’Arthelouche de Alagona, noble napolitain réfugié en Provence à la suite de René d’Anjou. Septième et dernière branche: celle de Milan, qui comprend notamment un manuscrit fait pour une Sforza et un autre destiné aux Borromeo; ce rameau a en outre essaimé en Italie méridionale à l’époque aragonaise avec la traduction napolitaine de Giovan Marco Cinico, et en France, où elle a servi de base, à la fin du XVe siècle, à la compilation, courte et claire, de l’humaniste Guillaume Tardif, »liseur« du roi Charles VIII.
En dépit du nombre élevé de manuscrits du Moamin et des traités qu’il a inspirés, l’auteur note que la diffusion des livres de fauconnerie ne touche qu’un milieu social, mais aussi géographique, restreint (celle du »De arte venandi« est encore plus confinée). J’ajouterais volontiers que de tels ouvrages, qui traitent largement de l’art vétérinaire, n’appartiennent toutefois pas à la littérature savante: ils donnent des conseils pratiques; notons cependant l’intérêt que le traité a suscité chez les médecins (outre le traducteur, maestro Moroello et Simon Herbrant); l’humaniste Guillaume Tardif ne l’a pas négligé.
La présentation des sources, de la diffusion et de la réception du »Moamin« que donne l’auteur semble à la fois exhaustive, très détaillée et claire en dépit de la complexité et de la technicité du sujet. L’étude de la réception permet d’intégrer au stemma non seulement les manuscrits de l’œuvre, mais aussi des traités qui en sont dérivés ou s’en sont inspirés. L’auteur donne en outre l’édition scientifique apparemment impeccable d’un texte long, difficile, important à la fois pour l’histoire de la fauconnerie, celle de la médecine vétérinaire, enfin celle de la traduction.
L’auteur, excellent philologue, n’est pas historien: il ne cite pas, par exemple, l’édition du Registre de la chancellerie de Frédéric II établie par Cristina Carbonetti Vendittelli; on peut regretter que, dans la bibliographie, certains textes anciens ne soient pas classés parmi les sources. Mais ces quelques remarques critiques ne visent nullement à diminuer l’importance et la valeur du travail de l’auteur, qui constitue une somme sur le sujet.
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